Régulièrement nous pouvons observer deux types de productions horrifiques : celles plébiscitées par les réseaux sociaux et les différents médias où les seuls éléments mis en avant sont la profusion de sang et de viscères (souvent numériques) et la cruauté, sensées être jusqu’au boutiste alors qu’au final tout n’est fait que pour caresser dans le sens du poil et celles qui te prennent par la main sans trop en dire pour t’emmener dans une spirale infernale en privilégiant l’arrachage de ton coeur à celui des acteurs. Soyons direct, Substitution : bring her back est de cette catégorie.


Le deuil en élément central


Les frères Philippou envoie la douleur, physique et psychique, à nos côtés dès l’introduction du récit, qui se centre sur un frère et une soeur accueillis par une femme aux méthodes atypiques après le décès soudain de leur père. Je différencie cette dérangeante mise en bouche du reste, sorte de rituel dérangeant au but inconnu, les auteurs ayant opté pour une imagerie « camescope » tout sauf artificielle décuplant le côté anxiogène de la séquence qui nous plonge dans un univers inconfortable au possible. Le destin brisé de notre fratrie dysfonctionnelle obéira à un schéma de cercle vicieux où chaque élément sera scrupuleusement mis en place comme les pièces d’un puzzle infernal. Ce motif, présent aussi bien autour de la maison en sel que dans le crescendo d’éléments perturbateurs. Chaque bouffée d’oxygène (une soirée improvisée, une assistante sociale impliquée, les espoirs du frère avec sa majorité imminente) ne semble présente que pour mieux replonger dans ce manque implacable issu de la perte, sentiment partagé par cette mystérieuse bienfaitrice dont la fille s’est noyée dans la piscine aussi vide que la chambre laissée par celle-ci.

Au départ le frère ne sera casé que dans un vulgaire réduit, comme un détail qu’on voudrait oublier, puis ce sera l’interférence de cette femme obséquieuse dans les obsèques, pour s’accentuer insidieusement avec la révélation de secrets inavouables jusqu’aux accusations les plus sordides. Les traumas ne sont pas issus de ce qui semblerait évident et rien n’est ce qu’il parait.


Les sens perdus


Tout est trompeur. Dès leur arrivée, l’utilisation d’un cadré débullé nous suggérera l’omniprésence d’un malaise dans cette demeure à l’apparence savamment calculée (un plan aérien l’assimilant à un symbole ésotérique). La soeur est malvoyante et seuls quelques plans nous permettront d’appréhender le rapport issu du toucher qu’elle entretient avec son environnement, la découverte de ce nouveau foyer passant par des mains se promenant sur les murs au rythme d’une caméra collant au train des personnages comme la peur. L’enfant mystérieux que cette aide providentielle accueille est lui totalement mutique. Là encore, plus le récit progresse plus notre perception est mise à mal. Pourtant un élément se clarifie : la menace.

Cette ombre pesante, celle de cette introduction qu’on a bien vu et qui n’a jamais quittée notre esprit, se clarifie. Cette femme a des desseins bien plus funestes que ses sourires artificiels et cette fameuse vidéo, elle la visionnera avec nous, révélant son but ultime. Et notre malaise ne fera que grandir, accentué par de fugaces moments de violence brute jusqu’au pluvieux final absolument déchirant. Le côté implacable du film, les frères Philippou l’obtienne grâce à un élément se raréfiant autant que l’espoir : la cohérence. C’est par cette cohérence que le stress ne sera que grandissant, l’inéluctabilité du drame en devenir nous plongeant dans un abime de noirceur dont seul le plan final nous délivrera ,mais, comme dans la logique appliquée à cette lugubre cérémonie, se sera en y laissant une part de notre âme désormais meurtrie.


Mets toi en PLS et suces ton pouce


Cet avis j’ai eu du mal à vous le sortir. Les frères Philippou nous offre avec ce film une véritable réussite, parvenant à aborder des thèmes aussi grave que la deuil, la violence infantile ou le handicap tout en nous plongeant dans un univers horrifique avec une fluidité et une grâce exemplaire tout en nous assénant un magistral coup de boule.


Jerome_Roulon
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Jérôme Roulon

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