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Oh là, en voilà un film assez difficile à expliquer et dans lequel il vaut mieux s’embarquer sans trop se poser de questions… alors qu’ironiquement, il en fait naître tout un tas une fois terminé.
Pour apprécier cette proposition, il faut vraiment rentrer dans son atmosphère particulière, son rythme éthéré et son ton singulier...Ça passe ou sa casse comme le chemin qu'emprunte nos protagonistes.
Pour moi, ça a fonctionné et j’ai vraiment apprécié le voyage.
Les paysages sont aussi magnifiques que dangereux.
Les murs de son autant symboles de décadence que véritables lieux de pèlerinage.
On observe ces corps qui dansent au milieu du désert où chacun semble enfermé dans sa propre transe tout en faisant partie d’un même ensemble en osmose avec la foule… Cette impression d’être complètement coupé du monde… Sirāt possède vraiment une atmosphère à part.
Et surtout, le film surprend car je ne m'attendais pas a ce qu'il soit aussi cruel.
Tout peut basculer en quelques secondes, sans prévenir.
D’ailleurs, j’ai trouvé assez amusante sa construction :
le titre apparaît vers 30 minutes, environ 30 minutes plus tard arrive l’énorme choc avec la mort du fils, puis encore une trentaine de minutes plus tard, nouveau basculement avec l’explosion du camion. Comme si, à mes yeux, le film franchissait progressivement différents paliers sur son chemin vers l’enfer.
Car, comme expliqué dans le film, le Sirāt est ce pont extrêmement fin qui relie l’enfer et le paradis, plus étroit qu’un cheveu et plus tranchant qu’une épée. Et le chemin de nos compagnons va clairement les emmener beaucoup plus du côté de l’enfer que de celui du paradis… Chaque étape semble pire que la précédente. La fin laisse peut-être enfin entrevoir une sortie du cauchemar, ou au moins la possibilité de continuer à avancer. Espérons-le pour ceux qui restent, parce qu’ils ont déjà suffisamment morflé.
J’ai aussi beaucoup aimé le parallèle entre la rave et la religion. Au début on voit les ravers qui dansent ensemble devant leurs immenses murs de son et à un moment on voit les musulmans tourner autour de la Kaaba. Je ne l’ai absolument pas compris comme une moquerie envers l’un ou l’autre, mais plutôt comme deux formes de rituels collectifs : des corps qui bougent autour d’un point central à la recherche de quelque chose qui les dépasse.
Pour le reste, le film ne donne volontairement pas beaucoup de réponses. La guerre qui semble gagner le monde reste complètement floue, la recherche de la fille finit presque par disparaître derrière le voyage et je ne suis même pas certain de savoir ce que le film veut finalement nous dire.
Est-ce que chercher désespérément quelqu’un que l’on a perdu peut finir par nous faire perdre ceux qui nous restent ? Est-ce que la vie peut tout reprendre sans prévenir et qu’on ne maîtrise finalement rien du chemin ? Est-ce que chacun avance sur son propre Sirāt en essayant simplement de ne pas tomber, alors qu’on ne maîtrise même pas vraiment le fait de tomber ou non ?
Je ne sais pas vraiment… et finalement, ce n’est peut-être pas très grave parceque Sirāt est justement un de ces films qu’il faut davantage vivre que chercher à résoudre.
Tout ne m’a pas convaincu et il y a même un faux raccord assez visible avec le pare-chocs de la voiture de Luis, détruit puis miraculeusement revenu avant de redisparaître. Mais une fois embarqué dans cette drôle de traversée du désert, difficile de rester indifférent.
Une proposition vraiment singulière, hypnotique, cruelle.
7/10
Créée
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Critique lue 12 fois
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