Après la division d'un film en 2 avec Barbarian, le rashōmon avec Weapons, Zach Cregger propose ici un survival en point de vue interne tenu de bout en bout : et décidément, il sait tout faire.
On retrouve son mélange habituel d'horreur, d'humour et cette fois-ci de gore, qui s'alternent voire se mélangent avec une grande fluidité. Toutes les qualités cinématographiques de ses deux précédents longs-métrages sont de nouveau à l'oeuvre : la façon oppressante de filmer les lieux clos et les déplacements des personnages en leur sein, les jeux de lumière et d'obscurité, la proximité de la caméra... Ce qui fait qu'on retrouve un aspect jeu vidéo dans la réalisation tout en gardant un côté très organique et adapté au cinéma, le rendu est immersif sans jamais paraitre forcé. Les types d'environnement (neige, bois, maison, tunnel, hôpital...) sont superbement exploités et chaque séquence porte ses idées propres.
Et puis cette évolution de dimension est un régal, en 1h30 on passe d'un petit coursier perdu dans la neige à un bordel apocalyptique de body horror et pourtant tout parait crédible. La tension est bien construite, on a souvent des ruptures à des moments inattendus et surtout l'inverse, ce qui permet de ne jamais être sûr de savoir à quoi s'attendre. Beau travail de son aussi, que ce soit la musique minimaliste façon battements du coeur ou l'attention portée aux bruits dans l'obscurité.
Et puis le film ose être à la fois simple et original, il ne s'emmerde pas avec un scénario, ni un lore de jeu vidéo, il existe par son seul suivi d'un personnage en galère de bout en bout. Il y a des idées dégueulasses, dérangeantes, d'autres franchement fun et créatives, et puis la fin... Quel choix de fin formidable, à contre-courant des habitudes, avec ce petit côté cynique et cette ironie pour une fois jusqu'au-boutiste sur la lâcheté des hommes de science face à leurs erreurs.
Aller, comme toujours quelques petits défauts : l'humour un peu trop présent à certains moments, le syndrome du "fuck" (le dire une fois par phrase pour montrer qu'on panique c'est pas naturel), un film peut-être moins bon dans l'excès que dans le côté plus intimiste de la première moitié.
Mais Cregger offre encore une fois un film drôle, flippant, tendu, créatif et fourmillant d'idées visuelles. Encore, encore !