Cinéphilie obsessionnelle — 2019

Avatar Morrinson Liste de

545 films

par Morrinson

Longs métrages uniquement. Revus : 21. Cinéma : 8.
↑↑ "L'Expédition du Kon-Tiki", de Thor Heyerdahl (1950) ↑↑

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Mois après mois, pour le meilleur et pour le pire des découvertes :

Janvier (1→67)
+1) L'Expédition du Kon-Tiki +2) Mandingo +3) La Reine des Cartes +4) Honneur et gloire
-1) Ivan the Idiot -2) Kin : le commencement -3) Un Peuple et son roi -4) Le Souffle du démon -5) Conan

Février (68→102)
+1) Leto +2) L'emploi +3) Les Chasseurs de scalps
-1) Brice 3 -2) Paris est à nous -3) Hardware -4) Juste avant la nuit -5) Saint Amour

Mars (103→155)
+1) Madame de... +2) Une Page folle +3) La Femme sur la Lune +4) La Justice des hommes +5) Salvador Allende
-1) Aquaman -2) La Vie domestique -3) Bienvenue à Marwen -4) Death Wish

Avril (156→207)
+1) Les Éternels +2) La Belle +3) Cruising, La Chasse +4) Le Désert rouge +5) An Elephant Sitting Still
-1) The Return -2) Le Prix du danger -3) Jumeaux -4) Running Man

Mai (208→260)
+1) Playtime +2) Les Fiancés +3) Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon +4) Burning out +5) Archimède le clochard
-1) Bohemian Rhapsody -2) 007½: Rien n'est impossible -3) Stan et Ollie -4) A Star Is Born

Juin (261→312)
+1) Le Gouffre aux chimères +2) Kagemusha +3) Le Cabinet du docteur Caligari +4) L'Homme invisible +5) Long Weekend +6) Jack le Magnifique +7) Do The Right Thing +8) Pontypool
-1) Domino -2) Captain Marvel -3) Les Épices de la passion

Juillet (313→359)
+1) La Cité des douleurs +2) Hobo +3) Les 11 Fioretti de François d'Assise +4) La Paloma +5) La Fougère dorée
-1) Cocktail -2) Budapest -3) Un Couteau dans le cœur -4) Hellboy -5) Le Mystère Henri Pick

Août (360→380)
+1) Noblesse oblige +2) La Bête lumineuse +3) Témoin à charge
-1) X-Men: Dark Phoenix -2) Mr. Long -3) The Dead Don't Die -4) John Wick Parabellum

Septembre (381→427)
+1) Samuraï +2) Le Ciel et la boue +3) Berlin, symphonie d'une grande ville
-1) Nous finirons ensemble -2) Assassination Nation -3) Coming Home -4) Spider-Man: Far From Home -5) Voisins du troisième type -6) Kinski Paganini

Octobre (428→475)
+1) La Chute de la maison Usher +2) La Fugue +3) Ciel sans étoile +4) The White Dawn +5) La Liberté +6) J'accuse
-1) L'Intervention -2) La Nonne -3) The Warriors Gate -4) Simetierre -5) Vox Lux

Novembre (476→537)
+1) Welcome to Sodom +2) Les Petites Fugues +3) Folies de femmes +4) La Belle Nivernaise +5) Les Duellistes +6) Les Poings dans les poches +7) Joker +8) Désir meurtrier
-1) Nicky Larson et le Parfum de Cupidon -2) Blue Steel -3) 2019 après la chute de New York -4) Le Poids de l'eau -5) Gemini Man

Décembre (538→)
+1) +2) +3) +4) +5)
-1) Rambo: Last Blood -2) -3) -4) -5)

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Des listes pas inutiles :
Jurassic : www.senscritique.com/liste/Journal_de_Bord_2019_Films/2308029
Alifib : www.senscritique.com/liste/Journal_de_Bord_Cinema_2019/2301858
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2018 : www.senscritique.com/liste/Cinephilie_obsessionnelle_2018/1957168
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Le fil de mes obsessions en 2019 :
Films : www.senscritique.com/liste/Cinephilie_obsessionnelle_2019/2299251
Albums : www.senscritique.com/liste/Melomanie_obsessionnelle_2019/2299255
Livres : www.senscritique.com/liste/Bibliophilie_pas_vraiment_obsessionnelle_2019/2299258

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  • 301
    Bande-annonce

    Frankenstein (1931)

    1 h 10 min. Sortie : . Drame, Épouvante-horreur et science-fiction.

