Running Man
5.9
Running Man

Film de Edgar Wright (2025)

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Il y aura sans doute à jamais de quoi fantasmer sur ce qu'aurait donné un projet comme Ant-Man dans les mains d'Edgar Wright, dont il aura finalement quitté la barre sous la neutralité du vocable "différends artistiques". Et imaginer ce que sa malice aurait donné dans le cadre d'un très gros budget. Et de voir comment il se serait accommodé des limites d'un univers balisé par une major.


Le voir s'attaquer à une adaptation de Stephen King, l'un des plus populaires sujets de cinéma de l'année 2025, et à la tête d'un budget mirifique apparaîtra ainsi comme une sorte de second essai, mais qui, vu l'accueil déjà bien tiédasse réservé au film, terminera lui aussi en eau de boudin.


Un accueil injuste aux yeux du masqué.


Parce que Running Man, dans les mains d'Edgar Wright, s'avère être une des plus grosses décharges d'énergie de l'année, qui s'adapte à son propos de chaos total mis en image et d'appel franc et massif à ouvrir les yeux.


Parce que Running Man, en creux, revisite le propos du formidable Rollerball vu par Norman Jewison, le grain de sable que constitue le personnage au sein du système, l'engouement qu'il suscite devenant encombrant et le changement des règles du jeu dont il devient le moteur.


Parce que Running Man, c'est ce pastiche à peine futuriste d'un pays en voie de fascisation et d'abrutissement général, divisé et maintenant dans sa confrontation de classes, d'illusions collectives, de sécurité et de contrôle.


Parce que Running Man livre une peinture acide de cette télé-réalité mâchant ses icônes éphémères pour mieux les recracher, cette course à l'audimat sans fin et la mise en avant de ces producteurs tout puissants, auxquels Josh Brolin prête sa tête de salaud et tout son charme vénéneux.


Running Man fuit dans les pas de son héros d'une réalité augmentée mais surtout fabriquée de toutes pièces. Il lui donne les apparences d'un terrain de jeu illimité, alors qu'il s'inscrira longtemps dans des couloirs à sens uniques et sous la pression de l'oeil humain ou mécanique.


Il met en scène toute la rage d'un outcast, instrumentalisée comme partie intégrante d'un show cruel et d'un instrument de contrôle et de grand sommeil d'une population en quête de sécurité. Il en capture toute la frénésie destructrice tournée vers une société qui a fait de lui un indésirable qui refusait de baisser la tête.


Running Man est réjouissant, non dans ses scènes d'action, bien réalisées et séduisantes mais absolument pas pensées pour passer à la postérité, mais plutôt dans l'attitude de son héros profondément imparfait, ses doigts d'honneur et ses pieds de nez à ses employeurs et un public captif nostalgique des jeux du cirque.


Running Man, finalement, en se parant de futur, ne cesse de parler de son époque et des peurs qui ne font que se matérialiser sous nos yeux sans que l'on y trouve grand chose à redire. Sur ce plan de la dérive politique, Running Man ne fait que prendre la suite du très récent Marche ou Crève, auquel il emprunte quelques images de bords de route de laissés pour compte, sa militarisation outrancière et son exploitation de la précarité.


Edgar Wright y ajoute, par petites touches, son goût du timing parfait, ses embardées humoristiques réjouissantes, quelques notes d'un passé déphasé, l'air du temps des deepfakes sculptant l'opinion, du complotisme qui la questionne.


Si beaucoup vous diront que l'on ne reconnaît plus Edgar Wright là-dedans, le masqué, au contraire, l'a retrouvé, comme l'un des membres de cette résistance underground qu'il convoque pour prêter assistance à son héros, tout en ayant conscience qu'il ne pouvait pas, en 2025, s'emparer de toute la noirceur originelle de King, dans une fin un poil imparfaite.


Mais toute la colère originelle est là. Tout comme l'esprit. Tout comme Edgar Wright, qui investit le genre blockbuster sans totalement s'y conformer. Tout comme il investissait le film de casse ou livrait sa version toute personnelle du giallo en en redéfinissant certains ressorts.


Faîtes simplement que celui-ci ne cesse jamais de courir dans les univers cinématographiques qui lui tiennent à coeur.


Behind_the_Mask, La Grande Evasion.

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Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à ses listes Les meilleurs films de 2025 et Une année au cinéma : 2025

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le 22 nov. 2025

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Behind_the_Mask

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