1818, Mary Shelley donne naissance à son best-seller FRANKENSTEIN, pillier de la littérature fantastique moderne, on ne compte d’ailleurs plus le nombre d'adaptations au cinéma. En voici une de plus, pas nécessairement la plus mémorable, mais sans doute une des plus audacieuses dans la réappropriation d'un mythe de la pop culture, sous un angle féministe, qui malheureusement enfonce des portes ouvertes, plus qu'il ne rend hommage à la génitrice de l’œuvre originale.
Rongé par la solitude, Frankenstein se rend à Chicago dans les années 1930 et demande au Dr. Euphronious, scientifique visionnaire, de lui créer une compagne. Ensemble, ils ressuscitent une jeune femme assassinée, et la fiancée prend vie ! Mais la suite des événements dépasse tout ce que qu’ils auraient pu imaginer : meurtres, possessions, et un couple hors-la-loi qui se retrouve au centre d’un mouvement social radical et débridé, et d’une histoire d’amour passionnelle et tumultueuse !
Ce qu'on peut d'ores et déjà dire avant même d'avoir vu le film, c'est que la thématique de l'émancipation féminine dans une amérique patriarcale, sera LE sujet du film, et ça, on l'a bien compris.
Le titre du film où la "fiancé de..." devient simplement "la fiancée" avec carrément un point d'exclamation pour affirmer cette cassure nette, des femmes présentes dans tout les corps de métiers sur le tournage et à la production, une intrigue replacée dans une toute autre époque dans le milieu mafieux des années 1930, on sent la volonté de bousculer. C'est une bonne chose.
Mais à force de le rabâcher, répéter et enfoncer dans le crâne à grand coups de répliques moralisatrices, et somme de détails, ben faut avouer qu'on en a très vite marre, surtout que THE BRIDE! même s'il aborde son sujet frontalement, ne le creuse jamais vraiment, et ne fait que survoler des thèmes pourtant riches et complexes.
Ça commence pourtant magnifiquement bien, avec le personnage de Mary Shelley, incarnée par Jessie Buckley qui jouera aussi le rôle-titre de la fiancée, s'adressant directement au spectateur, pour nous dire sa frustation de n'avoir pas pu exprimer pleinement sa pensée dans son livre culte, muselée par les normes machistes de l'époque.
Elle se propose donc de revisiter son propre mythe pour y donner un regard féministe libérateur au travers de sa nouvelle héroïne, la fiancée donc, dont on va suivre le destin tragique.
Et c'est ainsi que les chemins du monstre de Frankenstein, rebaptisé comme son créateur (ou simplement Franck pour les intimes), et de cette fille de joie impertinente qui joue les indics pour la police auprès de la mafia, vont se croiser.
Pour ceux qui pensaient trouver un remake de LA FIANCÉE DE FRANKENSTEIN c'est déjà une fausse piste, car THE BRIDE! ne garde que ses deux protagonistes principaux et redessine complètement l'histoire, et c'est déjà une prise de risque très audacieuse de la réalisatrice. Vouloir utiliser une icône de la pop culture, en remodelant complètement tout l'univers qui va avec.
En soi, la première moitié du film est plutôt réussie et assez emballante.
Hélas, la seconde partie du film s'embourbe très vite dans une romance meurtrière à la BONNIE & CLYDE, ou THELMA & LOUISE, choisissez votre camp, sans réelle consistance, on se rapproche plus du mélodrame.
Une cavalcade entre nos 2 tourtereaux délinquants, dont l'idylle fondée sur un mensonge, si elle offre de beaux moments de complicité (les scènes de danse ou celles dans les salles de ciné par exemple), dissimule bien maladroitement des errances narratives et des trous dans le scenario.
Quand on sait que le film a eu beaucoup de mal à se faire, entre le montage chaotique et une post-production qui n'a fait que retarder sa sortie, cette sensation d'inachevé se ressent dans la seconde moitié du film, c'est incomplet et trop de facilités sont prises dans le récit.
À bien y réfléchir, THE BRIDE! dessert la cause féministe plus qu'il ne la met en avant, les personnages sont trop clichés, les répliques lourdingues, ça manque cruellement de subtilité. Maggie Gyllenhaal vient de mettre un coup d'épée dans l'eau, pourtant son travail semblait très prometteur.
Une aubaine pour les détracteurs de la cause féministe, lisez juste les critiques négatives pour vous en rendre compte, on est encore loin de la parité. Mais on avance, les succès récents de THE SUBSTANCE ou THE UGLY STEPSISTER sont des pierres angulaires du cinéma de genre, tant pour la radicalite de leur propos, que pour le spectacle qu'ils offrent.
THE BRIDE! donne finalement l'impression d'un immense gâchis malgré un potentiel énorme. Tout n'est bien évidement pas à jeter, à commencer par la prestation habitée de Jessie Buckley, dont on connaissait tout le talent dramatique, la voir dans cet autre registre fait un bien fou.
C'est quand même autre chose que Lady Gaga dans JOKER : FOLIE A DEUX, si on veut faire la comparaison, niveau acting rien à voir.
Quand au monstre de Frankenstein, incarné par Christian Bale, même s'il est très réussi visuellement, son côté fragile avec son regard de chien battu fait gentiment sourire, on aurait aimé un mix avec celui joué par Jacob Elordi dans la version de Del Toro.
Tout les autres personnages ne sont que des stéréotypes écrits pour cocher des cases, dommage car le reste du casting est sacrément solide.
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