    Film de James Whale avec Colin Clive, Mae Clarke, John Boles

    Un peu décevant, pour entretenir un bel euphémisme : alors que James Whale donnait naissance à un film à l'origine d'une pan entier du cinéma fantastique (en même temps que Frankenstein accouchait de sa créature), j'avais imaginé quelque chose d'une toute autre envergure. Non pas que "Frankenstein" soit totalement dépourvu de charmes, dans les graphismes comme dans l'histoire, mais c'est quand même passablement maladroit à de nombreux endroits. Visiblement, il y a la place pour d'autres interprétations de l'œuvre originale — la suite sera d'ailleurs meilleure, de l'avis de la majorité.

    Déjà, je trouve assez étonnant de chercher à nouer de l'empathie avec cette créature alors que l'origine de son tempérament est explicitement reliée dans le film au fait que son cerveau, "anormal", provient d'un criminel. Il est également question de rayons farfelus (et non de simple électricité issue de la foudre), découverte qui semble fondamentale dans l'expérience du docteur. En termes d'horreur, en tous cas, ce n'est vraiment pas une montagne ("Nosferatu" date de 1922 par exemple et lui est infiniment supérieur). Matrice des films de monstres, mais pas un chef-d'œuvre, et pas du niveau jouissif de films comme "L'Homme invisible" parfaitement intelligibles encore aujourd'hui.

    Sinon, la foule de clichés propres au genre est plutôt savoureuse, avec l'ambiance gothique du cimetière en guise d'introduction, la tour lugubre avec sa brume inquiétante, le laboratoire farfelu de scientifique barjot, l'assistant bossu et demi-mutique, etc. Il y a pas mal de madeleines là-dedans. La cruauté fondamentale de l'histoire n'est pourtant pas très présente ici, ce n'est bizarremment pas assez noir et violent je suppose. Il y a même quelques touches de comique très surprenantes, à l'instar de cette fille que le monstre balance à l'eau quand il n'y a plus de fleurs à jeter, de manière très naturelle et presque logique. Le docteur qui crie "Now l know what it feels like to be God!", aussi, est un joli moment. En tous cas, la monstruosité chez les gens normaux plutôt que dans le bouc-émissaire objet de leur vindicte aura de bien plus belles expressions.
  • 302
    Bande-annonce

    Do the Right Thing (1989)

    2 h. Sortie : . Drame.

    Film de Spike Lee avec Danny Aiello, Ossie Davis, Ruby Dee

    Film plein de défauts, boursoufflé d'effets de style et saturé de caricatures ambulantes, mais qui pourtant offre une fenêtre directe sur l'état d'esprit d'une époque (voire d'une lieu géographique, le quartier en question, Bedford, dans Brooklyn) du point de vue d'une communauté. Ou du moins de la vision de Spike Lee sur sa communauté, alors qu'il n'avait que 32 ans. Un film qui a donc presque valeur de témoignage à mes yeux, l'occasion aussi de constater que les problèmes des violences à l'égard de certaines communautés (aux États-Unis en l'occurrence) faisant régulièrement l'actualité n'ont pas évolué d'un iota en 30 ans.

