Parfois tu vois des films qui t’emportent, ils nourrissent un sentiment d’exaltation et s’offrent entier à l’analyse et aux décorticages. D’autres sont plus hermétiques, ce sont des films un peu timides qui se refusent à la conversation. Et puis d’autres agacent, provoquent l’ennui, ou ennuient dans leurs provocations stériles et petits bras. The Bride avec un point d’exclamation pour faire style fait partie d’une autre catégorie, ces films qui saoulent et qui t’inspirent que des réflexions de merde, pataugeant dans des références éculées et des excès de spectacle de fin d’années, épuisant, tournant la liste des griefs inspirés par son spectacle de littérature de bottins. Eh bien je pense que j’aurais préféré vraiment détester tout ça, le rejet total m’offrant la tranquillité fainéante d’un point de vue lapidaire et péremptoire… Parce qu’au final, j’ai trouvé que la médiocrité du film était contagieuse, m’emportant doucement vers les rives du renoncement.
Confondant bruit et hystérie, hystérie et excès, excès et gesticulations, The Bride avec un point d’exclamation repose sur une idée confuse et inutilement emberlificotée, engluant le film dans une coquetterie music-hall rapidement très pénible, regroupant une zouze vivante mais fatiguée avec une écrivaine morte mais pétant le feu. Maggie Gyllenhall revendique une relation déférente avec le passé littéraire et cinématographique de son sujet afin de l’emmener vaquer sur les nouvelles incarnations culturelles du féminisme.
Il apparait un moment que tout ce décorum classique (Mary Shelley, la créature et sa fiancée ou le décor du labo) doit servir la soupe à cette dynamique post me-too documentant l’énergie politique et militante des nouvelles générations. C’était assez ridicule dans la suite de Joker et c’est ici tout aussi nul, mais la volonté paradoxale d’expédier ça sous le tapis assez désarmante. Cette cavale de la Créature et de sa fiancée est bien évidemment une histoire d’amour, mais l’autrice et son film semblent se détourner bien rapidement des conséquences sociales de l’énergie que dégage la jeune morte-vivante. Le monde de la mafia vu par les exploitées est survolé et la révolte qui s’enclenche est laissé dans un hors champs qu’on pourrait estimer pudique, vu la gêne que provoquent ces jeunes femmes arborant le « sourire » de la Fiancée. Cet exutoire politico-militant semble même avoir été greffé sur une intrigue qui aurait pu être autrement plus nihiliste.
En l’état, le film semble avoir honte de ce qu’il fait, embarrassé par l’ornière provoquée par son personnage principal, déchiré entre des vociférations poétiques vite casse bonbon et un désarroi vaporeux, le tout articulé par une actrice impliquée, se débattant avec un rôle ingrat. Un personnage classique et attendu, porté par le design de son maquillage assommant ses références mi Killing Joke, mi Pamela Rooke.
Face à elle, Christian Bale incarne une créature terrassée par la solitude, et un personnage malmené par une mise en place que j’ai trouvé un peu courte. Parfois, on se dit qu’un personnage archétypal suffit à produire du sens et de l’intérêt, parfois c’est juste une manière paresseuse de se limiter à un stéréotype et à ses plus petits dénominateurs communs. J’ai eu du mal à adhérer au perso, variation assez sage et empotée du personnage joué par Joaquim Phoenix, ouvrant cependant la porte à une infernale Justice League Extraordinaire des kassos incels qui foutent le feu aux poudres d’une société qui ne tourne décidément pas rond. Vivement la version de Dracula où le vampire vit parmi les punks à chien de la gare de Rennes.
Ici, le personnage est doucement tordu, et c’est un peu étrange de voir que les actes de ce perso menteur, manipulateur et violent finissent par lui permettre d’emballer la zouze. S’il y a bien quelque chose d’un peu sulfureux, dans ce film, c’est de voir ces velléités progressistes de supermarché danser main dans la main avec un propos plutôt détestable. Soit. Parce que le film, dans une démarche un peu puérile de proto boomer qui s’adresse à la jeunesse et quémande son assentiment, donne surtout l’impression de voir un film de vieux con, de vieille conne en l’occurrence, cherchant à travers la pénibilité de sa forme et l’indigence de son propos à séduire nos jeunes. Alors moi, les jeunes, c’est pas trop mon truc, même si en croiser un ou deux de temps en temps est toujours amusant et instructif. Malgré ça, je ne suis pas persuadé que ces hordes hirsutes mal fagotées qui se dandinent aux rythmes d’une époque qui va trop vite méritent pareil spectacle. The Bride avec un point d’exclamation m’est apparu comme un « film de jeune » fait par des vieux, mais en fait pour d’autres vieux qui aiment penser qu’ils sont toujours un peu jeunes. Du coup, j’ai pas passé un si mauvais moment que ça et j’ai eu l’illusion, à quelques moments, d’être concerné par tout ça… même si par moment j’avais l’impression d’être enfermé dans une salle de cinquantenaires grisonnants avec leurs bedaines mal contenues par des t-shirts « Mon Petit Poney ».
Alors, est ce que c’était produit par A24 ? Je crois pas mais c’est exactement ce que m’a inspiré cette engeance en plastique. L’elevated horror ayant généralement l’habitude de prendre les escaliers, je fous tout ça au feu et je pose dessus une grosse marmite pour faire chauffer ma soupe.