La grille de cinéma US est en décalage avec celle prévalant dans nos contrées.

De la même manière qu'"Organic food" désigne aux US de la nourriture normale en opposition à la nourriture industrielle conçue sans souci d'empoisonner ses semblables, le cinéma US dit "indépendant" (double effet Sundance qui aura perverti cette labélisation) relève du cinéma commun. Est-ce pour cette raison que chez l'oncle Sam, le cinéma réellement indépendant, est d'une vitalité et productivité assez singulière ? Alors que chez nous la singularité d'un cinéma qu'on qualifiera d'underground survit rarement du passage du court-moyen au long, le cinéma underground US est résolument productif. Peut-être des raisons économiques (un cinéma, qui parce qu'il est labellisé US, peut espérer vivre un peu à l'export). Peut-être parce la notion d'"indépendance" étant frelatée, cela alimente une volonté de "révolte", motive les partisans de l'extrême à s'exprimer.

Room Temperature appartient donc à cette classe de film dont on comprend que la production aura été sauvage, montée à l'huile de coude, avec un financement de bout de ficelles. Des films qui n'ont de compte à rendre à personne. Sur le papier, une bonne chose. La radicalité est au menu. L'académisme aux orties. La dramaturgie est malmenée, le naturalisme conspué. Menu découverte : on va nous faire des propositions.

On ne flatte pas le spectateur qui se prend des plans fixes à peine habités par leurs hôtes (dialogues dont la dynamique est ramenée à zéro, on se demande parfois si les acteurs singent l'amateurisme), habités par les bruits blancs ambiants.

Le problème est qu'il y a peut être un point d'équilibre à trouver entre la liberté qui ouvre la voie à la singularité, et la singularité qui fait programme. On a un peu l'impression de voir ici un film qui se gargarise de mettre en image et en son sa différence. Après une demi-heure, ce programme comme en marche forcée commence à perdre de sa puissance d'entrainement.

Le film alors perçu comme en roue libre, un film de potes (vraiment en sentiment d'entre-soi) où chacun aura été invité à livrer sa participation. Un film qui ne semble avoir de finalité que pour ses auteurs et la grande famille d'ami(e)s emporté(e)s dans sa production.

Parce que ces singularités, on n'a pas le sentiment d'avoir perdu entièrement son temps en visionnage (des choses à grailler de-ci de-là). Mais parce que la singularité semble en définitive le seul programme, ce voyage parait vain, gratuit. On n'en retient rien. Un peu dommage.

HAL1
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le 27 nov. 2025

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