    Les dernières citations qui apparaissent à l'écran avant le générique de fin enfoncent pour la énième fois le clou des revendications de Spike Lee, au cas où certains spectateurs se seraient assoupis pendant la totalité du film. Il y a donc d'un côté Martin Luther King, condamnant l'usage de la violence de manière catégorique ("Violence ends by defeating itself. It creates bitterness in the survivors and brutality in the destroyers."), et de l'autre Malcolm X, légitimant la violence en réponse à l'oppression ("I don’t even call it violence when it’s self-defense, I call it intelligence."). Spike Lee nous les assène sur un ton quelque peu professoral, comme si son film constituait les prémices d'une dissertation de philosophie sur la moralité des mouvements de révolte, et sur les conséquences de l'adhésion à l'une ou l'autre des pensées. C'est une contante que l'on ne peut pas trop remettre en question : si la nature des cris de colère de Spike Lee m'est toujours apparue comme parfaitement justifiée, sa pensée communautariste n'a jamais brillé par la subtilité de son exposition.

    Un peu comme dans "Summer of Sam" qui sortira 10 ans plus tard, un argument météorologique intervient dans la peinture sociale, comme une toile de fond précipitant les événements : l'action se situe à New-York, au cœur de l'été, et les températures élevées semblent constituer une partie intégrante d'un dérapage meurtrier. La chaleur n'attise pas que le potentiel sexuel des corps dénudés et les envies de glace, c'est aussi un climat propice à l'escalade de tensions diverses, à partir de conflits qui auraient pu rester anecdotiques dans d'autres situations. ...

    Suite https://www.senscritique.com/liste/Top_films_1989/373398
  • 303
    Bande-annonce

    Oh my God ! (2011)

    Hysteria

    1 h 39 min. Sortie : . Comédie romantique.

    Film de Tanya Wexler avec Hugh Dancy, Maggie Gyllenhaal, Jonathan Pryce

    Oui, c'est drôle, du moins l'espace d'une scène ou deux. Mortimer Granville, inventeur presque malgré lui du vibromasseur, en pleine guerre de chapelles entre les tenants de la théorie toute freudienne de l'hystérie féminine et ceux affiliés à la médecine scientifique. C'est certes un téléfilm de luxe, mais ça reste un téléfilm, qui plus est un biopic : cela suffit à convoquer un cortège de tics de mise en scène parfaitement académiques, malheureusement. Le tableau qui est fait de l'Angleterre victorienne ne peut même pas être intéressant tant tout semble lissé et bien propret : je doute que la condition de la femme était traitée de manière aussi légère. Ne serait-ce que toute la trame barbante liée à la romance entre les deux personnages, avec Maggie Gyllenhaal dans le rôle archétypal de la femme anti-conventionnelle qui a la vérité (vue d'aujourd'hui) pour elle, ce n'est pas très digeste. Et puis on apprend que Mortimer Granville n'a jamais inventé le vibromasseur, pire, qu'il s'est détaché de son invention (uniquement pour les douleurs musculaires) lorsque son utilisation a été détournée à ces fins-là. Le film aurait pu être joyeusement paillard et malpoli, il reste corseté dans sa dignité et dans ses bonnes manières. Pire : il fait de l'invention du gode une sucess-story capitaliste au service de l'émancipation des femmes.
  • 304

    Théorème (1968)

    Teorema

    1 h 34 min. Sortie : . Drame.

    Film de Pier Paolo Pasolini avec Anne Wiazemsky, Laura Betti, Silvana Mangano

    Séances de cinéma (1 salle)
    Rejet presque total. Thématique, esthétique, mise en scène... C'est une forme d'expression artistique qui me laisse totalement interdit, comme un con. La proposition de cinéma et le début de démonstration me paraissent aussi faibles que moches, et ont qui plus est perdu leur éventuel potentiel choquant depuis, ce qui n'est pas le cas de "Salò ou les 120 journées de Sodome", sans doute autant théorique et artificiel dans sa mise en scène, mais qui provoque encore aujourd'hui un réflexe de dégoût salvateur. Le discours sur le fascisme devient intelligible alors qu'ici, j'en suis resté au stade de l'incompréhension notoire.

    Il faudra donc parcourir la filmographie de Pasolini pour se convaincre que cette façon de découper l'action de manière aussi brouillonne est parfaitement intentionnelle (j'en suis persuadé), avec pour effet immédiat la fragmentation de la cellule familiale, chaque membre étant isolé dans ses saynètes bien lui.

