On peut dire que 2025 n’aura pas été la meilleure année pour se mettre sous la dent des jeux PlayStation Studios. Entre le four de Lost Soul Aside et le polarisant Death Stranding 2, il ne reste que Ghost of Yōtei. J’avais bien aimé le premier épisode malgré l’énorme répétitivité des tâches avec 49 terriers de renards… disons que, en tant que complétionniste ce n’était pas l’élément le plus agréable. Disons-le déjà clairement, si vous n’avez pas aimé Ghost of Tsushima, vous n’aimerez pas Ghost of Yōtei, et inversement… même si l’on passe cette fois à seulement 11 terriers YES ! Pour les plus curieux, la suite, c’est par ici ! Pour finir ce préambule, je précise que j’ai le jeu sur une PS5 Slim en mode qualité limitée à 30 FPS.
Un changement de ton appréciable
Nous incarnons Atsu, une ancienne combattante du sud du Japon revenant sur sa terre natale, une zone plus retirée et sauvage avec comme point culminant le Mont Yōtei. Elle revient pour venger l'assassinat de sa famille et éliminer les Six de Yōtei responsables de cette fin tragique. Moins épique mais plus intimiste que le premier volet, des efforts ont été fournis pour nous immerger dans le récit et son personnage. Des flashbacks sont utilisés à bon escient pour servir la narration et le gameplay sans pour autant en abuser inutilement. Atsu révèle plus de profondeur qu’il n’y paraît et parvient à offrir, de mon point de vue, une meilleure prestation que Jin Sakai, héros du premier opus. Le pitch de la vengeance sous la forme d’une liste à la Kill Bill ne vend pas du rêve mais cela permet à l’histoire d’être moins linéaire et permet de choisir les cibles à abattre dans l’ordre de son choix tout en ne sacrifiant pas sa cohérence et ça c’est appréciable !
Une sensibilité tournée vers la contemplation
Même si certains pourraient parler d’une version 1.5, on ressent un léger step-up visuel, avec la possibilité de privilégier les 60 FPS au prix de quelques sacrifices techniques en termes de textures et de résolution. J’imagine que ça doit rendre mieux sur une PS5 Pro mais personnellement, le mode 30 FPS en 4K est parfaitement jouable pour un jeu du genre, et l’optimisation est au rendez-vous (PlayStation Studios oblige). Tout comme son prédécesseur, la direction artistique est toujours magnifique, avec cette fois-ci un gros accent mis sur la férocité de la nature. Oiseaux, ours, chevaux, renards, cerfs, biches, chiens… en plus des ennemis humains, le bestiaire ne manque pas de variété. Cette bestialité se ressent également à travers la météo impitoyable du nord du Japon, offrant une danse de particules conférant un habillage diablement esthétique, bien que je trouve les changements d’intempéries un peu brutaux.
Le studio Sucker Punch propose toujours une atmosphère cinématographique de qualité avec l’absence d’interface permanente et un passage en 16/9 lors des cinématiques. Il y a une certaine sensibilité du cadrage offrant un équilibre des masses visuelles entre tous les éléments à l’écran. La caméra recule naturellement pour mettre en avant la beauté et la bestialité des paysages. C’est un des rares jeux où je prends du plaisir dans le mode photo.
Oui, le jeu est beau ! Les errances à cheval me rappellent celles de Shadow of the Colossus, avec l’émotion en moins… et les particules en plus. À vous de choisir votre école !
