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Ryūsuke Hamaguchi est un réalisateur qui n'a de cesse d'interroger le corps humain comme le marqueur de la place politique qui lui a été assignée. Qu'il s'agisse de filmer l'immobilité forcée de femmes au foyer confinées aux attentes conjugales autour d'un thé (Senses), la distance le temps d'un trajet en voiture entre une travailleuse manuelle et un dramaturge (Drive My Car), ou encore une communauté rurale dont les corps battent au rythme d'un écosystème qui la fait vivre (Le mal n'existe pas), notre rapport au temps et notre utilité sociale sont, chez lui, directement inscrits en nous.
Or, le capitalisme et la vie urbaine moderne semblent désormais avoir épuisé nos corps sans que nous n'en prenions pleinement mesure. Ce mode de production pousserait irrémédiablement notre espèce vers sa propre extinction, s'apparentant à un suicide collectif à petit feu. Hamaguchi en possède une conscience aiguë, lui qui provient de la société ayant poussé le plus loin dans l'histoire l'épuisement neuropsychologique de sa force de travail. C'est pour interroger le devenir de ce système que le réalisateur a décidé de faire dialoguer deux pays qui entretiennent des rapports à la fois singuliers et similaires au corps comme à la dignité de celui-ci.
Ce dialogue subtil entre la terre d'Éric Rohmer et celle de Yasujirō Ozu se déploie à travers la rencontre de deux femmes qui refusent le nihilisme pour lui préférer le combat collectif pour la survie humaine et sa dignité, donnant l'un des films les plus puissamment politiques de ces dernières années. Trois heures de cinéma qui, à travers une forte intensité émotionnelle, insufflent le courage nécessaire en tant que jeunes pour requestionner notre rapport à la communauté, et cette nécessite de prendre soin de nos aînés et de ceux qui luttent contre la maladie autour de nous.
Créée
le 8 août 2026
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