    La symbolique est par contre insupportable, et c'est j'imagine une question de sensibilité et d'adhésion à un tel niveau d'abstraction puisque des films comme "Zabriskie Point", tout aussi lourd dans ses symboles, restaient parfaitement agréables. Je me suis senti oppressé par toute une série de choix artistiques (je mets de côté le décorum biblique), et non pas par le fond de la pensée de Pasolini qui n'arrive à mon cerveau qu'après avoir été dissoute par tous mes sens. Il y a certainement un message très polémique sur la société contemporaine, mais je n'ai ressenti ni perspicacité, ni poésie, ni transcendance. Pourtant il y a des idées, c'est une certitude : elle sont simplement inintelligibles.

    Dès l'apparition du messager christique, les choses dérapent (à tous les niveaux). Les symptômes sont variés, la vacuité de leur existence leur est révélée brutalement. Tous finiront lamentablement, à l'exception de la bonne (seule représentante du peuple j'imagine), touchée par la grâce en lévitation sur un toit, seule belle image du film. Celle du père déambulant nu sur les pentes d'un volcan est ratée. Le désespoir ne m'a jamais atteint, à cause de la sur-signification omniprésente et d'un côté laborieux dérangeant. Pour Pasolini, le christianisme était une force de résistance contre le capitalisme en Italie. Soit.
  • 305

    Au-delà de la gloire (1980)

    The Big Red One

    1 h 53 min. Sortie : . Action, drame et guerre.

    Film de Samuel Fuller avec Lee Marvin, Mark Hamill, Robert Carradine

    "The Big Red One" est un film de guerre assez difficile à appréhender, partagé entre ses grandes maladresses et ses moments de lucidité. J'évacue tout de suite ce qui m'a hanté pendant tout le film : j'ai vu Guy Marchand en capitaine français qui capitule, Stéphane Audran en résistante belge mi-folle mi-assassin, Mark Hamill ailleurs que dans Star Wars, et last but not least Marthe Villalonga (déjà vieille il y a 40 ans) en train de draguer Lee Marvin au piano. Ouf. C'était trop sur ma conscience.

    Beaucoup de bonnes choses, beaucoup de mauvaises. Samuel Fuller, que je n'ai jamais particulièrement apprécié pour la subtilité de ses films, fait assez clairement le film de sa vie, dans le sens où il est lui-même vétéran de la Seconde Guerre mondiale. Je ne sais pas si sa compagnie était aussi cool que celle-ci ni s'il a vraiment arpenté les champs de mines en Afrique du Nord, en Sicile, à Ohama Beach en Normandie et en Tchécoslovaquie, mais c'est ce qu'on aurait tendance à penser tant le film (vu en version de moins de 2 heures) carbure à l'abstraction du conflit mondial dans son ensemble pour se focaliser sur les combats et l'environnement direct de cette Big Red One. On a même droit à un accouchement dans un panzer.

    On comprend très vite qu'il ne souhaite pas faire l'éloge de l'héroïsme guerrier, avec notamment le cas Mark Hamill, et les soldats allemands ne sont pas systématiquement dénigrés, mais ce sont tout de même les GIs qui ont l'ascendant moral, sans l'ombre d'un doute. Ça ne l'empêche pas de produire des très belles séquences, comme celle dans un asile (où un résident, au final, ne se sent pas différent des fous furieux qui se tirent dessus) ou l'introduction en noir et blanc avec ce cheval qui brise le silence de la fin de la WW1. Mais aussi des passages vraiment lourds et didactique comme la découverte du camp de concentration (alors que Fuller en a filmé en docu), l'accompagnement du gamin dans ses derniers moments, et le presque assassinant final.

    Il y a un petit côté répétitif dans la mise en scène des combats successifs, résultats du parti pris de l'immersion, et pas mal d'incohérences ou bizarreries dommageables. La voix off n'est pas non plus la trouvaille du siècle. Il y avait de nombreux points à développer, la notion d'assassinat en temps de guerre, le "surviving is the only glory in war", le côté absurde et chaotique des combats, etc.
  • 306
    Bande-annonce

    Kagemusha, l'ombre du guerrier (1980)

    Kagemusha

    3 h. Sortie : . Drame, historique et guerre.

