Leonardo DiCaprio joue un ex-révolutionnaire d'extrême-gauche, que la peur d'être retrouvé l'a rendu paranoïaque et addict des paradis artificiels. En l'absence de sa femme, qui continue le combat, il s'occupe seul de sa fille de 16 ans, qui va être enlevée par l'ancien capitaine à qui lui et son épouse avaient cherché des poux du temps de leur activisme pour lutter contre les camps de migrants en Californie. Il va donc partir à la poursuite de sa fille, et remonter les traces du passé.
Je tiens Paul Thomas Anderson comme un véritable génie, où chacun de ses films est attendu pour ma part comme le messie, et deux d'entre eux, There will be blood et Phantom Thread sont les grandes œuvres américaines des décennies 2000 et 2010. Après un Licorice Pizza un peu décevant à mes yeux, il revient en grande forme avec ce qui est au fond un film de poursuite, où chacun cherche l'autre, la poursuite même du passé, le tout avec une maestria que je trouve évidente. Non seulement dans la mise en scène, avec ces paysages américains à couper le souffle, notamment la poursuite finale sur avec ces pentes et descentes abruptes en plein désert, mais aussi dans le jeu des acteurs, qui sont tous géniaux. En particulier Leonardo DiCaprio, que je trouve prodigieux dans la représentation de sa paranoïa, que les volutes de fumées ont obscurci ses pensées, et qui lui donnent ce look dégueulasse, mais qui va se révéler en quelque sorte, aussi bien dans le drame que la comédie. A ce titre, la scène du mot de passe est peut-être ce que j'ai vu de plus drôle [dans un film de 2025], car au fond, son côté défoncé renvoie au personnage que jouait Joaquin Phoenix dans Inherent Vice, lui aussi tiré d'un roman de Thomas Pynchon. Je pense aussi au revenant Sean Penn, qui joue ce fou-furieux de soldat raciste, mais avec un peu plus de subtilité qu'on pourrait le croire, ainsi qu'à Benicio Del Toro en pote de DiCaprio qui va l'aider dans sa fuite en avant. Mais les deux révélations sont la femme et la fille de Leonardo, respectivement jouées par Teyana Taylor et Chase Infiniti, où la seconde est montrée comme la partie la plus rationnelle de cette histoire. Qui est au fond assez simple, une poursuite sur fond de vengeance, mais parlant aussi en fond de son époque comme peu de films le font aujourd'hui, sans jamais citer qui que ce soit.
En tout cas, les 2h42 passent comme dans un rêve, aidé en cela par la musique hypnotique de Jonny Greenwood ; malgré son échec en salles, c'est clairement un film qui marquera son époque, et avec des comédiens exceptionnels.