Soul
7.4
Soul

Long-métrage d'animation de Pete Docter et Kemp Powers (2020)

À un supplément d’âme du chef-d’œuvre

Attention spoilers :
Soul était attendu, c’est le moins que l’on puisse dire. Réalisé par Pete Docter, habitué aux films bouleversants comme Inside Out ou Monsters, inc pour ne citer qu’eux, il était possible de présager d’une double lecture adulte, habile et prenante en reprenant les thèmes chers à Pixar développés au fil de leur films. Une expérience cependant amputée d’une sortie au cinéma qui lui aurait donné davantage d’espace pour transmettre son message. Soul met donc en scène Joe Gardner, mortel passionné de jazz qui voit en quelques heures la flamme de sa passion être enfin récompensée avec une opportunité unique. Fou de joie, obnubilé et déconnecté de son environnement une chute le précipite plus tôt que prévu dans le Grand Après, une sorte de purgatoire dont il souhaite s’extirper au plus vite. Son désir de s’accrocher à la vie avec une volonté sans faille lui permet de rejoindre le Grand Avant, une sorte cette fois-ci de parcours initiatique pour les jeunes âmes en attente de devenir acteurs de corps sur terre. Dans ce lieu leur personnalité est forgée de toutes pièces. Têtue, égocentrique, timide, blasée: chaque âme est façonnée de façon standardisée afin de gagner des badges qui complètent un passe conférant le droit d’aller enfin sur terre vivre une vie. Le dernier badge à obtenir avant ce long saut dans l’inconnu n’est autre que la flamme, la vocation pourrait-on penser. C’est cette petite étincelle qui fait de nous ce que nous sommes, ce qui nous fait vibrer. Pendant quelques heures, Joe Gardner ou plutôt son âme va devoir faire équipe avec une âme récalcitrante : 22. Une âme qui a vu d’innombrables mentors échouer dans le parcours qui lui conférera son ultime badge. Un parcours peut-être trop cloisonné et laissant peu de place à l’unicité. Des péripéties propulseront les deux personnages dans le monde réel de façon burlesque. Et c’est là où nous attendions Soul et hélas là où il est peut-être un peu trop prévisible. En effet, 22 va, aux côtés de Joe découvrir la vie, ses plaisirs simples comme le goût d’une pizza qui vous chatouille les papilles, le bruit des feuilles qui volent et frôlent le sol, la joie de conversations philosophiques ou encore le contact direct avec la nature.


Malgré quelques incohérences le tout fonctionne bien, entre humour et réflexion le tout ne manque pas de rythme. 22 devient intriguée, puis peu à peu émerveillée par cette terre qu’elle découvre au travers du corps de Joe dont elle a pris possession. Cette terre qu’elle ne voulait voir sous aucun prétexte. Propulsée dans le grand bain c’est elle qui va permettre à Joe de faire autre chose de sa vie, parler d’autres sujets à son barbier et découvrir son étincelle initiale, rassurer et encourager une élève gorgée de doutes et surtout s’affirmer auprès de sa mère. Une scène forte entre Joe et sa mère qui amorce la dernière partie du film. Celle où la vie de Joe change, celle où la perception de 22 s’éclaircit enfin.


Après une séparation forcée entre les deux alliés d’un jour, Joe réalisera que ce dernier badge n’est pas lié à une vocation ou une passion : ce badge est lié à la vie. Tout simplement. Ce badge est celui de l’étincelle de la vie, le badge que l’on a quand nous sommes prêt à vivre et ressentir la vie et ses plaisirs divers. Sans cases, sans structures figées, ce qui semble normal, banal est en réalité le sel même de la vie : ressentir des émotions en usant de tous nos sens. Ces émotions, ces petits bouts de vie, ces instants capturés seront matérialisés par des objets placés dans la poche de Joe par 22. Des objets insignifiants et communs à première vue mais qui représentent ce qu’est la vie. Des trajets, des rencontres, des saveurs.
Cette vie où l’on passe son temps à attendre, à vouloir sans cesse plus, à vouloir sans cesse achever des réussites dont certaines nous laissent un grand vide et un grand décalage lorsqu’elles le sont. Cette vie que l’on oublie parfois de savourer, d’en capturer le moment présent, d’en empoigner le bonheur.


Il est dommage que Soul n’assume pas pleinement son thème et son message sur la mort et le deuil, sûrement pour rendre le tout plus digeste ou compréhensif pour les enfants. Malgré tout Soul reste un très beau Pixar, une expérience cinématographique à vivre, plutôt destinée aux adultes tant elle pousse à la réflexion. Une habitude avec le studio.


Que faire de notre vie ? Prenons-nous le temps d’en savourer chaque instant ? Donnons-nous la chance à la différence dans un monde souvent trop standardisé ? Ne nous laissons-nous pas dévorer de l’intérieur par un travail, une obsession, un fantasme ?


Soul pose beaucoup de questions : toujours plaisant, pas forcément toujours émouvant malgré une dernière partie intense on ne peut s’empêcher de le comparer à Inside Out dont le thème était pleinement assumé et bouleversant.


Soul n’est peut-être pas à mes yeux le chef-d’œuvre attendu mais il laisse à penser, à faire une introspection dès lors la dernière scène du film achevée. Il manque certes une âme à ce film qui lui aurait permis de nous prendre aux tripes, une leçon plus poussée peut-être mais cela reste un très bon film sous fond d’ode à la vie. Une vie pouvant être à la fois banale et infiniment merveilleuse.

Matthou
8
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le 28 déc. 2020

Critique lue 125 fois

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