    Film de Akira Kurosawa avec Tatsuya Nakadai, Tsutomu Yamazaki, Ken'ichi Hagiwara

    "Kagemusha", de la même façon que "Ran" 5 ans plus tard, adopte pour toile de fond le Japon du XVIe siècle : un pays ravagé par les guerres entre clans rivaux, tous souhaitant contrôler la totalité du territoire, quel qu'en soit le prix. Si les deux récits épousent des trajectoires bien différentes, avec des thématiques qui leur sont propres, un constat esthétique commun s'impose très rapidement : le travail de Kurosawa sur la couleur est renversant, laissant une empreinte indélébile sur la rétine.

    Le kagemusha du titre pourrait se traduire par "double politique", et c'est Tatsuya Nakadai qui endosse le rôle de ce chapardeur sans nom, évitant de justesse une condamnation à mort grâce à ses traits physiques, qui remplacera aussi souvent (et longtemps) que nécessaire le chef du clan Takeda, Shingen. De cette situation découlera une quantité considérable de contraintes sur le pauvre Kagemusha, suite à la blessure mortelle du chef, et les troubles moraux et psychologiques dont il souffrira sera l'occasion pour Kurosawa de les illustrer par une série de feux d'artifice esthétiques bouleversants. Le travail à ce niveau sur "Kagemusha" reste sensiblement différent de celui sur "Ran", notamment dans sa dimension surréaliste qui revient à de nombreuses reprises. Le cauchemar terrible de Kagemusha en est sans doute le meilleur exemple, où l'on voit le pauvre sosie prisonnier d'un univers coloré totalement délirant et poursuivi par l'ombre de Shingen en armure, matérialisant à merveille l'angoisse, la confusion et la détresse immenses qui le saisissent. Plus il cherche à s'en éloigner, plus l'image de Shingen revient le hanter. Mais les séquences alliant un symbolisme fort et un impact graphique intense sont très nombreuses : sans rechercher l'exhaustivité, on retiendra par exemple celle où des soldats défilent avec leurs oriflammes en haut d'une colline, en contre-jour, laissant s'échapper une lumière mordorée presque apocalyptique, ou encore celle en fin de film où les cavaliers des différentes unités se jettent contre les fusiliers ennemis par vagues colorées successives avant de se retrouver dans leur massacre, dans l'homogénéité rouge du sang versé. Le recours au hors-champ dans cette dernière, toute en suggestion, produit des effets impressionnants, encapsulant la cruauté et le pathétique dans le même élan pessimiste.

    Suite https://www.senscritique.com/liste/Top_films_1980/373488
  • 307
    Bande-annonce

    Le Cabinet du docteur Caligari (1920)

    Das Cabinet des Dr. Caligari

    1 h 16 min. Sortie : . Muet, drame, thriller et Épouvante-horreur.

    Film de Robert Wiene avec Friedrich Feher, Hans Heinrich von Twardowski, Rudolf Lettinger

    Le bon côté d'entretenir des lacunes dans le temps, c'est qu'on se réserve la possibilité de prendre de jolies claques en dépit de l'épaisseur de la carapace que l'on se construit inexorablement. De telles épiphanies après tant d'années de boulimie cinéphile, c'est aussi inattendu que rassurant.

    Un siècle plus tard, le jeu des récits encastrés fonctionne encore. Je ne sais pas s'il s'agit du premier film raconté à la première personne, au sens où l'univers qui nous est décrit est profondément déformé par la subjectivité du narrateur (un fou, qui plus est), ni s'il s'agit du premier twist de l'histoire du cinéma, mais le résultat est le même : on est totalement aspiré dans cette spirale expressionniste qui emporte tout sur son passage. On en revient d'ailleurs à la définition même de l'expressionisme, la retranscription d'une réalité altérée par l'expression d'une subjectivité, et à la matrice du genre horrifique, avec des thématiques, des expressions, et des graphismes qui hanteront les cent années de cinéma à venir. Ce n'est pas tous les jours qu'on tombe sur de telles pépites, c'est un peu comme assister à la naissance d'une révolution.

