Il va m'être difficile d'être totalement objectif sur Death Stranding 2 : On the Beach. Le premier opus de la franchise m'avait tellement touché que j'ai carrément posé des jours de congé pour profiter de ce portage PC ; c'était probablement le jeu que j'attendais le plus en 2026.
J'entends parfaitement les critiques qui ont pu être formulées à l'encontre du titre :
- Effectivement, la présence des véhicules est plus importante, ce qui m'a moi-même dérouté au départ en tant que fan du premier.
- Effectivement, l'arrivée du vaisseau DHV Magellan a beaucoup fait parler pour la certaine facilité qu'il semble apporter.
- Effectivement, le jeu débloque au fur et à mesure de très nombreux outils qui ne sont clairement pas indispensables, voire parfois complètement useless.
- Effectivement, la narration est généreuse au début et surtout à la fin, mais s'éteint pendant le cœur du jeu.
Pourtant, sur ces quatre critiques majeures, seule celle concernant le scénario ne s'est pas estompée au fil de mon aventure. Laissez-moi m'expliquer.
À propos des véhicules, il faut se rappeler qu'il s'agit d'outils ; libre à chacun de les utiliser ou non. Je me suis personnellement imposé de réaliser l'ensemble des livraisons de première connexion avec le Q-Pidon uniquement à pied. Cela renforce largement l’immersion et cette incroyable impression de marcher sur Mars ou en Islande, au beau milieu d'une Amérique, d'un Mexique ou d'une Australie dont il ne reste que le nom et quelques habitants confinés.
Concernant le DHV Magellan, je serai bref : c'est un formidable atout pour se déplacer d'un bout à l'autre de la carte, téléporter des véhicules et transporter des matériaux cruciaux pour la construction des routes et du monorail. Mais soyons clairs : ce n'est absolument pas un outil de livraison ! Le score obtenu auprès des Preppers (les survivants) est drastiquement pénalisé si vous l'utilisez, ce qui empêche d'augmenter suffisamment votre niveau de connexion avec eux. C'est donc parfaitement équilibré.
Au sujet de l'arsenal et des gadgets, là encore, c'est au joueur de faire ses choix. J'en ai boudé quelques-uns (comme le canon à poix, le piège électrique ou le bouclier), mais c'est en les expérimentant qu'on saisit leur véritable utilité. Par exemple, je ne voyais aucun intérêt à la planche-cercueil, jusqu'à ce que je traverse une zone inondée où elle s'est avérée salvatrice. Pareil pour la mitrailleuse lourde : je la voyais comme un simple fusil d'assaut pataud, mais elle s'est révélée redoutable contre les méchas et pour nettoyer des camps ennemis rapidement. Chaque objet a sa fonction, et c'est là qu'on comprend l'importance de bien planifier ses trajets à l'avance. Le jeu insiste d'ailleurs beaucoup là-dessus. On peut finir l'aventure sans eux, mais on apprend vite à les rendre indispensables selon le contexte.
Enfin, à propos du rythme narratif, on retrouve le syndrome du premier épisode. On a un début très intrigant, un final (concentré sur les 4 dernières heures) absolument magique, gigantesque, que dis-je, phénoménal ! Mais un immense ventre mou très avare en informations au milieu. Cela ne fait pas baisser ma note, car je considère que dans Death Stranding, l'important c'est le voyage, pas la destination. Mais je comprends tout à fait que ce point puisse refroidir.
Je ressors de ces 150 heures pleinement satisfait. C'est toujours aussi gratifiant de finaliser une parcelle de route, de placer une tyrolienne au sommet d'une montagne difficilement gravie, de profiter du générateur in-extremis laissé par un autre joueur ou d'accomplir une livraison de plusieurs centaines de kilos. Les combats sont certes perfectibles, mais ils fonctionnent mieux qu'avant et offrent plus de possibilités. Les affrontements contre les gros Échoués ne sont jamais très difficiles, mais je ne crois pas que ce soit le but recherché : ils sont avant tout contemplatifs, à l'image du jeu.
Techniquement, l'optimisation est irréprochable. À l'image de ce que fait Nixxes Software sur les autres exclusivités PlayStation, Kojima Productions a abattu un travail monstrueux pour ce portage PC. Pas un seul bug, pas le moindre problème de fluidité. C'est aussi le cas pour la qualité des graphismes : je crois n'avoir jamais pris autant de captures d'écran dans un jeu vidéo. Les environnements sont époustouflants et tout est atteignable à pied, qu'il s'agisse de déserts, de montagnes enneigées, de sols rocheux ou de plaines verdoyantes. On en voit de toutes les couleurs.
Si je devais faire un petit reproche, je dirais que les conversations holographiques avec les Preppers manquent de chair. Pour un AAA, il y a finalement assez peu de dialogues rapportés à la durée de vie totale, alors il aurait été judicieux de mieux les exploiter. Les PNJ se contentent souvent de vous remercier pour le travail accompli ou de vous faire un tutoriel sur un nouvel objet. J'aurais adoré qu'ils développent le lore ! Qu'est-ce que ça fait de vivre en souterrain ? J'ai vu que certaines villes comptaient des milliers d'habitants, comment s'organise la vie là-bas ? Sortent-ils de temps en temps ? Comment gèrent-ils les décès avant la néantisation ? Je me suis parfois un peu ennuyé en les écoutant.
Death Stranding 2 est une aventure qui comporte des défauts, mais qui a tout le mérite de proposer autre chose. Un monde purement imaginaire, un cœur de gameplay conçu autour d'une mécanique qui n'est jamais le centre des autres jeux, une histoire parfois complétement déjantée (et c'est bon de détendre l'atmosphère parfois), une ambiance de calme, de sérénité, de solitude et de contemplation incomparable... Que c'est bon de sortir des sentiers battus pour vivre quelque chose d'autre !!!
Pour finir, j'évoquerai simplement un fait personnel. Plus jeune, j'étais un chasseur de trophées en herbe, loin d'être bon, mais capable de refaire un jeu plusieurs fois pour obtenir le sacro-saint platine. Aujourd'hui, par manque de temps et parce que ma vision du jeu vidéo a évolué, je n'y prête même plus attention... sauf pour les jeux qui me marquent VRAIMENT. Ces trois dernières années, seuls Outer Wilds et God of War Ragnarök ont eu ce privilège. Death Stranding 2 vient aujourd'hui de les rejoindre. J'ai très hâte de voir ce que notre cher Hideo Kojima et ses équipes nous réservent pour la suite !