Même si le titre original fait référence au « Printemps » ou « Concerto en mi majeur, opus 8, RV. 269 » qui a été composé par Vivaldi à l’Ospedale della Pietà où se déroule le récit en 1716, le film, adapté de « Stabat Mater » (2009) du Vénitien Tiziano Scarpa (qui obtint ainsi, à 46 ans, le prix Strega), se focalise sur Cecilia, jeune fille abandonnée par sa mère (prostituée ?) et choisie par Vivaldi comme premier violon et qui préfère se consacrer à la musique que d’épouser un riche noble. Dans le même esprit que « Gloria ! » (2024) de Margharita Vicario où, en 1800, à Venise, dans l’institut Sant’Ignacio, la jeune orpheline Perlina se découvrait une passion pour le piano-forte, le cinéaste réalise un film, académique (n’oublions pas qu’il met en scène des opéras), en reconstituant bien la situation des orphelines (vêtues d’une robe grise et d’une coiffe blanche, masquées lorsqu’elles jouent hors de l’Ospedale et cachées derrière une grille quand elles jouent dans le chœur de l’église), dans le contexte de la guerre vénéto-austro-ottomane (les Ottomans furent vaincus en 1716 par les Vénitiens, lors du siège de Corfou, victoire en l’honneur de laquelle Vivaldi composa l’oratorio « Judith triomphante, RV 644 », pour une exécution en présence du 111e Doge, Giovanni II Cornaro). D’autre part, c’est un film féministe (sur une jeune femme libre), et politique, montrant une Venise où dominent les hommes et où l’argent peut tout (le directeur de l’Ospedale est sans cesse à la recherche de mécènes à qui rien n’est refusé, surtout s’il s’agit du roi du Danemark et de Norvège (1699-1730), Frédéric IV, lors de son 2e voyage en Italie.