C’est toujours un peu quitte ou double, ces films avec des animaux tueurs. C’est un genre fécond pour offrir des nanars. Mais on peut aussi y trouver de belles exceptions : les oiseaux du film homonyme d’Hitchcock, le requin des Dents de la mer, l’orque d’Orca ou encore les fourmis de Phase IV. Primate se rapproche plutôt de Cujo, le superbe film adapté de Stephen King, où un Saint-Bernard, enragé après avoir été mordu par une chauve-souris, s’en prend à une mère et son fils, piégés dans leur voiture. Dans Primate, c’est un chimpanzé de compagnie, mordu par une mangouste, qui sera le grand boogeyman.
Le film commence mal. Le carton introductif surlignant l’idée de rage et d’hydrophobie est d’une grande lourdeur. Le prologue situé trente-six heures plus tard pire encore – j’en viens vraiment à détester ce procédé, je n’en peux plus de ces films qui s’ouvrent sur une scène de fin ou de mitan, j’ai l’impression qu’on m’offre une sucrerie afin de me faire patienter durant l’installation, soit toute la traditionnelle partie la moins intéressante des films d’horreur puisque les personnages sont souvent bêtes à manger du foin.
Ceux de Primate n’y échappent pas bien qu’ils ne soient pas aussi débiles que ceux de The bayou – pour prendre un film d’attaque animale, en l’occurrence des aligators – vu récemment, mais difficile de s’y intéresser malgré tout. Les amis stéréotypés à foison, le trauma de la maman morte d’un cancer un an plus tôt, la relation entre sœurs, le père sourd muet, rien ne fonctionne, rien n’existe car c’est écrit par un teubé. Il faut donc attendre le basculement pour que le film trouve enfin de belles inspirations, de rythme, de plans, de situations flippantes.
À la base je regardais Primate pour son réalisateur. Johannes Roberts a peut-être fait plein de daubes depuis, je n’en sais rien, mais il a pondu 47 meters down, il y a dix ans, qui m’avait beaucoup marqué, notamment le temps d’une scène où nos deux personnages traversent une fosse. C’est un banal mais soigné film de requins, mais d’un coup, l’absence de tout, sinon d’un vide absolu, c’était plus terrifiant que la présence de requins. Ça m’a marqué, j’en parle souvent.
Roberts ne retrouvera jamais cette inspiration dans Primate évidemment, malheureusement. Mais il y a une séquence où deux amies sortent de la piscine (où ils sont tous plus ou moins piégés et réfugiés, puisque le singe ne sait pas nager) afin d’aller chercher un téléphone dans la maison. La scène est d’une grande tension, très lente, très simple aussi. Elle se prolonge dans une penderie (Halloween, bien sûr) afin d’offrir les meilleurs instants du film qui est jalonné de pics de violence assez gores, d’une photo très soignée et de références (Scream, Shining) dispersées un peu partout. Pas si nul, en somme, pour un slasher avec un singe tueur : c’est bas du front, bien crado et pour un film d’attaque animale on a déjà vu bien pire.