Il est des films admirablement construits entre ce qui apparaît à l’écran et ce qui est suggéré en filigrane. Parfois les deux approches sont tellement indissociables qu’elles se fondent parfaitement l’une dans l’autre, donnant une trame complexe et captivante. « Qui vive » repose sur ce principe. De prime abord, il s’agit d’un sordide fait divers. Chérif, trentenaire en opleine réinsertion sociales, se voit contraint de participer indirectement à un braque qui tournera mal. Marianne Tardieu, dont c’est le premier film, impose à sont histoire un certaine distance, sans manichéisme, elle filme la montée en puissance du drame. Elle prend soin de décrire méticuleusement l’environnement de la banlieue avec ses codes et ses coutumes, au plus proche d’une vérité dépouillée de toute ambigüité ou parti pris. Elle réussit là où beaucoup ont échoué. Plus fort encore, est son approche du personnage de Chérif, torturé par la culpabilité. Il se sent coupable d’être à l’origine du drame, plus largement encore coupable d’être issu de ce milieu. C’est en ce sens que Chérif est un personnage très complexe. Sa quête de bien être et d’un avenir meilleur le poussera à un isolement qui ne fera que croître inexorablement autant qu’il le fait souffrir. Il relève des grandes figures de la tragédie classique avec ses contrastes, ses remises en question et ses contradictions. Incarné puissamment par un Reda Kateb, la grande révélation des ces deux dernières années et dont on ne peut s’empêcher de s’enthousiasmer à chaque performance. Il était profondément attendrissant dans « Gare du Nord », éblouissant de maîtrise dans « Hippocrate ». Shérif, et le reste du film d’ailleurs, n’existent que sur sa seule présence charismatique et son jeu parfait en tous points. L’une de très grandes performances d’acteur de cette année 2014 !