Il arrive qu’une affiche commette une imprudence. Celle d’Undertone en commet une considérable : « Vous n’avez jamais entendu un film aussi terrifiant. » Une telle promesse ne sert plus seulement à attirer le spectateur : elle établit avec lui un contrat. Et lorsque la promotion inscrit le film dans le sillage d’œuvres comme Obsession ou Backrooms, on entre dans la salle en attendant, sinon un chef-d’œuvre, du moins une expérience horrifique.
Le problème d’Undertone tient précisément dans l’abîme qui sépare cette promesse du film.
Sur le papier, Ian Tuason dispose pourtant d’une excellente matière : une podcasteuse rationnelle confrontée à des enregistrements dont l’étrangeté devient progressivement difficile à écarter, un interlocuteur davantage disposé à envisager le surnaturel, des sons inquiétants et une présence dont la réalité paraît peu à peu moins contestable. Le dispositif rappelle fortement Monolith de Matt Vesely, qui reposait déjà sur une femme isolée, un podcast et l’irruption progressive de l’inexplicable.
Tout cela fonctionne conceptuellement. Et techniquement, Undertone est loin d’être un mauvais film. La photographie est excellente, les cadres sont travaillés, la maison offre quantité de perspectives inquiétantes et le dispositif sonore possède une véritable cohérence.
Mais installer n’est pas attendre.
Or Undertone attend énormément. Il faut approcher la moitié du film pour rencontrer ce que l’on pourrait véritablement considérer comme une première frayeur. Pendant ce temps, une porte sombre demeure dans un coin du cadre, un placard se referme, une lumière hésite, l’obscurité semble prête à rendre quelque chose. Et presque chaque fois que le cinéma d’horreur pourrait commencer, le film choisit de s’arrêter juste avant.
À force, une impression étrange s’installe : celle d’un réalisateur qui aurait réuni tous les instruments nécessaires à son propre effroi avant de décider de ne pas en jouer.
Il serait cependant injuste de réduire cela à de l’amateurisme. Tuason semble manifestement vouloir faire entendre davantage que montrer. L’intention est défendable : laisser l’imagination compléter l’image, faire de l’enregistrement sonore une matière horrifique et placer le spectateur dans la position de celui qui écoute quelque chose qu’il ne devrait peut-être pas entendre.
Mais une intention cohérente n’est pas nécessairement une intention efficace.
À force de contourner les mécanismes traditionnels de l’horreur, Undertone finit par contourner la peur elle-même. Un film n’est évidemment pas obligé d’accumuler les jumpscares. Mais s’il refuse la monstration, l’accélération et les formes habituelles de décharge horrifique, encore faut-il leur substituer quelque chose d’aussi puissant.
Le paradoxe devient alors presque comique : dans un film vendu avec la formule « Vous n’avez jamais entendu un film aussi terrifiant », l’un des sons qui m’aura finalement le plus fait sursauter restera… une sonnerie de téléphone.
Le matériau sonore possédait pourtant un potentiel considérable. Dès le premier Evil Dead de Sam Raimi, en 1981, un simple enregistrement pouvait devenir terrifiant lorsque l’écoute elle-même constituait une transgression. Undertone reprend une matière comparable — enregistrements mystérieux, sons difficiles à interpréter, possibilité d’une présence derrière ce que l’oreille perçoit — mais préfère presque systématiquement la suggestion prolongée à son exploitation dramatique.
Le fait qu’il s’agisse d’un premier long-métrage explique peut-être certaines choses, mais ne les excuse plus vraiment. Obsession a récemment montré qu’un nouveau réalisateur pouvait assimiler la grammaire horrifique contemporaine avant de la détourner et d’y imposer son propre concept.
Et c’est ce qui rend Undertone particulièrement frustrant : il n’est ni laid, ni paresseux, ni dépourvu d’idées. Il est rempli de possibilités. Mais le cinéma ne se juge pas seulement à la noblesse de ses intentions ; encore faut-il que le dispositif produise l’effet recherché.
Il existe néanmoins un public pour ce film. Ceux qui avaient apprécié Monolith, qui aiment les récits très lents, l’horreur minimaliste et les dispositifs presque radiophoniques pourront y trouver leur compte.
Undertone est donc un film d’horreur formellement maîtrisé, porté par une idée sonore intéressante, mais dont la lenteur et le refus presque systématique des mécanismes de tension finissent par neutraliser l’efficacité. Une proposition qui pourra séduire les amateurs d’horreur minimaliste, mais qui risque de profondément décevoir les spectateurs auxquels sa campagne promettait une expérience autrement plus terrifiante.
Le problème n’est peut-être pas qu’Undertone ne soit pas le film qu’il aurait dû être.
Le problème est qu’on nous a vendu un autre film.