Sorti de nulle part, ce premier film d’une jeune cinéaste d’origine norvégienne est une jolie et réjouissante surprise dans le genre horrifique. Il n’y a rien de révolutionnaire dans les thématiques (proximité avec le récent « The Substance » déjà lui-même très référencé) ou dans le visuel (body horror Cronenbergien) mais il faut reconnaitre que ce long-métrage pousse les curseurs de l’horreur au-delà de la moyenne :
nez, yeux (phobie personnelle), orteils, tout y passe sans rien nous épargner; sans compter le « runing gag » horrifique du ver solitaire dont la conclusion est mémorable.
Heureusement aucune sensation "torture-porn" ici, tant le film est régulièrement « drôle » (humour très noir évidemment) dans sa description des excès du culte de la beauté tandis que son cadre solaire (une bonne partie des atrocités se passant en plein jour façon « Midsommar ») lui confère une poésie morbide à la « Pique-nique à Hanging Rock » de Peter Weir.
Personnellement je trouve que le propos perd en force et que le récit devient plus balisé quand, dans la seconde partie, la réalisatrice embrase complétement l’histoire de « Cendrillon »
(la mère d’Agnes/Cendrillon en fée bleue ou bien l’évocation hors champs de la carrosse/citrouille qui ne s’intègrent pas très bien au récit),
alors que jusque-là le conte de Perrault tenait plus de la référence lointaine/clin d’œil amusé.
A noter toutefois la jolie idée que constitue les vers du cadavre putréfié du père d’Agnes/Cendrillon qui lui réparent sa robe de bal.
La déconstruction de cette histoire connue de tous s’avère tout de même stimulante par l’inversion de point de vue proposée. Il faut d’ailleurs saluer l’audace de sa jeune interprète Lea Myren qui n’hésite pas à prendre beaucoup de risques pour défendre et rendre émouvant un personnage secondaire et antipathique dans le conte d’origine.
A conseiller donc mais pour des yeux avertis.