Peter Watkins n'y va pas avec le dos de la cuillère dans ce film.
Le réalisateur de Punishement Park utilise à nouveau une forme quasi documentaire pour faire passer son message. Un message satirique, révolté, et qui ne s’embarrasse pas vraiment avec la subtilité.
Privilege est une attaque frontale dénonçant la fabrication des nouvelles idoles et leur instrumentalisation pour servir une société mercantile et conformiste, tenue à la fois par l'état, l'église, et l'entreprise, afin de contrôler la population, et particulièrement la jeunesse, en jouant à fond la carte de l'identification avec la vedette.
Steven Shorter, l'idole des foules, est un produit marqueté comme un autre, utilisé pour faire passer le discours des autorités fascistes d'une Angleterre située à une époque future indéterminée à une population bêlante .
L'exemple le plus marquant de cette volonté de Watkins de faire un film incendiant le marketing permanent des Mass Media, complices du fascisme larvé de cette société, est cette scène dans un grand stade de foot qui use et abuse de toute l'imagerie liée au Nazisme: Un prêtre ayant une gestuelle et une élocution qui fait immédiatement, et sans laisser le moindre doute, penser à Hitler, harangue les foules.
Son discours est soutenu par des musiciens portant des brassards sur le bras avec le drapeau de l’Angleterre, et saluant la foule le bras tendu, pendant que l'idole chante et impose ses mains sur les malades comme un prédicateur de télé américaine.
Le film parle également de la révolte inutile et perdue d'avance du chanteur populaire pour cesser d'être une marionnette.
Certes, le film de Watkins, plein d'amertume et sans le moindre compromis ne brille pas par sa subtilité. On pourrait même dire que par bien des aspects, il est un peu raté. Mais pourtant le film tape là ou ça fait mal et fait froid dans le dos à cause d'un propos qui semble plus que jamais d'actualité.