A l'écran, un margoulin essaie de passer inaperçu. Il promène son regard partout, donc nulle part. L'allure empruntée, il se promène de salle en salle, avant de défier la sécurité du musée dans lequel il se trouve, desserre un loquet, et... Dérobe une minable figurine en bas dans une vitrine. Avant de quitter les lieux, comme si de rien n'était, avant de rejoindre son épouse.
Après de tels repérages, le plan d'action et le casse en lui-même ne pourront être qu'aussi minables. Visiblement, l'intérêt de Kelly Reichardt se trouve ailleurs. Aux antipodes des productions hollywoodiennes dopées à l'action spectaculaire, à la mécanique de précision déployée pour le méfait, à l'ingéniosité de son auteur.
Dans The Mastermind, tout est petit, presque dérisoire. Au point que l'on sourit à l'instant où l'on réalise que l'un des vigiles est tout simplement en train de roupiller, ou lorsque le casse manque d'avorter dans une arrestation tout sauf héroïque. Sourire rehaussé par une bande son jazzy en forme d'improvisation solitaire, seul élément virevoltant d'un début d'aventure en mode mineur.
Kelly Reichardt filme l'après : cette fuite en avant constamment solitaire, comme hors du monde, cette lente débandade dans tout ce qu'elle comporte de gestes répétitifs, de silences, d'étirement des scènes, de détails anodins. Dans une mise en scène millimétrée de ce que nombre d'autres oeuvres plus frivoles et spectaculaires laissent volontairement hors champ.
La maîtrise formelle pour signifier que son Mastermind ne l'est pas tant que cela. En tout cas, qu'il ne maîtrise pas grand chose de son plan foireux. Le film ne laisse ainsi que peu de doutes sur l'issue de sa cavale. Le film est peut-être moins une déconstruction d'un genre balisé qu'une méditation de l'après, quand les erreurs s'enchainent et que la solitude l'emporte.
La lenteur extrêmement calculée de l'ensemble et l'absence de réel enjeu feront penser au masqué que The Mastermind aurait pu être un peu plus ramassé. Mais il a été très intéressé par le portrait de son anti héros déphasé, porté par un formidable charme de Josh O'Connor, et de la désillusion de son époque 70's qui prend de plus en plus d'importance dans le propos du film.
Et s'il ne criera pas au chef d'oeuvre comme les gens de bon goût, il ne regrettera pas pour autant le prix de sa place de cinéma pour supporter un film à contre-courant de la programmation habituelle.
Behind_the_Mask, qui se demande où il va bien pouvoir mucher son maigre butin.