Surprise : Rebecca Zlotowski a le goût de ne pas trop se prendre au sérieux, le film a la légèreté des bons romans policiers, ceux où il ne faut pas surinvestir l’histoire mais goûter la comédie de caractères, comme le firent Truffaut (Vivement dimanche) ou Chabrol (Poulet au vinaigre). Malgré le budget énorme, un plaisir tout simple émane de cette enquête à la Tintin au pays des psys de la bourgeoisie parisienne. Pourquoi ça marche, pourquoi est-ce que c’est intéressant ? Parce qu’il y a Jodie Foster, évidemment : l’intrus glamour dans la marmite française, le corps américain porteur d’une croyance totale à la fiction, transformant le léger en grave, le farfelu en nécessaire.
Face à elle, que deviennent nos acteurs français usés jusqu’à l’os par la nullité des films qu’ils habitent depuis des décennies ? On a l’impression que Zlotowski en dresse ici une synthèse, s’appuyant sur « l’agent révélateur » qu’est Foster, comme dans une expérience de chimie :
- Virginie Efira : deuxième au générique, elle n’a en réalité que quelques plans. Elle est littéralement effacée, remplaçable (la vraie blonde du film c’est la sublime Sophie Guillemin)
- Daniel Auteuil : le film décide de pactiser avec la figure canonique du mâle alpha (très) mûr. Auteuil n’est pas pire que Lindon, Cluzet et consorts, mais ça faisait tout de même 20 ans que je n’avais pas vu de film avec lui (Peindre ou faire l’amour est son dernier bon film). Zlotwoski tire parti de son côté réac gentil, pour une réconciliation possible - de l’héroïne avec son ancien mari, du spectateur avec ce vieux totem.
- Mathieu Amalric : celui qui s’en tire le mieux. C’est à un acteur issu du cinéma d’auteur que la cinéaste confie le rôle le plus intéressant – je n’avais jamais vu Amalric faire aussi peur, yeux globuleux, densité physique, violence prête à surgir.
- Vincent Lacoste : celui qui prend le plus cher, en jeune papa bougon mal réveillé, droit sorti des ados qu’ils jouait avec génie (Beaux Gosses ou Goudurix) et qu’il n’aurait jamais dû quitter (Lacoste en gay ou en Valmont, faut se frotter les yeux, sans parler de cette quête de sujets sérieux dans laquelle tombent tous les acteurs comiques). A lui, Zlotwski confie le pire du film, les 3 scènes qui scellent l’arc narratif psychologique de l’héroïne : première scène elle ne veut pas tenir de bébé dans les bras (ok elle a un trauma), deuxième scène grosse engueulade en mode Desplechin (on se balance des horreurs pour révéler le côté « border »), troisième scène à la fin, elle prend le bébé dans ses bras (genre ça y est elle est guérie). Ces 3 scènes sont les seules mauvaises du film, c’est du pur fléchage de scénario et si Lacoste y est particulièrement mauvais ce n’est pas que de sa faute.
Pour le reste on ne peut qu’applaudir. Zlotowski réussit ici ce qu’elle avait raté avec Planétarium. Au lieu d’aller sur le terrain de la star (Nathalie Portman) où elle se fera dévorer, elle invite cette fois la star à venir sur son propre terrain (époque, milieu socio-culturel), pour en devenir l’enquêtrice, qui ausculte et révèle le cinéma français à lui-même.