Trente ans de franchise au compteur, c'est à noté parce que qu'est ce qu'ils nous auront fait rêver, chier, et chier en rêvant Capcom avec cette licence.
Pour commencer, je vais parler du scénario, il est dit que Resident Evil est une licence inadaptable parce que ses fondements prennent parfois leur source dans le cheesy japonais décomplexé, ou les grosseurs scénaristiques assumés, mais il y'a du bon et du vrai dans cette histoire que les joueurs savent reconnaître quand ce bon pointe le bout de son nez.
Pour parler histoire, le pitch de départ de Requiem est solide : Grace Ashcroft, analyste FBI, est envoyée enquêter sur une série de morts liées aux survivants de Raccoon City. Fille de la journaliste Alyssa Ashcroft (protagoniste de Resident Evil Outbreak) elle doit faire face à son propre passé, car c'est dans cet hôtel abandonné que sa mère a trouvé la mort. Leon, lui, débarque dans l'histoire avec une infection au cou planquée sous son manteau, un "Raccoon City Syndrome" qui progresse par stades, et une obsession pour l'œuvre de Spencer qu'il veut détruire. Deux personnages que tout oppose en apparence, réunis par le même passé toxique. La structure scénaristique du jeu suit donc cette logique jusqu'au bout, Grace dans un huis clos hospitalier lent, à ressources comptées (qui lorgne directement sur RE7), Leon dans du troisième personne qui assume sa filiation avec le remake de RE4 et même parfois, à mon grand déspesoir, RE 5 ou 6. Ce qui est bien foutu dans Grace, c'est que son arc tient vraiment la route de A à Z. Sans spoil, les révélations d'identité sont bien construites, amenée par couches successives, qui donne du poids à chaque scène. Spencer lui-même se retrouve réhabilité partiellement dans cet arc, c'est thématiquement cohérent tout du long et c'est vraiment là que le titre prend sa résonance.
Là où ça se grippe, c'est précisément sur Leon. Tout le jeu le construit comme un homme en fin de course, le syndrome à stade trois, qui crache du sang, qui s'effondre dans la zone de déchets en attendant que Grace veille sur lui pendant des heures. Il affirme qu'il est là pour se racheter, pour réparer ses erreurs passées, et il demande à Grace de promettre de finir le boulot si lui ne peut pas. Tout le langage narratif autour de lui est celui d'une conclusion. Et puis la vraie fin arrive. Et c'est là que ça fait vraiment mal parce que la mort de Leon existe dans le jeu, mais elle est tellement bâclée, si abrupte, si dépourvue de cérémonie qu'il est clair que Capcom ne l'a jamais envisagée sérieusement. Un canon qui aurait fait mourir Leon dans une scène digne de ce nom, passant le flambeau à Grace de manière définitive, aurait été un geste courageux de la part de Capcom qui donnait à Requiem une résonance réelle avec son titre. Surtout que, quelle meilleure fin pour Léon que de mourir à Raccoon, dans le commissariat qui l'a réellement vu naître, dans un dernier geste héroïque, interrompre le lancement d'une autre attaque ou que sais-je. Mais non. L'autre grief c'est les phases Leon dans les ruines de Raccoon City, le Super Tyrant, les combats en extérieur, la séquence dans l'orphelinat, les Plant 43 qui tirent vers le navetron RE5/RE6 un peu trop souvent, et une fin qui bascule vers un boss final calqué mécaniquement sur Nemesis, deux phases, points lumineux à cibler, c'est du fan service solide mais c'est aussi un aveu de manque d'imagination dans la conception du climax. Le côté SF de l'arc Elpis qui règle tous les problèmes du lore en un flacon sent un peu l'expédient scénaristique, même si c'est rattaché élégamment à Spencer.
Ce qui reste est quand même sérieux. Le RE Engine poussé dans ses retranchements, des environnements denses et tactiles, un système de gore dynamique qui ajoute une couche de réalisme cradingue. Certains éléments sont des détails mais apportent à certains beats émotionnels du jeu. La plotline de Grace est vraiment bien menée, le fan service est généreux sans être envahissant, et les séquences d'horreur pure rappellent ce que la série sait faire de mieux quand elle se souvient qu'elle est née pour foutre la trouille. Donc bref, un bon RE, pas un grand RE. Capcom avait les cartes pour faire quelque chose de courageux et a préféré la sortie de secours, mais je lui met tout de même une note honorable parce que bon, qui fait mieux récemment?