Vie Privée prend la psychiatre au piège de sa propre profession, reflet impassible du malheur des autres qu’elle tient à distance par l’intermédiaire des cassettes enregistrées, preuves qu’elle entend ses patients sans les écouter, sans leur prêter une oreille attentive : ses crises de larmes, qui rappellent celle de la reporter France de Meurs dans le film de Bruno Dumont (France, 2021), la raccordent brutalement à la réalité entendue comme celle des individus qui franchissent le seuil de sa porte et comme sa réalité à elle, qu’elle gardait jusqu’alors enfouie. L’intelligence de Rebecca Zlotowski consiste alors à recourir à la fiction et aux artifices qu’elle permet (récit à tiroirs, retournements de situation) pour descendre au plus profond de l’âme tourmentée de Lilian Steiner : sa déambulation sous hypnose déplace, sur le terrain de l’abstraction, ses incessants déplacements dans Paris et au-dehors, projette le spectre d’un désir interdit (du fait de la couleur rouge) qui s’accomplit par les retrouvailles avec Gabriel et par la relation trouble avec Paula, d’autant plus ambiguë qu’elle est répétée, déclinée dans une vie antérieure.
Le film en tire une profondeur mais court-circuite heureusement le didactisme de son entreprise psychanalytique par une tonalité comique surprenante ; il trouve en Jodie Foster l’interprète idéale, figure sèche et autoritaire qui reconquiert humanité et sensibilité au contact des autres. Son itinéraire, du déni à l’acceptation, représente l’existence telle une exploration des apparences, guidée par la curiosité : l’appartement débordant de livres théoriques et érudits étouffe la vie d’une praticienne qui leur substituera, à terme, le feu de cheminée aux doux sons crépitants. Une œuvre stimulante et superbement mise en scène.