Vous, un robot qui ne demande rien à personne, fonctionnez tranquillement avec votre bot Crispin, un pod sarcastique, jusqu'à ce qu'un robot armé vienne voler votre coeur d'énergie. Vous suivez ses traces jusqu'à Metropol, une ville où Metromind, l'I.A. qui gérait le métro, semble avoir pris l'ascendant sur les autres machines.
Et oui, si vous ne l'avez pas compris, Primordia se passe dans un monde où les humains ont disparu, et où seules les machines subsistent. Même si certaines sont "humanistes" (elles révèrent l'Homme, le créateur disparu), d'autres ne s'intéressent qu'à la survie, dans un monde qui meurt, où l'énergie devient rare.
Les deux couleurs dominantes de ce soft sont le marron et le bleu (pour les sources d'énergie). Les décors sont fort beaux, ce jeu a des screenshots qui ne peuvent que faire envie. On retrouve la patte des jeux Wadjeteye, à savoir la coopération entre deux personnages, même si ici vous contrôlerez les deux dans le même décor, très rarement séparés. On retrouve aussi le goût pour l'humour un peu sarcastique et/ou décalé.
Mais plusieurs aspects m'empêchent de prendre Primordia pleinement au sérieux.
- ça peut paraître un détail, mais beaucoup de doubleurs vienent étaient déjà dans la série des Blackwell, et retrouver la voix de Joey le fantôme hard-boiled dans celle d'un petit robot flottant m'a beaucoup freiné dans l'immersion.
- Bien qu'il y ait un système pour voyager vite entre les éléments d'un même environnement, il n'y a pas de passage automatique à un autre écran quand on double-clique sur la sortie, un élément à mon sens indispensable à la bonne ergonomie d'un point'n click.
- Il y a un vrai problème avec la résolution des énigmes. On n'a plus de carnet qui résume l'enquête comme dans les Blackwell, mais une sorte de journal électronique à peu près aussi ergonomique que le G.E.C.K de Fallout (auquel il est discrètement fait allusion) : il faut cliquer sur des flèches pas pratiques pour faire défiler le texte vers le bas, et les indices sont résumés de manière sibyllines. Nulle part de journal qui récapitulerait ce qui a été dit auparavant, ce qui veut dire que si vous n'avez pas été attentif à une ligne de dialogue, vous pouvez vous brosser, vous ne la reverrez plus jamais. Cette lacune est compensée par un système d'aide qui est de parler à Crispin quand vous ne savez pas quoi faire, mais là, c'est déséquilibré dans le sens inverse : le robot vous dit quasiment quoi faire, c'est transparent au possible.
Et là où ça ne va pas, c'est que les énigmes sont bien plus difficiles que dans les opus différents de Wadjeteye. Pour une raison bien simple, même si j'ai mis du temps à la déceler : les fausses pistes. Il y en a des tas, qui sont faites pour vous faire enrager à cliquer sur une tour dont il faudrait inspecter la porte, ou sur une lanterne qu'il faudrait montrer à Crispin, alors que la solution est bien plus retorse. Et certains objets sont vraiment bien trop sibyllins pour que l'on puisse trouver sans avoir essayé tous ses objets sur tous les éléments (ce qui, vu la richesse des décors, est un calvaire).
- Enfin, c'est quasiment la première fois que je dis ça pour un point'n click, mais certaines énigmes sont trop retorses, même celles qui ne requièrent pas d'exploration. Un exemple, celle du code d'entrée de la tour du conseil. Tout est fait pour que vous passiez bien du temps à essayer des combinaisons sur un code à 16 chiffres (oui, comme le numéro de licence de votre copie de Windows, vous vous souvenez comme c'est fun à taper ?).
Et puis le jeu est plein de promesses qu'il ne tient pas. Il est question d'une yellow line, d'une red line de métro, d'endroits que l'on aurait bien aimé visiter : la cathédrale de Steeple, la base de lancement de fusées. Mais tout cela est ravalé au rang de simple background. Triste.
C'est dommage que ce soit si rébarbatif, car sur le papier, c'est un jeu qui a beaucoup de charme. C'est moins décevant que Gémini Rue. Mais je pense (à confirmer) que Technobabylon est plus abouti.
P. S. : le jeu m'a beaucoup fait penser à un film SF de série B, Hardware, que je recommande aux amateurs du genre.