Chers frères, chères soeurs, je vous remercie d'assister, aujourd'hui, à cette messe du souvenir.


Cela fait bientôt cinq ans, en effet, qu'elle nous a quitté.


Elle était dans la fleur de l'âge. Elle a illuminé nos vies par son sourire, son oeil malicieux, sa joie de chaque instant.


Elle n'avait peur de rien, elle savait trouver les mots justes pour nous faire aller mieux, nous faire penser à autre chose, le temps d'une heure vingt, une heure trente, parfois plus. Elle avait le don de nous distraire, de nous faire éclater de rire, souvent. Les instants de vie que l'on a passés avec elle, j'en suis sûr, sont tout aussi vivaces en vos esprits qu'ils le sont dans le mien.


Tout comme je suis sûr que vos célébrez ces bons moments partagés ensemble, avec notre chère disparue, en vous repassant, chacun, sur cassette, en dvd, en blu ray, ou en 4K, pour les plus jeunes, ses plus beaux exploits. Tous ces moments immortels, ou, au contraire, des petits quelques choses auxquels vous avez été sensibles.


Mais depuis cinq ans maintenant, elle nous a quitté. Alors même que certains malintentionnés usurpaient son identité. A coups de franchises BD à adapter, toutes plus lamentables les unes que les autres. A coups de spectacles honteux, ignobles ou consternants, issus du cerveau limité d'une véritable armada de fossoyeurs se disant les héritiers de son art.


Je vois certains d'entre eux, dans l'assistance, aujourd'hui. J'en tairai charitablement les noms. Car un bon chrétien ne livre jamais son prochain à la vindicte. Mais ce que je dénoncerai, ce sont leurs larmes de crocodile, leur volonté de tirer parti du malheur, ou encore d'envoyer directement dans la tombe ce qu'il reste de l'esprit de la disparue.


Et quand certains essaient de prospérer sur un succès en forme d'heureux accident, je n'aurais qu'une seule chose à dire :


Mais Qu'est-ce qu'on a encore fait au bon Dieu ?


Qu'est ce qu'on a encore fait au bon Dieu, en effet, pour assister, médusés, à un défilé des prochaines violations de sépultures que seront All Inclusive ou encore Nicky Larson et le Parfum de Cupidon ? Le tout en guise d'apéritif à la séance ?


Qu'est ce qu'on a encore fait au bon Dieu pour nous faire croire que le festival du film de l'Alpe d'Huez est quelque chose d'autre qu'un crématorium lamentable pour la comédie française ? Et un véhicule uniquement pensé pour servir la soupe aux fossoyeurs de tout poil ?


Mais surtout, Qu'est ce qu'on a encore fait au bon Dieu pour se cogner une suite qui, comme d'habitude, fait encore moins bien que l'original, qui n'était finalement qu'un robinet d'eau tiède ?


Car hier, si la célébration du vivrensemble passait encore timidement, devant des vannes d'un autre temps, aujourd'hui, c'est comme si cet Encore s'était racorni un peu plus encore.


Il est difficile de constater aujourd'hui que ce succès programmé soit d'une si médiocre qualité d'écriture. Qu'il est difficile de rire à une seule de ces facéties molles et rances. Même si oui, un migrant qui prend un coup de pelle dans la gueule, sur le moment, ça fait toujours sourire. Mais après ?


Ou surtout avant, plutôt. Surtout quand on ose un jeu de mot que même un gamin de quatre ans aurait honte de faire, presque aussi nul que le CD rom(s) d'A Bras Ouverts.


Oui, le réalisateur égale, au moins, son manque d'inspiration en risquant un Amstramgram pour désigner un célèbre réseau social. Tout comme il ne laisse plus aucun doute sur la considération qu'il porte à son public, dans un aveu qui laisse pantois. Car quand Christian Clavier baisse la tête, au bord d'un champ, après avoir dit bonjour aux vaches, pour mieux s'exclamer "respire cette odeur de bouse, je revis !", il n'est pas interdit que le spectateur ouvre enfin un peu les yeux sur la qualité toute relative de ce qu'on lui refile.


Tout comme il devrait réfléchir un peu quand on lui offre un film en forme d'exaltation et de véhicule de l'image du gaulois réfractaire. Et surtout, qu'il dira que l'oeuvre lui a plu, alors même qu'il beugle pourtant sur les ronds-points (ou à Paris le samedi) et réclame la démission d'un président sans filtre qu'il hait quand il utilise les mêmes mots.


Faudrait voir à être un peu cohérent.


Car sans nul doute, Qu'est ce qu'on a encore fait au bon Dieu réunira encore quelques millions de personnes pour chanter ses louanges. Même si le film, qui surfe toujours sur les mêmes clichés éculés d'un racisme parfois nauséabond, tire aujourd'hui sur tout ce qui bouge dans un propos informe. Même si cela n'a rien a voir avec la choucroute.


Mais ce qui est moins défendable, c'est de constater que l'oeuvre se replie littéralement sur elle-même dans un esprit cocardier d'un autre âge. En forme de célébration d'une France giscardienne jaunie qui s'exclamait, en 1976 "En France, on n'a pas de pétrole, mais on a des idées". Ou pire, en parlant de délocalisation, de délinquance et de finances pas bien, en se transformant en tract politique pour le RN ou Debout la France. Ne laissant plus guère de doute, finalement, sur ce qui animait A Bras Ouverts.


Tout cela nous fait dire que notre chère disparue, la comédie française, nous manque, et que son absence étreint nos coeurs d'une peine qui nous semble ne devoir jamais prendre fin.


Il est dur, en effet, de se dire que l'on ne rira sans doute plus jamais de ses facéties, de la justesse de son propos, ou encore de ses excès salvateurs. Surtout devant ce qui est, finalement, une croûte aux allures de publicité Beneccon.


S'il est dit au cours de l'outrage que la France est un paradis dont le peuple croit qu'il vit en enfer, la comédie française, aujourd'hui, se révèle bien pire : un véritable enfer peuplé de personnes peu scrupuleuses qui continuent à vous vendre une certaine idée illusoire du paradis.


Nous connaissons cependant le lieu où devraient griller tous ces escrocs et ces malhonnêtes.


Désolé, mais être catholique n'empêche pas de conserver un petit peu de lucidité.


Behind_the_Mask, merde in France.

Behind_the_Mask
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Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Une année au cinéma : 2019

Le 2 février 2019

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37 commentaires

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1

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