Oui, j'ai keysmash. Oui, c'est mérité. C'est la fête du cinéma dimanche 29 juin 2025, allez voir le film sur grand écran avant qu'il soit de nouveau restreint au petit. Laissez vous aller à une bonne claque.
Si vous connaissez la filmographie du duo vous savez déjà à quel point ils sont excentriques dans le paysage cinématographique général, et inventifs dans le genre: ce film le confirme. Cattet et Forzani, en collab avec Manu Dacosse à la photo sur tous leurs longs métrages, ont toujours assumé leur vision personnelle et référencée du Giallo: ils déconstruisent le genre pour mieux y revenir. Par des moyens détournés, ils mettent à profit ses éléments clefs de manière innovante. L'érotisme du désir ou du plaisir, la violence contenue ou débridée, la représentation de la perception sensorielle, et enfin la perte de repères du protagoniste qui entraîne dans sa chute le spectateur. Avec Reflet dans un Diamant Mort on assiste à toute la virtuosité narrative et technique d'une équipe qui vise plus haut à chaque fois.
J'ai souvent reproché à leurs précédents long métrages leur manque de lisibilité, pas juste au niveau du sens, mais aussi au niveau de la projection dans l'espace. Mettre le spectateur dans l'incertitude de la destination que prend le récit est fondamental au genre, comme l'est l'exacerbation de la représentation sensorielle par des distorsions visuelles et sonores. Il n'est pas pour autant agréable de subir une pelote de fils narratifs pendant une demi-heure au point où on n'en distingue plus les enjeux; perdre le sens, c'est perdre la profondeur empathique. Ici, cet écueil a été conquis (❤)! On réduit l'espace pour le démultiplier dans le temps et les situations comme on limite le nombre de personnages tout en démultipliant le nombre de leurs visages. Démultiplication des images, du reflet, des photos, des films, en illustration même! Déréalisation. Trois boules à facette rentrent chatoyantes dans un bar, d'où vient la lumière?
La cadence thématique et émotionnelle des plans est aussi accentuée par un montage sonore qui joue des oppositions (l'opéra, les cris de douleur) et des décalages (cette transition moquette parfaite où l'œil cours encore vers une chambre alors que l'action est déjà passée hors-champs avec l'accélération d'un moteur). Les scènes de tensions et de violence réussissent à se répondre sans être linéaires. Les scénettes thématiques sont assez longues pour devenir des histoires en soit, récit à tiroirs paranoïaque entre souvenir et fantasme. Les objets évoqués une première fois font sens une seconde, rebattent les cartes une troisième, changent de nature une quatrième à la terreur sourde d'un protagoniste qui n'a de certitude que son obsession pour une femme insaisissable. C'est jouissif.
Comme si ce n'était pas assez les acteurs et actrices sont parfaits dans leur rôle, tour à tour intrigants, féroces ou odieux à souhait. Je n'en dirai pas plus au risque de spoiler, mais quelle joie absolue de voir ces espions, Serpentyk, s'éplucher, se transformer à grand renfort de costumes, de maquillage SFX. Prendre des coups pour les rendre plus fort dans des scènes montées comme dans les films d'arts martiaux. Charisme!
L'hommage aux James Bond (Diamonds are FOREVER) est assumé, visuellement comme thématiquement. Il n'est pas gratuit, il y a véritablement fusion des genres par le rapprochement entre leurs thèmes communs. On nage entre la Riviera vieille Europe et les codes du film d'espionnage des années 70. L'espace se fait miroir temporel et allégorique du protagoniste, John. Kudos extrême à l'intégration de gadgets d'espionnage invraisemblables, au récit mais aussi à la narration visuelle.
En conclusion, j'y retourne ce week-end. Ce n'est pas un film pour tout le monde (l'ami que j'y avais trainé est tombé en syncope émotionnelle à la 10ème minute le qualifiant plus tard de "viol mental"; il se reconnaitra) mais c'est un film pour longtemps.
Edit: ☺️ c'est tout aussi jouissif la 2ème fois~~
Voir aussi: l'interview des réals par Grégory Cavinato sur la chaîne yt Cinergie .be