En 1990, Sylvester Stallone écrit le cinquième volet de sa saga Rocky. Il veut absolument revenir aux sources du premier Rocky sorti en 1976.
John G. Avildsen, le réalisateur du premier film, est rappelé par Sylvester Stallone dans un soucis de retrouver l’essence profonde du personnage, fait un travail d’une sobriété exemplaire. L’émotion est bel et bien au rendez-vous. Cependant Avildsen va quitter le navire avant la fin du tournage à cause d’un changement dans le final du script. C’est Stallone qui va s’occuper de la fin du tournage sans même qu’il soit crédité au générique.
Le scénario prévoyait initialement la mort de Rocky Balboa, succombant à cause de ses troubles et de ses blessures encore présentes de son match contre Ivan Drago alors qu'il affronte Tommy Gunn dans la rue. La fin originale montrant la mort de Rocky n'a finalement jamais été tournée.
Le combat entre Rocky Balboa et Ivan Drago avait constitué un véritable sommet, proposant au boxeur de Philadelphie ce qui fut sûrement son plus grand défi, face à un adversaire paraissant invincible, capable de tuer ses adversaires rien que grâce à la puissance inouïe de ses poings. Et si Rocky a réussi à terrasser la bête dans un élan pacifiste critiquant l’absurdité de la Guerre Froide, ça n’a pas été sans conséquences. Touché au cerveau par les coups répétés subis lors de cet âpre combat, Rocky est condamné à la retraite pour ne pas risquer des lésions encore plus graves. Pour couronner le tout, Paulie a traité avec un homme d’affaires véreux qui a dépossédé toute la famille de ses moyens. Retour à la case départ pour Rocky et sa famille donc, et sans l’espoir de pouvoir recourir à la boxe.
Depuis un peu plus de deux films, nous étions habitués à voir un Rocky aisé, loin de la précarité du premier film, mais cette fois, tout s’est effondré et il faut faire machine arrière. Après une évolution progressive, le film essaie d’opérer un retour aux sources. Là où les précédents Rocky faisaient systématiquement triompher le héros face à l’adversité, chacune de ses démarches se solde ici par un échec, entre la perte de ses biens, sa relation avec son fils et son coaching.
Un pessimisme relativement désarmant pour les amateurs de la saga. Cependant, cela peut aussi être vu comme un choix assez audacieux, une manière somme toute logique de faire revenir Rocky aux fondamentaux. Rocky Balboa est devenu un épouvantail pour Sylvester Stallone, un alter-ego devenu un peu trop envahissant, notamment dans sa relation avec son fils, qu’il illustre directement dans ce film. C’est la vision d’une passion dévorante qui l’a détourné trop souvent des personnes au moins aussi importantes, qu’il tente de remettre ici au premier plan en mettant l’emphase sur l’aveuglement de Rocky.
Rocky V est plus une chronique familiale qu’un film de sport. Et c’est surtout pour Sylvester Stallone l’occasion de jouer avec son propre fils Sage Stallone (c’est d’ailleurs la deuxième fois qu’un de ses fils apparaît dans un Rocky : son fils Seargeoh Stallone est apparu dans Rocky II). Et dans ce film, Stallone lui fait une véritable déclaration d’amour par l’intermédiaire de scènes mélodramatiques, qui font appel aux grands sentiments et à un côté fleur bleue que le comédien a cultivé depuis le premier film. Stallone livre de lui bien plus qu’on ne le pense. On ne peut pas avoir créé un personnage comme Rocky sans avoir un cœur gros comme ça.
On pense, aussi, à l’un des plus beaux passages de la saga, où Rocky revient dans la salle d’entraînement abandonnée de Mickey et se remémore une discussion avec son ancien entraîneur, très touchante et émouvante, des moments comme seuls les Rocky peuvent nous offrir. Né dans la rue, Rocky retourne à la rue, et c’est dans la sueur et le sang qu’il devra chasser ses démons pour espérer vivre à nouveau.
En effet, on ne voit pas Sylvester Stallone monter sur le ring et après les tonitruants troisième et quatrième épisodes, le choc est un peu violent. Mais il ne faut pas oublier les fondements de la saga que de reprocher à ce nouveau chapitre de s’attarder sur les états d’âme de son personnage principal.
Il est de même pour Adrian et Paulie qui obtiennent un peu plus de temps d’écran que dans les deux volets précédents. Talia Shire est plus sage que jamais même si l’actrice et son personnage paraissent fatiguées a l’écran. Quant à Burt Young, il est toujours très fidèle au personnage de Paulie qui nous amusera par ses frasques.
Tommy Morrison, le véritable boxeur embauché pour tenir le rôle de Tommy Gunn ne joue pas toujours très juste, mais pour le reste, Sylvester Stallone a vraiment retrouvé l’essence des premiers films. En imposant à Rocky une nouvelle épreuve, il l’a fait descendre de son piédestal et par ce biais lui a permis de livrer une pertinente réflexion sur la célébrité éphémère.
Toujours dans un soucis de revenir aux sources, Bill Conti revient à la musique après son absence remarqué dans Rocky IV. Sa composition est plus douce, plus mélancolique, plus tendre que les musiques tendance du volet précédent.
Rocky V mérite d’être mieux considéré qu’il ne l’est actuellement, par sa capacité à offrir un regard neuf sur le personnage et le mythe, et à offrir une véritable thérapie à un Sylvester Stallone lui-même de plus en plus aux prises avec les doutes.