Bon cette fois c'est décidé je demande la nationalité belge.
A l'heure où chez nous l'humour peut à tout moment valoir d'être brulé en place publique, où chacun se sent visé, heurté par une blague Carambar, eux te balancent ce truc sorti de nulle part, qui aborde la maladie, et entendons-nous bien pas la grippe hein, mais peut-être celle qui nous le fait le plus peur car elle peut toucher à tout moment un être cher et en faire un étranger au monde, en y riant.
Ann Sirot et Raphaël Balboni ont tout compris : que l'humour a une fonction cathartique, qu'on peut rire de tout lorsqu'on rit avec, qu'entre un rire et une larme il n'y a pas l'épaisseur d'un papier à cigarette, que tout peut passer quand c'est entouré d'intelligence, de poésie.
"Une vie démente" est donc un film dont on ressort heureux alors qu'il raconte le pire des malheurs, parce qu'il transpire la générosité, parce qu'on y trouve une idée par plan, parce qu'on comprend chaque protagoniste dans sa souffrance, dans sa posture, parce qu'on a tout simplement envie de les prendre dans nos bras, de les serrer fort, puis de boire un coup avec eux.
Un mercredi où deux monstres sacrés, Nanni Moretti et Clint Eastwood, semblent un peu à bout de souffle, un nouveau déboule donc du plat pays et te redonne foi en ce cinéma que tu aimes tant, celui que tu n'attends pas et qui te cueille, qui dans un même mouvement te serre la gorge autant qu'il te fout la patate.
J'ai vu ce film il y a bientôt une semaine et depuis Suzanne, Noémie, Alex et Kevin ne me quittent plus vraiment, et si j'en crois les vibrations de quelques personnes autour de moi je ne suis pas le seul. Peut-être qu'elles aussi se remémorent parfois cette scène foudroyante : une mère, une voiture, une photo...