J'aimerai, derrière ce titre pompeux, parler de cet étrange oeuvre cinématographique qu'est ce Théorème sorti en 1968.
Nous sommes ici confrontés à un long-métrage de Pier Paolo Pasolini, un géant du cinéma moderniste italien mais aussi du monde cinématographique dans son ensemble. Il a très vite façonné sa propre conception du médium de l'image pour en tirer son univers se trouvant entre la réalité et une certaine sublimation poétique. Sa filmographie est composée de trois cycles très distincts les uns des autres :
- Le cycle « réaliste » traitant de sujet sociaux.
- Le cycle "biblique et mythique" traitant de sujet religieux.
- Le cycle « crypto-érotique », traitant de sexualité tout en instaurant une dimension allégorique.
Ce dernier cycle est celui auquel nous nous nous intéressons plus particulièrement ici. L'une des oeuvres le plus emblématique de sa filmographie est donc Théorème. Il s'agit d'un long-métrage assez représentatif du travail de Pasolini, il permet de bien saisir les différentes notions qu'il a élaborées pour créer son univers cinématographique.
Comme dit précédemment, le cycle crypto-érotique va se centrer principalement sur le thème du désir et de la sexualité. Nous sommes ici confrontés à un élément clé du cinéma de Pasolini. Dans Théorème, cette notion de désir sexuel sera incarnée physiquement en la personne de l'étranger se rendant dans la demeure bourgeoise. Ce dernier va en effet, et ce dès son arrivée, devenir comme une sorte de fantasme ultime pour chaque occupant de la maison. Vu presque comme « radieu » par les différents protagonistes, il se mettra à avoir des relations sexuelles avec les divers membres de la famille en leur offrant un rapport complètement unique de ce qu'est le concept du plaisir. Les hommes comme les femmes seront épris d'une sorte d'amour presque spirituel pour le visiteur. Cette rencontre va réellement révéler un bonheur enfoui chez chacun, si bien que lorsque l'étranger partira il brisera le coeur de chaque membre de cette famille tout en leur ayant insufflé une nouvelle vision du monde, une nouvelle aptitude. La venue de cet homme peut être interprété comme une figure christique, comme un ange ; cet élément est une réussite totale au sein de l'oeuvre. Le personnage semble arriver de nulle part, nous aurons presque l'impression qu'il a toujours été là. Les protagonistes acceptent sa présence sans se poser de questionnements internes car il est un symbole de beauté. Il est un être angélique qui va mener les différents membres de la famille à atteindre une quête d'harmonie suprême. Une quête visant le bonheur absolu.
Le cinéma de Pasolini présente des scénarios abordant la sexualité ainsi qu’une forme de dimension allégorique. L'histoire de Théorème est ici à interpréter comme une parabole. Le scénario est irréaliste mais se contextualise dans un milieu appartenant au réel. L'être abstrait arrive dans cette famille bourgeoise et sera le moyen de révélation pour les différents personnages, il va se mettre à utiliser la sexualité pour créer une quête spirituelle. C'est ici que l'on atteint un point également fondamental de la filmographie de Pasolini, il est dans un cinéma dit de l'excès et de l'écart. Il ne va pas hésiter à exposer des séquences parfois très crues et explicites à l'écran, choquant ainsi le spectateur de l'époque. Pasolini prend un grand écart avec les autres cinéastes en imposant son propre style dans le milieu cinématographie. Le thème de la sexualité sera l'un de ses principaux accès à l'excès qui le caractérise. Il n'était pas chose commune de montrer des scènes de sexe aussi explicites et réalistes au cinéma à cette époque. Plusieurs autres de ses longs-métrages sont basés sur ce concept, comme par exemple le célèbre Salo ou les 120 Journées de Sodome (le chef d'oeuvre du cinéaste à mon humble avis sorti en 1976, créant ainsi une véritable fresque cinématographique avec l'ensemble de ses oeuvres cinématographiques. C'est avec ce dernier film (Pasolini sera assassiné violemment suite à la sortie de ce dernier), que que le réalisateur italien détruira son concept de la quête de l'harmonie suprême pourtant extrêmement présent dans Théorème.
Pasolini a réussi à imposer son oeuvre malgré les doctrines de l'époque, il était très mal vu de faire intervenir un être angélique ayant des relations sexuelles avec une famille au cinéma. Néanmoins ce cinéaste à su créer son propre style avec ses différentes notions qui font encore sa célébrité mondiale aujourd'hui. Théorème n'est à mon sens pas sa plus grande réussite, en revanche il est parfait pour aborder son troisième cycle cinématographique.