J’apprécie le cinéma de Steven Soderbergh, sa tenue, son humeur. C’est d’ailleurs ce qui a motivé la découverte de The Insider, son dernier long métrage sorti en mars dernier sur nos écrans puis en juillet en vidéo. Ce film d’espionnage narre le stratagème élaboré par George (Michael Fassbender), un agent du MI6, afin de débusquer une taupe présente dans son service. Ses soupçons se portent sur cinq de ses collègues, incluant sa femme. Écrit par David Koepp (Jurassic Park, Snake Eyes et le récent Presence du même Soderbergh), The Insider s’articule autour d’une succession de séquences de réunion en huis clos au cours desquelles le personnage principal observe ses suspects, tous rompus à l’exercice du mensonge. « J’aimerais que ça ne soit pas aussi facile. De tricher. Pour nous» déclare en ouverture Meacham (Gustaf Skarsgard), l’indicateur par qui George obtient ses renseignements.
Très court (1h29 montre en main), The Insider sacrifie les traditionnelles circonvolutions retardant parfois artificiellement la révélation finale sur l’autel de l’efficacité. Porté par une distribution classieuse dominée par le flegmatique Michael Fassbender, le film repose sur de savoureux dialogues et une solide mise en scène. Une fois de plus, Steven Soderbergh n’a pas son pareil pour concevoir des atmosphères feutrées auxquelles la musique de David Holmes apporte des vibrations jazzy. The Insider se présente ainsi comme un film d’espionnage ludique et élégant, un « spectacle émotionnel et psychologique ». « Il existe une version de ce film qui prend une direction très différente. On n'en fait pas un film glamour, on le rend plus cru, plus dur et moins amusant. Et ce n'était tout simplement pas ce que j'avais en tête. On pensait que c'était un vrai film hollywoodien, avec des stars de cinéma, et qu'il fallait les mettre en valeur. » avait ainsi déclaré Soderbergh à Variety*.
A l’exception de The Good German, qui se présentait davantage comme un hommage à Casablanca de Michael Curtiz, et de son Bourne-like Piégée, les occasions pour Steven Soderbergh de frayer avec les espions ont été rares. The Insider est donc en quelque sorte une exception dans la carrière d’un cinéaste qui s’est en revanche souvent attaché à mettre en scène des personnages dont la duplicité et le mensonge sont des moteurs. Depuis Sexe, Mensonges & Vidéo, son cinéma s’est ainsi enrichi d’escrocs et d’imposteurs ayant fait du double jeu leur profession, voire une seconde nature. Dès lors, comment la vie matrimoniale y survit-elle selon Soderbergh ? La réponse est dans ce divertissement derrière lequel se cache une intéressante radioscopie du couple en temps de crise.
* https://variety.com/2025/film/news/steven-soderbergh-black-bag-contagion-sequel-1236335127/