Dédale & hilares
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le 13 mars 2016
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Avec Pulp Fiction, Tarantino n’a pas simplement réalisé un film culte. Il a redéfini le rythme et la grammaire du cinéma narratif, injectant du cool là où il y avait du chaos, de l’ironie là où il y avait de la violence, et de la philosophie là où on ne l’attendait pas.
Une narration éclatée mais millimétrée
La vraie star du film, ce n’est ni Vincent Vega, ni Jules, ni même la danse d’Uma Thurman : c’est le montage. Tarantino explose la linéarité, fractionne la temporalité, reconnecte des arcs narratifs avec la précision d’un chirurgien sous coke. Et pourtant, tout tient debout. Chaque ellipse, chaque retour en arrière, chaque boucle a un sens. C’est du storytelling jazzy : ça improvise en surface, mais c’est ultra-maîtrisé dans le fond.
Du sang, du style et des punchlines
À l’image de son titre, le film est un hommage aux romans noirs de gare : crades, excessifs, addictifs. Sauf qu’ici, Tarantino injecte une dose d’intelligence rare dans l’ultra-pop : les dialogues sont brillants, absurdes, philosophico-débiles, les scènes sont des tableaux chorégraphiés et la violence devient un langage, pas une fin en soi.
La conversation sur le Big Mac, la seringue dans le cœur, le “Ezekiel 25:17”, la danse sur You Never Can Tell…
Tout est culte, mais rien n’est gratuit. Même la Bible devient une arme narrative, et les fast-foods, un manifeste esthétique.
Une satire américaine planquée sous les punchlines
Derrière le fun et le foutoir, il y a une critique en creux de l’Amérique consumériste, armée, droguée, criblée de dettes morales. Les personnages sont tous paumés, borderline, soumis à une forme de destin absurde, où un toaster peut décider de ta vie plus sûrement qu’un revolver. Le film ne juge pas : il observe les marges, les ratés, les seconds couteaux et en fait des héros. Et puis il y a l’élégance paradoxale : le film est sale, mais beau. Cru, mais stylisé. Un patchwork postmoderne où Godard croise les Looney Tunes, et où la rédemption arrive toujours trop tard ou par hasard.
Verdict :
Pulp Fiction, c’est le film-séisme des années 90, celui qui a montré qu’un scénar’ pouvait être explosé et pourtant fluide, qu’un dialogue pouvait être une arme aussi tranchante qu’une lame japonaise, et qu’on pouvait parler de tout — surtout de rien — avec génie. Tarantino signe ici un coup de maître formel, et offre au cinéma populaire une complexité neuve, sans le dire trop fort, juste avec un flingue, une seringue, et beaucoup trop de ketchup.
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Créée
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