Kelly Reichardt s'exporte et sort pour la première fois de l'Oregon depuis son premier film River of Grass... Par ailleurs The Mastermind et River of Grass sont deux films assez proches puisqu'il s'agit tous les deux d'une cavale. Enfin... une cavale... On est chez Kelly Reichardt donc la cavale est composée d'un peu rien et se fait dans le plus grand des calmes. Si on se fie uniquement au résumé on aurait presque l'impression qu'elle a fait un film d'action, alors que rien ne pourrait en être plus loin, pour notre plus grand plaisir.


On suit donc Josh O'Connor, acteur que je trouvais peu intéressant jusqu'ici mais qui dans ce film est vraiment bien. C'est un plaisir de le suivre, de voir sa gueule un peu paumée tenter de faire des trucs. Rien que dans sa manière de le filmer Kelly Reichardt a trouvé quelque chose, ça plus le grain de l'image, les décors, on y croit immédiatement à ce père de famille qui se dit qu'il va cambrioler un musée. De toute façon la crédibilité a toujours fait la force de cette réalisatrice, elle arrive à rendre ses personnages humains, tangibles dès les premières secondes. Le film s'ouvre sur ce mec qui regarde des tableaux et des gamins trop chiants qui courent un peu partout... On comprend que les gamins sont les siens, on voit le regard que lui lance sa femme, immédiatement il se passe quelque chose.


J'y ai même tellement cru que pendant tout le film j'ai pensé que c'était une histoire vraie...


Et puis vient l'absurde... Le film s'appelle The Mastermind, un nom délicieusement ironique, parce que le mec a pour plan de rentrer dans le musée, prendre les tableaux et ressortir. Il le fait avec des mecs pas fiables, il est emmerdé par ses gosses pour le faire... Bref il n'y a rien qui va et il décide de le faire malgré tout. Quel immense plaisir de voir à quel point rien ne va, de voir comment Reichardt filme ce casse, toujours avec une grande simplicité, quasiment en temps réel, en se focalisant principalement sur le mec qui attend dans la voiture. L'absurde est poussé à son paroxysme lorsqu'on se rend compte que cacher les tableaux est plus compliqué que de les voler. On a une séquence, vraiment longue, point central du film, où le personnage cache les tableaux, il fait noir, on voit rien, c'est à la fois tellement simple, tellement bête et tellement prenant...


Elle parvient à nous faire ressentir la tension du personnage avec trois fois rien, avec ce qui aurait été une ellipse dans n'importe quel autre film, parce que justement son personnage test totalement humain. Le moindre truc un peu chiant est réellement chiant pour lui, on le sent galérer. Bref, c'est brillant.


Le tout sans qu'on sache réellement ce qu'était trop son plan avec les tableaux qu'il a volé... Et où toutes les implications semblent le dépasser.

J'aime aussi la relation avec sa femme qui va changer du tout au tout, elle n'a plus ce sourire du début et lui qui ne comprend pas qu'elle ne l'aidera pas, qu'elle lui en veut d'avoir apporté le trouble dans leur foyer alors que elle elle bosse pour subvenir aux besoins de la famille... On a un peu pitié pour ce pauvre mec, abandonné de tous.


Mais ce qui est intéressant c'est comment dans cette cavale d'un homme ordinaire, elle va réussir à montrer également l'absurdité des États-Unis comme en témoigne la toute fin du film. Cette cavale qui doit forcément s'arrêter à un moment s'arrête de manière totalement inattendue et absurde. Les forces de police utilisées à bon escient.


Un beau portrait de l'Amérique des années 70.

Moizi
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le 26 déc. 2025

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