Je vais être clair : Dispatch n’est pas « une bonne série mais un mauvais jeu vidéo ».
Non. Vu comme c’est écrit, ce serait une mauvaise série aussi.
L’écriture est moyenne à mauvaise, et pas seulement à cause des dialogues remplis de “fuck, fuck, fuck, shit, sex”. Ça, c’est juste le symptôme le plus visible. Le vrai problème, c’est que tout est bateau, prévisible, sans aspérité. Chaque scène arrive exactement quand on l’attend, chaque retournement est téléphoné trois kilomètres à l’avance, chaque moment “émotion” est forcé.
Mais au-delà de ça, il y a un énorme souci de monde. L’univers n’est pas seulement peu expliqué, il est creux et incohérent.
Pourquoi les super-héros ont des pouvoirs ?
Pourquoi il y a des extraterrestres ?
Pourquoi maintenant, pourquoi comme ça ?
Je ne demande pas un lore encyclopédique, juste un minimum de logique interne, même sommaire. Là, rien. On balance des éléments parce que “c’est cool”, point. Résultat : je n’y crois jamais.
Et surtout, cet univers est ultra américano-centré, au point d’en devenir étouffant.
Tout respire la culture pop US digérée en circuit fermé :
les références
l’humour
la vision du monde
la manière de traiter le pouvoir, le héros, la rédemption
C’est un monde qui ne se pose jamais de questions sur lui-même. Il suppose que tout le monde partage les mêmes codes, les mêmes réflexes, la même mythologie du héros américain déchu qui “revient dans la course”. Si tu n’adhères pas instinctivement à ça, tu restes extérieur au récit.
Le jeu se présente comme un jeu à choix, mais c’est faux.
L’histoire est entièrement sur des rails. Peu importe ce que tu choisis, tu finiras toujours dans la scène prévue. Les choix n’ont quasiment aucun impact réel. Ce n’est pas de l’interactivité, c’est du théâtre avec des boutons.
Les personnages ? Oui, ils sont rigolos au début. Attachants même.
Mais ce sont des archétypes déjà vus mille fois, et ils ne bougent jamais d’un millimètre. Aucun vrai développement. Ils restent exactement ce qu’ils sont du début à la fin. Le sarcasme devient vite lourd, les blagues tournent en boucle, et comme tout le monde parle pareil, personne n’existe vraiment.
Spectre, parlons-en.
C’était quoi son plan, exactement ? À part “vouloir le pouvoir pour être très méchant” ? Sérieusement, ils n’avaient rien de mieux à proposer ? Même son nom est ridicule.
Et Invisiblemeuf… c’est un cas d’école de confusion scénaristique. Elle trahit, puis en fait non, puis retrahit, puis finalement on ne sait plus trop pourquoi elle fait quoi. Ce n’est pas de la complexité morale, c’est juste mal écrit. Ses motivations ne sont jamais claires, jamais stables.
Le jeu prétend être plein de second degré, mais c’est du flan.
En réalité, il se prend très au sérieux dès qu’il s’agit :
des combats
des scènes dramatiques
des moments émotionnels
On me demande de ressentir quelque chose pour des personnages que je connais à peine, dont je me fiche, et qui parfois ne font même pas partie de mon équipe. Ça ne marche pas.
Franchement, à quoi ça sert de faire un pseudo Suicide Squad avec l’humour (pathétique) de The Boys.
La fin est d’un prévisible affligeant. Un condensé de tous les clichés possibles du récit de super-héros. Oui, il y a plusieurs fins, notamment avec Invisiblemeuf si tu continues à lui faire confiance après qu’elle t’ait trahi trois fois… mais même ça manque de crédibilité.
Donc le jeu ne brille :
ni par son histoire
ni par ses dialogues
ni par ses personnages
Ce qui reste à sauver ?
L’animation, très propre, agréable à regarder.
Et surtout, les phases de gestion d’équipe, qui sont réellement fun.
Ironiquement, ce qui aurait dû être le cœur du gameplay est relégué au second plan. Le jeu préfère raconter son histoire vue et revue plutôt que de me laisser jouer.
La structure est toujours la même :
cinématique → faux choix → 20 minutes de gestion → grosse cinématique cliffhanger → épisode suivant.
Tout le jeu est construit comme ça. Du début à la fin.
Et les romances… parlons-en.
On promet des relations, du désir, presque de la transgression.
Au final ? Du vent.
Quelques plans racoleurs sur des seins, beaucoup trop de plans sur des bites, et des relations qui tournent autour du pot sans jamais s’incarner. Ça enlève toute crédibilité émotionnelle.
En résumé :
Dispatch est un jeu qui veut être malin, subversif et adulte,
mais qui reste bloqué dans une écriture adolescente, américano-centrée, pauvre et autosatisfaite.
Ce n’est pas un bon jeu raté.
Ce n’est pas une bonne série empêchée.
C’est juste un produit qui n’a pas grand-chose à dire, et qui n’a clairement pas les épaules pour le masquer.