Il y avait sans doute derrière The Bride ! de grandes ambitions, un propos, une proposition artistique étrange.
Paraît que le film a été reshooté, remonté, tripoté. On aurait donc pu attendre une œuvre bancale mais forte. Un truc attachant dont l'âme, à défaut du corps, aurait été portée à incandescence sous les coutures et les cicatrices évidentes et disgracieuses de l'entreprise.
Il y aura cependant, à l'écran, dans une séance de The Bride ! des morceaux de films disparates qui se neutralisent, voire qui se contredisent carrément. Certaines scènes témoignent, à l'évidence, de l'envie de cinéma de Maggie Gyllenhaal derrière la caméra, ainsi que de sa volonté de s'approprier le mythe et de faire avancer le schmilblick. Mais malheureusement, d'autres côtoient le risible, quand elle ne sont, pas, tout simplement, lourdes d'une symbolique d'éléphant dans un magasin de porcelaine.
Enfin, il y a celles, explicatives à l'excès, qui essaient, de manière maladroite, de combler difficilement certains trous de narration assez aberrants et de rendre vraisemblable une pauvre enquête qui ne l'est jamais vraiment.
Revisiter la figure de la créature de Frankenstein en lui faisant emprunter les sentiers meurtriers de Bonnie & Clyde pouvait pourtant apporter quelque sang neuf. Mais la période historique retenue aurait dû mettre la puce à l'oreille sous le masque.
Car il y a aussi, et surtout, derrière The Bride ! des convictions soulignées au stabylo, typiques de ce qu'il convient aujourd'hui de qualifier de genre du MeToo movie, qui considère manifestement que son hashtag a le pouvoir d'exonérer de toute finesse dans le propos. Ainsi, dialogues transparents en forme de slogans se voulant imparables, situations et caricatures embarrassantes décrivant la place de la femme dans la société de l'époque, voilà sans doute les morceaux de film sentant le plus la charogne, tellement le message de « pas bien » est appuyé comme un sourd vous hurle tout près de l'oreille.
The Bride ! rejoint donc tristement les Promising Young Woman, Companion et autres Blink Twice dans la manière assez imbécile de traiter son sujet de société.
Et l'on pourra s'étonner que le film, après quelques premières minutes assez improbables et étranges, soit aussi timoré dans le traitement de la violence et se love ensuite dans un trash de Franprix, qui n'aide pas à prendre l'oeuvre complètement au sérieux. Tout comme son esthétique trop travaillée, comme le souligne le peu de séquelles dans l'apparence de Jessie Buckley et son pseudo maquillage qui n'aurait pas juré dans le remake de The Crow cuvée 2024.
Mais on peut se souvenir, histoire de ne pas sortir trop déçu de sa séance, du regard porté sur la figure du monstre, ou encore (et surtout ?) de l'utilisation de la fascination cinéphile de Frankenstein pour montrer l'évolution de son idylle.
The Bride ! rate donc méchamment le coche malgré quelques tentatives proposées, ce qui devient de moins en moins évident aujourd'hui. Mais l'échec est d'autant plus cruel qu'il est souligné par la réussite de la récente transposition du mythe par Guillermo Del Toro, qui livrait un très beau film sur la relation père / fils, lien totalement absent chez Maggie Gyllenhaal, qui pose immédiatement la question du bien-fondé de la féminisation du créateur, qui aurait pu se montrer fascinante dans sa relation avec la fiancée.
Or, en l'état, tous ces morceaux parfois faisandés de The Bride ! ne pouvaient conduire, à la sortie de la séance, qu'à une expérience contre-nature dans la réanimation du mythe.
Behind_the_Mask, anatomie d'une chute.