Quand on débarque dans l'univers d'AC3 on est fortement dépaysé. Le moteur graphique diffère totalement des précédents opus et il est vrai qu'on passe d'un Desmond Miles avec une certaine carrure à un Desmond Miles fortement aminci et inexpressif au niveau du visage. C'est un point assez négatif mais il semblerait que ce problème ne se pose que lors des phases dans le présent. Phase importante malgré tout mais qui reste néanmoins secondaire donc on peut laisser passer.
On commence avec un gros coup de maître de la part du jeu qui apporte de la nuance au récit pour la première fois dans l'histoire de la saga. Dans les jeux précédents, les templiers étaient "les méchants" et les assassins "les gentils". Ici, choix très intelligent de la part de l'équipe du jeu, on joue un templier. Fin, on ne le sait pas. Tout est là pour nous perdre et impossible de se rendre compte d'une quelconque différence (bien que nous n'ayons pas la fameuse capuche). Rien n'est dit clairement, tout est sous entendu, même dans les dialogues optionnels tout est là pour que le joueur puisse au dernier moment réaliser ce que le jeu vient de proposer. C'est déconcertant et c'est bougrement efficace !
On s'attache beaucoup à celui que l'on devra combattre et assassiner plus tard.
AC3 est un jeu majeur dans l'histoire de la série car il s'affranchi du côté manichéen de la franchise. Le contexte est d'autant plus favorable à ce genre de procédé car la Révolution Américaine est une période très complexe et rien n'est ni tout blanc ni tout noir. Vive le gris !
Petit bémol cela dit. Dommage que Charles Lee ait fait son heel turn car quand on le rencontre on sent qu'il participe efficacement à montrer un bon côté des templiers et quand il va attaquer le village de Connor, il n'hésite pas à violenter un enfant et brûler un village.. ce qui contraste avec Haytham et d'autres templiers qui eux sont assez humains.
Et quoi de mieux pour profiter d'un scénario complexe avec un personnage tout aussi complexe ! Connor Kenway est le personnage idéal pour incarner tout ce que le jeu veut nous proposer. Rien que dans son écriture il est génial. C'est un assassin mohawk fils d'un templier britannique. Il a des convictions mais ses convictions sont ébranlées par tout ce contexte. Beaucoup de joueurs le disent naïf et sans charisme, je ne partage pas cet avis. Il n'est pas naïf, ou du moins s'il est, il en a conscience mais il ne peut commencer à douter. Quoiqu'il choisira de faire et de croire il souffrira et c'est là que le jeu atteint son paroxysme : aucune croyance n'est foncièrement la bonne, aucun camp n'est foncièrement le meilleur. L'Amérique s'est construite sur de la souffrance, de la compétitivité entre les pays du vieux continent. Il n'y a rien de glorieux. Et ça, Connor va l'apprendre à ses dépends. Mais il ne va jamais rien lâcher. Même si son père lui montre un autre idéal, que ses soit disant amis le trahissent, il pourrait tout arrêter ou changer ses plans mais il ne le fait pas. Il persiste à croire en son idéal même s'il sait que c'est voué à l'échec. Et un bon personnage de jeu vidéo complexe qui évolue dans un environnement tout aussi complexe, c'est divin à jouer.
Pour le gameplay, on est sur quelque chose de nettement plus simpliste, tant dans les combats que dans le parcours. La difficulté se fait ressentir seulement à cause des bugs qui peuvent par moment gâcher l'expérience de jeu. Les conditions optionnels pour obtenir le 100% sont un bon défi pour ceux qui souhaitent rendre la tâche plus intense. Le rajout des batailles navales est plaisant mais peut s'avérer encore complexe, on sent que ce n'est pas encore le coeur du jeu comme son successeur Black Flag.
Les environnements sont riches et somptueux, il est agréable pour le joueur d'errer dans la Frontière et chasser du gibier pour se crafter, d'escalader des montagnes pour arriver au sommet et contempler la nature sauvage américaine. Les missions annexes sont plutôt sympa : on rénove et on embelli le domaine d'Achilles et on s'attache petit à petit à tout ce petit monde bien sympathique qui font notre nouveau peuple. Recruter des assassins aussi est un passe temps fort agréable. Surtout qu'ils ne sont pas des archétypes ou des pnj sans consistances.
Les collectibles ne sont pas trop envahissants comme dans d'autres. La panoplie d'arme est pour moi l'une des plus complète dans un jeu assassin's creed avant que l'on passe dans la phase action RPG avec Origins. C'est facile à utiliser, il y a du silencieux, du bourrin, du technique, de l'esthétique c'est génial. Je ne suis pas un grand fan des armes qui rendent furieux ou qui endorment (Unity, Black Flag). Pour moi l'arc est nettement plus pertinent à utiliser que la sarbacane ou la lame fantôme. L'esthétique est plus présente et on ressent vraiment l'impact de nos fléches ce qui dans Unity et Black Flag est assez plan plan. Puis même pour la chasse c'est plus impressionnant. Pas pour rien qu'ils ont remis un arc à partir d'Origins. Pour le pistolet... bon... c'est plus satisfaisant dans Black Flag mais bon on peut pardonner car il faut aussi que le jeu soit en accord avec la période et le personnage.
Les phases du présent sont marquantes également, on a de l'infiltration, du combat plus intense que dans les précédents AC. C'est le jeu avec la meilleure phase du présent.
Tout ça pour dire qu'on a là l'un des meilleurs Assassin's creed. La seule chose qu'il a à envier à ses petits frères, c'est le mode infiltration mais sinon pour son temps il est génial. C'est un jeu magnifique qui pour moi me passionne encore par son environnement et son propos et je suis content d'avoir pu y rejouer sur PS5 (même si la version remastered est moins bien).