Superman
6.1
Superman

Film de James Gunn (2025)

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Je suis allé voir ce film sans aucune attente particulière, poussé par une envie soudaine de cinéma qui ne pouvait être assouvie que par ce film en termes d’horaires. Je ne suis pas du tout un fan de James Gunn et de ses Gardiens de la Galaxie ou de sa Suicide Squad. Aussi, ma dernière bonne expérience avec Superman remonte à la série Lois & Clark, probablement parce que j’avais moins de dix ans.




Mais après une introduction un peu pénible qui m’offrait globalement le spectacle auquel je m’attendais, je dois dire que je me suis pris au jeu, surpris par mon implication émotionnelle et mon plaisir (coupable) devant ce film au sous-texte rassurant en termes d’analyse.




Derrière ce Superman musclé mais pas bodybuildé se cache un être non humain, lumineux, jamais cynique, sauvant son chien ou un écureuil avec la même détermination qu’un être humain. Bien sûr, ces scènes peuvent prêter à sourire mais je les ai prises comme l’illustration d’un personnage profondément bon, sans arrière-pensées, une sorte d’incarnation du bien que nous avons chacun au fond de nous et l’espoir que celui-ci vienne un jour se réveiller chez le plus grand nombre.




Évidemment, cela ne suffira pas à notre héros pour être apprécié dans ce monde cynique où la manipulation fait loi. La bonne attitude de Superman ne serait en fait qu’une taqîya ayant pour objectif final de dominer le monde (coucou les musulmans 👋). Les médias, toujours prompts à relayer un discours de rejet, vont donc s’en prendre « en flux continu » à ce dangereux étranger sur l’impulsion de Lex Luthor, qui leur a fourni des demi-preuves largement suffisantes aux chaînes d’information pour lancer une shitstorm conséquente.




L’entrepreneur à la tête de Luthorcorp est également intéressant. Un geek à la tête d’une entreprise plus puissante que l’État lui-même, pathétiquement ivre de pouvoir et prêt à détruire une bonne partie de la planète (ici provoquer une faille sismique) pour remodeler le monde à son profit, il ne faut pas aller chercher bien loin pour comprendre à qui l’on fait référence.




Ces constats anxiogènes mais lucides sur notre société sont éclairés par des personnages faillibles et humains (à commencer, paradoxalement, par Superman lui-même). Loin des clichés du mâle alpha, les hommes sont souvent ridicules lorsqu’ils veulent jouer les durs, et le « tombeur » du Daily Mail est un monsieur tout le monde aux bons sentiments. Le Green Lantern ringard est amusant, et les parents adoptifs de Superman, malgré leur côté « boomers », sont attendrissants. Le casting offre un panel de figures attachantes, imparfaites et crédibles.




Les femmes sont un peu délaissées, en particulier la bimbo blonde du Daily Mail qui n’est absolument pas travaillée et dénote dans cet univers. Lois, elle, n’est pas loin d’un stéréotype de sidekick classique sans grandes aspérités. La relation amoureuse qu’elle a avec Clark peine à décoller, mais reste tout de même plaisante et connaît un dénouement plutôt appréciable. Seul le rôle de l’influenceuse, petite amie de Lex, est réellement intéressant. Un joli pied de nez de James Gunn qui, dans un premier temps, joue à fond la carte de la moquerie en surfant sur les clichés les plus malveillants, puis retourne la situation et le spectateur en révélant l’intelligence stratégique du personnage, lui permettant de collecter des indices pour faire tomber médiatiquement le surpuissant chef d’entreprise.




Nous sommes sur un blockbuster et je le juge à l’aune des obligations liées à ce style de film, qui doit faire le tour du monde, contenter toute la famille et toutes les cultures. Le film n’échappe pas à une certaine forme de caricature plus ou moins assumée des enjeux et des personnages. Cela est particulièrement prégnant concernant le traitement des questions géopolitiques. La guerre entre les deux pays fictifs est traitée de façon extrêmement manichéenne, l’un étant présenté comme bon et l’autre comme mauvais, sans autre forme de contextualisation, ce qui fait, à mes yeux, clairement perdre tout enjeu à ce conflit sans âme.




Je reste également sceptique concernant la DA générale du film, assez lisse et parfois carrément de mauvais goût : le monde de poche ressemble à un amas confus d’effets spéciaux peu convaincants et la bête géante menaçant de détruire Metropolis est très laide.




Mais globalement, les bonnes idées et les allégories des maux et espoirs de notre société prennent le dessus. La morale finale du film enfonce le clou : nous ne sommes pas prisonniers de notre héritage biologique. Une idée simple, salutaire, bien exécutée, servie par un récit qui sait où il va et qui l’assume avec une certaine radicalité pour un blockbuster.

timix
7
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le 12 juil. 2025

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timix

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