Un jeu adepte du recyclage
Pour ceux qui, comme moi, ont fait le premier opus, vous serez dans des chaussons en pilou avec cinq tailles trop grandes, c’est agréable, confortable, et c’est un plaisir d’y revenir. Pour ceux qui découvrent, Ghost of Yōtei propose de grandes zones ouvertes moins vastes mais plus denses avec des activités variées. Certaines misent sur l’exploration et la contemplation, d’autres sur l’infiltration et le combat. Je salue les efforts fournis pour se débarrasser d’une interface nuisant à la contemplation de cet énorme tableau en mouvement. Néanmoins, la surprise du premier opus n’opère plus et laisse place à quelque chose de plus visible, plus artificiel. Bien sûr, je préfère un jeu qui ne surcharge pas mon écran d’indications, mais les habitués ayant déjà poncé le premier se souviendront des mêmes animations, mêmes indications et patterns, même mise en scène pour les dialogues secondaires, le vent indiquant la direction, etc. On peut dire que le studio est un fervent adepte du recyclage reprenant les qualités et les défauts inhérents au premier opus. Même si de légères améliorations et changements sont présents, je m’attendais à plus de surprises.
Concernant les combats, il y a du neuf. Place désormais aux différentes armes ! Le principe reste le même grâce à un système de forces et faiblesses, mais il s’avère bien plus intuitif que l’ancien système de positions avec un seul katana. Nous avons également notre nouvelle amie la louve, qui ne manquera pas de vous sauver les fesses à de nombreuses reprises. Il est aussi possible de ramasser et de lancer les armes de vos victimes, ce qui dynamise les affrontements et laisse plus de place à l’improvisation. En résumé, Ghost of Yōtei ne réinvente pas la machine, mais choisit d’approfondir son gameplay en le rendant plus intuitif et plus varié.
L’accessibilité avant tout !
Nous avons bien affaire à un AAA de 2025 avec son lot de clichés : reprise de camps ennemis, système de troc de ressources, nombreux voyages rapides, peinture blanche pour les zones d’escalade, autant d’éléments renforçant une structure artificielle. Il y a aussi un système d’esquive et de parade lisible par code couleur, jaune pour le désarmement, bleu pour la parade, rouge lorsqu’il faut esquiver car la parade n’est pas efficace.
On sent malheureusement ce besoin d’accessibilité pour un public plus large de par l’intelligence artificielle des ennemis. Si vous maximisez les compétences d’assassinat en jouant de nuit, le jeu n’est pas difficile du tout. Il est simple d’enchaîner 3 ennemis en mode furtivité, d’envoyer une flèche lourde dans la tête du 4ème et s’il y a un 5ème ou 6ème dans la file d’attente les kunai (arme de jet) sont très puissants. Il y a une énorme assistance pour les phases de plateformes, les sauts et il ne faut pas trop réfléchir pour les énigmes environnementales. Le gros pic de difficulté se retrouve dans certains duels qui mettent à l’épreuve vos réflexes. En fait le véritable ennemi du jeu c’est la gestion de la caméra durant des affrontements à cibles multiples et dans les endroits exigus.
J’ai beaucoup aimé la manière dont l’intrigue se dévoile, à travers interrogatoires, indices et cartes. En revanche, le système de recherche de lieux via des morceaux de cartes, immersif au début, finit par devenir franchement énervant. Tous ces éléments ont pour but de nous donner l’illusion d’avancer dans notre propre histoire, et cela fonctionne plus ou moins bien.
La musique participe bien à l’atmosphère sans commettre de fausses notes, mais à l’exception du thème d’Atsu, elle ne m’a pas particulièrement marqué. Elle fait le travail, et c’est déjà bien.
Pour résumer, ce jeu représente l’archétype de l’action light-RPG en monde semi-ouvert. L’histoire et son déroulement en font un récit plus personnel, aussi bien dans sa trame que dans son exécution. Pensé pour le grand public, il évite au maximum les frictions, rendant parfois le gameplay trop lisse, avec les redondances typiques de ce genre de production. Il conserve cependant une plastique toujours aussi efficace et sauvage, dégageant un semblant d’âme le différenciant d’avantage face à ses concurrents, et c’est peut-être cela qui fera pencher la balance.
Ghost Of Yōtei est disponible sur PS5 depuis le 2 Octobre 2025 au prix de 79,99€ hors promotion.