Jamais peut-être un titre n'a eu autant d'importance dans la compréhension d'un film.

Le Sirat est dans la religion musulmane le pont qui permet d'accéder au paradis en passant au dessus de l'enfer. Sa description est donnée en préambule au film : "fin comme un fil, coupant comme une lame".

C'est évidement très métaphorique. Mais cette définition est vraiment le grain de sable qui donnera un certain sens à ce film... hors norme.

On a essayé de donner une paternité à ce film qui a créé la surprise à Cannes. J'ai entendu nommer "Sorcerer" de Friedkin, parfois "Mad Max" (j'imagine le 2, mais à part le désert, je vois mal le lien), le cinéma labyrinthique de Lynch ou malaisant de Gaspar Noé. J'y ajouterai bien l'errance d'"Au fil du temps" de Wenders, le road trip d'"Easy rider" de Dennis Hopper et toute la mouvance du cinéma hippie des années 70 ("More", "Zabriskie point"). Bref tellement de références, qu'au final, on ne peut lui reprocher aucune vraie paternité, tout juste une appartenance au cinéma planant sous produits illicites. Un film hypnotique qui vous met en trance avec sa musique techno ultra répétitive et qui colle tellement bien aux images !

Il y a bien un autre film majeur à citer... mais pour cela il faut passer du côté spoiler :

En 1960, Alfred Hitchcock révolutionne le thriller dans "Psychose" en tuant son héroïne au milieu du film. "Sirat" en est peut-être la version 2.0... on verra. Car Oliver Laxe franchit ici un un des derniers tabou du cinéma (que je crois n'avoir jamais vu) : tuer l'enfant au centre du scénario en plein milieu !

Indéniablement le point de bascule du film qui vous tétanise dans votre fauteuil où vous vous étiez détendu devant ces magnifiques paysages marocains bercé par le bom bom hypnotique de la musique : Vous venez d'entrer en enfer !...

Il est fort probable que les évènements du 23 octobre 2023 à Gaza (quelques mois avant le tournage) aient eu une forte répercussion sur sa mise en scène reliant fête techno et enfer. Et le film est une vraie plongée dans la contre culture des marginaux occidentaux, ceux qu'on ne voit que rarement au cinéma et qu'on a tendance à réduire au terme de "punks à chiens". D'ailleurs on ne s'y trompe pas, hormis Sergi Lopez et l'enfant, tous sont issus de cette communauté qui vit en marge de notre société occidentale.

Jean-FrancoisS
9
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Créée

le 10 févr. 2026

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