J'aime la saga Transformers.
Voilà, ça c'est dit.
Pourquoi je l'aime, me demanderez-vous ? Parce que j'aime Michael Bay.
Rien que pour ces deux révélations, je viens de perdre toute l'estime qu'auraient pu m'attribuer les fameux groupes de "cinéphile aimant le VRAI cinéma".
Et si je vous disais que Michael Bay est bien plus qu'un simple idiot pyromane malgré ce qu'en dit sa réputation ?
Michael Bay n'est pas qu'un simple réalisateur de blockbuster d'action nerveux.
C'est un auteur.
Oui, vous m'avez bien lu, un auteur. Vous me prenez pour un fou ? Pourtant je suis plus que sérieux.
Au cinéma, on qualifie un réalisateur "d'auteur" sous plusieurs conditions :
- Un contrôle créatif sur son œuvre
- Une patte artistique reconnaissable
- Une cohérence thématique se retrouvant à travers plusieurs œuvres
Michael Bay coche toutes ces cases, et surtout, il m'a prouvé qu'il pouvait utiliser son style pour pondre quelque chose de plus grandiose que des blockbusters d'actions grâce à « No Pain, No Gain » sorti en 2013. Le chef-d'oeuvre de Michael Bay, un excellent thriller testostéroné qui démontre que le style de son réalisateur peut donner des grands films. Encore mieux, on termine « No Pain, No Gain » en se disant : « Hmm, seul Michael Bay pouvait mettre en scène une telle histoire ! »
Bref, Michael Bay est peut-être un beauf mais il est capable d'élever la beauferie au rang d'art.
Maintenant, revenons à la saga Transformers.
Cette saga de films est née à la demande du fabricant de jouets Hasbro qui désirait relancer ses différentes franchises ayant du succès. Steven Spielberg a été approché en tant que réalisateur mais ce sera le producteur qui sera intéressé par le projet. Il engage Michael Bay, qui était pourtant un néophyte du dessin animé d'origine mais qui fût intéressé par l'occasion qu'on lui offrait de faire tout exploser dans une avalanche d'action aussi gratuite que jouissive.
C'est exactement ce qu'a donné le premier opus, sobrement intitulé « Transformers », qui s'est révélé être un des meilleurs films catastrophe des années 2000. Cependant, ce film fût critiqué pour la faible présence à l'écran des Transformers (sans comprendre qu'il s'agissait d'un parti pris pour traiter les Autobots comme des figures iconiques, comme Godzilla). Le deuxième film, « Transformers 2 : La Revanche », sort en 2009 et Bay décide d'accorder plus de place aux robots mais pour un résultat un peu bancal. La formule de mélanger un film catastrophe avec un film de super-héros ne prend pas et le scénario à de grosses faiblesses suite à la grève des scénaristes de l'époque. Michael Bay va malgré tout se faire pardonner avec « Transformers 3 : La Face Cachée de la Lune » sorti en 2011. Ce film décide d'exploiter à fond la formule « Super-héros » et propose un blockbuster à la manière d'Avengers, et ce, un an avant la sortie de ce dernier. Ce troisième volet corrige le tir du deuxième et permet de conclure la saga de la manière la plus épique (et explosive) qui soit.
Mais comme le dit Michael Bay lui-même dans un de ses dialogues : « Les films de nos jours, c'est là qu'est l'os ! Des suites, des remakes, que de la daube ! »
L'appât du gain était sûrement trop fort, mais Bay accepte de rempiler pour un quatrième film : « Transformers : L'Âge de l'extinction » sorti en 2014. Exit le casting de la trilogie précédente, Mark Wahlberg devient le nouveau héros de la saga. Malgré des défauts, je dois admettre que j'apprécie également ce quatrième opus qui décide de franchir officiellement le pas du film de science-fiction. Bay construit une intrigue et un montage à la manière de Christopher Nolan qui a plutôt bien fonctionné sur moi. D'autre part, le film se conclut par une porte d'entrée au cinquième volet qui avait la promesse d'être un pur film de S-F « Space Opera ». Ce qui était alléchant et qui promettait de relancer la saga avec un nouveau souffle.
