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« Il était une fois une fille trop normale dans un monde trop cruel. »
Emilie Blichfeldt signe avec The Ugly Stepsister une œuvre à la fois cruelle, baroque et étonnamment lucide. Une comédie horrifique norvégienne au parfum de formol, où les contes de fées sont lessivés dans l’acide, jusqu’à ce qu’il ne reste que leur squelette — difforme, instable, douloureusement humain.
Dans ce royaume étouffé par la beauté, Elvira, la demi-sœur ignorée, lutte pour exister. Pas pour briller. Pas pour aimer. Simplement : être regardée. Dans ce monde-là, ne pas plaire, c’est ne pas vivre. Et pour plaire, il faut couper, coudre, injecter, limer. Chaque transformation est un pas de plus vers l’invisible ligne de ce que les autres appellent la perfection — et qu’elle, elle découvre être une prison.
Le film est une claque. Une satire brutale des standards imposés, où les codes du conte sont retournés comme une peau qu’on déchire à vif. Blichfeldt ne filme pas des princesses : elle filme des corps en lutte, des chairs offertes, des bouches figées dans un sourire qu’on n’a pas demandé.
Lea Myren est bouleversante dans le rôle d’Elvira. Elle donne au personnage une vérité dérangeante : on croit à sa naïveté, à sa colère, à son glissement progressif vers la monstruosité. Et pourtant, on ne peut jamais la juger. On comprend. C’est peut-être ce qui dérange le plus.
La mise en scène est somptueuse et dérangeante : décors gothiques, couleurs saturées, plans symétriques d’une beauté glaçante. Chaque scène est pensée comme un tableau de mode, mais où le modèle saigne. La musique, étrange, dissonante, insiste sur les faux-semblants. Même les silences hurlent.
Mais The Ugly Stepsister n’est pas un film de dénonciation classique. Ce n’est pas un pamphlet féministe plaqué. C’est une tragédie moderne, une dissection poétique d’un système qui broie les femmes sous le masque du désir. Et plus qu’un film d’horreur, c’est une comédie noire, où l’on rit parfois — avant de se sentir coupable.
Ce que fait Blichfeldt ici, c’est rare : elle parle d’un sujet universel (l’injonction à la beauté) avec une audace formelle qui ne cherche jamais à plaire. Son cinéma est vivant, viscéral, inconfortable. Et nécessaire.
Note : 14/20 — Un conte cruel, drôle, furieux. Un miroir brisé dans lequel on ose, malgré tout, se reconnaître.