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le 13 août 2026
SuivrePar-delà les mondes !
Je suis un admirateur de Ryusuke Hamaguchi, l’un des cinéastes d’aujourd’hui dont je suis le plus assidûment la carrière. Mais quand j’avais appris qu’il allait tourner un film majoritairement en...
Soudain est de ces grandes œuvres qui se ressentent, et c'est dans ce tsunami d'émotions que seul le génie d'un grand cinéaste peut mener des réflexions, tout juste assez poussées pour être qualifiées de brillantes, mais pas trop loin pour ne pas nuire à la puissance émotionnelle inhérente au récit.
Au cœur de cette narration, se retrouve l'histoire d'une rencontre hasardeuse entre deux femmes : l'une, engagée dans un combat pour affirmer une nouvelle méthode thérapeutique basée sur l'écoute, l'autre, luttant contre un cancer déjà bien avancé. Cette bataille pour l'espoir et la lumière tournée vers autrui les pousse à converser, digresser, et se questionner sur comment rendre le monde meilleur, montrant ainsi une Tao Okamoto déchirante et une Virginie Efira dévouée, formant un duo particulièrement sincère dans les échanges menés. Forcément, face à un engrenage pathologique particulièrement destructeur, le temps pour mener à bien ces conversations et les projets d'une vie est compté. Ryusuke Hamaguchi réalise alors une prouesse impressionnante : il transforme cette limite vitale en une force émotionnelle dénuée de tout pathos. Plutôt que de chercher le larmoyant et à forcer le spectateur à attendre une échéance précise, les indicateurs temporels se voient brouillés pour ne jamais réellement condamner ses personnages, mais plutôt à les pousser à vivre pleinement jusqu'à ce que la sénescence les rattrape.
Bien que jamais ne soit niée l'irréversibilité du temps écoulé, les méthodes thérapeutiques émergentes semblent pouvoir les ralentir, rejetant toute forme de soin imposé au patient. Ici, sont exploités les quatre piliers de l'humanitude : le regard, la parole, le toucher et la verticalité. C'est dans cette thématique que Ryusuke Hamaguchi impose son génie en tant que cinéaste, puisqu'il se montre capable d'insérer ces principes dans sa réalisation : tantôt avec des regards face caméra, tantôt en filmant les soins de contact proposés aux patients (notamment avec la réflexologie), et surtout en proposant des plans particulièrement symétriques, assez frontaux, pour correspondre à la verticalité demandée. Pour la parole, celle-ci se niche dans la polysémie variable selon les langues : c'est ainsi que la dualité formée entre le français et le japonais prend sens, puisque la culture varie à l'instar du sens donné aux mots. Depuis Anatomie d'une chute, dans un registre plus que différent, aucune œuvre ne m'avait semblé aussi rusée dans sa manière de jouer sur les changements de langue. Je pense alors à cette séquence où Mari & Marie-Lou échangent en japonais, après la représentation, sur leurs combats respectifs face à un public réclamant une traduction en français : la réplique alors prononcée, "rien ne sert de traduire, vous comprenez au son de leurs voix qu'elles parlaient de choses importantes", impose un profond respect en insistant sur la nécessité de ressentir plus que de comprendre.
C'est alors que le cinéaste japonais éveille les consciences quant à la nécessité de changements majeurs dans l'approche humaine employée par la société. Le capitalisme et le besoin de rendements pour les établissements privés sont alors, sans surprise, pointés du doigt comme ennemi du temps passé pour le bien des autres, en particulier des patients. Si les établissements de type hospitalier prennent en charge un grand nombre de cas, les soins de confort sont assez expéditifs au lieu de stimuler convenablement chaque patient de façon à ce qu'ils gardent un esprit perceptible, et ce en dépit de troubles cognitifs majeurs. Ces techniques innovantes suivant les principes d'humanitude, nécessitant plus de personnel et de moyens, sont alors souvent rejetées par les bureaucrates en raison de leurs coûts, sans jamais réellement prêter attention aux bénéfices sanitaires. Les deux Marie, dont l'une a eu l'impression de voir sa mère tuée par le système et l'autre ne se sent pas comprise en tant que malade, discutent longuement des modifications dont ce système aurait besoin. Bien que ces digressions soient répétées au point de parfois devenir pesantes, elles ont un mérite : souligner l'hypocrisie certaine de la directrice d'EHPAD, critiquant un système auquel elle participe en menant un établissement privé, aux prix souvent exorbitants, au point de limiter l'accès aux soins de confort des personnes les plus modestes. Ryusuke Hamaguchi dénonce alors le manque d'attention aux émotions et aux instants ressentis, mais s'incline face au manque de solutions pleinement applicables pour pallier cette problématique.
En remettant en cause le soin comme service rendu et en le transformant comme une relation intime avec autrui, le cinéaste japonais brouille les pistes de lecture pour cerner la relation entre ses deux protagonistes. Ce qu'il en fait est alors brillamment exécuté, ne cherchant jamais à ce qu'on s'interroge sur la nature de ce lien platonique déchirant, mais à ce que l'on tire les mêmes apprentissages qu'elles : prendre le temps de comprendre l'autre, transformer chaque instant en une émotion perçue, et refuser la théorie pure pour s'adapter à l'autre. C'est en plaçant cet "autre" au centre de la relation et de l'émotion que Ryusuke Hamaguchi fait de Soudain une immense œuvre sur le temps, ressenti et physiologique, face à une maladie chronique dévastatrice qui sera traitée, avec justesse et grâce, loin du pathos hollywoodien, profondément cancérigène pour les patients atteints par la maladie. C'est alors une œuvre pleine de douceur et de réflexions comme on en voit que trop peu, illuminée d'espoir pour que les boucles se referment et que la vie puisse continuer.
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le 13 août 2026
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