Mais malheureusement ça se gâte...
J'ai dit que j'aimais Michael Bay ? Je vais pourtant vous dire ce que je n'aime PAS chez lui : son cynisme.
Quand Michael Bay n'a pas envie de réaliser un film mais qu'il le fait quand même, ça se ressent.
Le premier film n'était peut-être pas un « chef-d’œuvre du septième art », mais il restait cependant un bon blockbuster d'action fait avec amour.
Michael, avoue-le... ça te faisait chier de le faire ce film ? T'en avais marre de cette saga ? T'étais frustré de réaliser un cinquième film de commande juste parce que les studios ne savent pas s’arrêter et que, donc, tu as décidé de saboter ton propre film ?
Quand je parle de sabotage, on va aborder le premier problème qui saute aux yeux, à savoir : PUTAIN, MAIS POURQUOI LE FORMAT D'IMAGES CHANGE TOUTES LES CINQ SECONDES ?!?
C'est bien simple, chaque fois que le montage décide de changer de plan, le format d'image change. Et il y en quatre de différents ! C'est extrêmement désagréable à regarder. Beaucoup de plans ne semblent d'ailleurs pas raccords entre eux, cela donne un aspect bâclé à tout l'ensemble.
Pour ce qui est du scénario, Michael Bay décide... de ne pas prendre en compte la promesse de la fin de l'épisode précédent et de partir sur quelque chose d'autres.
Il décide donc d'exploiter la licence à travers le prisme de l'heroic fantasy...
Il met donc en place une histoire débile avec des chevaliers-robots qui détiennent un MacGuffin osef, j'ai nommé « le bâton de Merlin ». Parce que, oui, ce film inclut les légendes Arthuriennes à l'univers des Transformers et décide de traiter l'intrigue avec les personnages humains à la manière de « Da Vinci Code ».
C'est pour ça que je parle de sabotage : là où le premier film se voulait un minimum crédible, ce cinquième film décide de ridiculiser le concept et ne fera pas d'efforts pour pallier le problème.
Anthony Hopkins a beau interpréter un sage excentrique plutôt fun, cela n'est malheureusement pas suffisant pour relever le niveau.
Tout semble en place uniquement dans le but de vendre des jouets supplémentaires aux consommateurs, OUPS, pardon je voulais dire « spectateurs ». Ce qui explique sûrement la scène inutile où Megatron présente ses nouveaux acolytes, où chaque nouveau Decepticon a le droit à son nom écrit en très gros sur l'écran pour bien nous dire de manière subtile : « ILS S'APPELLENT COMME ÇA ! MAINTENANT, VA DANS TON MAGASIN DE JOUET ET ACHÈTES-LES ! »
Bref...
Que reste-t-il à sauver ?
Peut-être le côté film d'aventures qui est à peu près compréhensible, bien que cliché.
Bon si, allez.
Si je dois sauver quelque chose de ce film, c'est bien son climax. C'est épique, nouveau, festif et heureusement, Michael Bay décide de se calmer un peu et reste sur le même format d'image.
Ah bah voilà, Michael ! Tu vois, tu peux le faire !
Ce climax bien mérité me permet, malgré tout, d'apprécier mon visionnage de ce cinquième volet malgré son échec évident.
On termine donc le film avec un certain sourire en se disant « Hé ! C'était peut-être pas top mais bon au moins la saga est définitivement conclue ».
Attends une minute...
Il y a un cliffhanger ?
Tu as mis un cliffhanger à la fin de ton film, tout en faisant en sorte que personne n'ait envie d'un sixième ? Sixième film qui, en plus de ça, n'existera jamais ?
Bon ok, tu sais quoi ? Va te faire foutre, Michael.