    Une fois passées les cinq premières minutes du prologue lançant l'essentiel du film à travers un flashback, on pénètre dans un univers complètement cinglé, composé en grande partie de décors particulièrement oppressants signés Hermann Warm. Du sol au plafond, les surfaces sont barbouillées d'inscriptions étranges, les murs obliques offrent des perspectives abstraites et saillantes (les angles sont incroyablement aigus) évoquant une forme de cubisme dégénéré, les proportions semblent parfaitement irrationnelles... Cette ville en carton-pâte pourrait être d'un mauvais goût absolu, et pourtant l'ambiance angoissante tourne à plein régime. Une certaine vision de l'horreur, donc, un délire généré par un cerveau malade, ou du moins présenté comme tel : Francis, on l'apprendra plus tard, est résident d'un asile psychiatrique. …

    Suite https://www.senscritique.com/liste/Top_films_1920/377980
  • 308
    Bande-annonce

    La Communauté (2017)

    Kollektivet

    1 h 51 min. Sortie : . Drame.

    Film de Thomas Vinterberg avec Trine Dyrholm, Ulrich Thomsen, Helene Reingaard Neumann

    Ça fait drôle, quand même, de voir la rugosité d'un réalisateur comme Vinterberg s'étioler avec le temps, pour finir sur ce genre de film insipide caractéristique d'une forme de formatage international. Je ne suis pas un grand amateur de ses classiques "Festen" et "La Chasse", il y a déjà eu des gros accrocs comme "Submarino", mais on touche ici à un problème de fond. Et de forme, bien sûr : la réalisation est d'une platitude consternante, à trop vouloir recréer l'ambiance ouatée d'une coloc progressiste des années 70. Les problématiques arrivent avec leurs sabots énormes, avec la vie en collectivité très belle sur le papier, mais qui s'accompagne d'une série de contraintes et de complications déjà vues mille fois. Les difficultés de l'épanouissement personnel au sein d'un groupe, aussi ouvert soit-il. Il faut un minimum de subtilité et de tact pour rendre ce sujet intéressant, et Vinterberg ne fait preuve d'aucun des deux ici, c'est une catastrophe ambulante, c'est lourd, voire déconcertant. L'arrivée de la maîtresse foutra un gros bordel, quelle surprise. Maîtresse qui ressemble d'ailleurs à un clone de sa femme, en plus jeune et plus jolie, et qui le drague en 2 minutes top chrono avec bisou à la clé dans son bureau. On croit rêver (sans parler de cette image pas forcément très classieuse de la gente féminine qui ne semble exister que de manière relative à l'homme). C'est aussi le temps des révélations et des règlements de compte, mais l'effet est plus proche du soufflé raté. Il n'y a plus une once de radicalité dans ce cinéma, et si tout n'est pas stupide, c'est affreusement calibré pour passer dans toutes les strates du cinéma grand public. La dépression de la femme, par exemple, aurait pu dans de bonnes conditions faire l'objet d'un film à elle seule. Ici, c'est traité avec les pieds, comme le reste, et comme la mort de cet enfant qui arrive comme une fleur, produit manifeste de cerveaux de scénaristes pathologiques.
  • 309
    Bande-annonce

    Alita : Battle Angel (2019)

    2 h 02 min. Sortie : . Action et science-fiction.

    Film de Robert Rodriguez avec Rosa Salazar, Christoph Waltz, Jennifer Connelly

    Étonnant. Très étonnant même, cette association de scénario classique de teen movie dans un univers cyberpunk aussi baroque et glauque. On a droit à tous les ingrédients des mauvais blockbusters, c'est long, niais, attendu, et donc globalement assez raté. Un peu comme le contenu de l'intrigue, le film parvient à trouver une forme d'originalité hybride en assemblant des pièces issues de nombreuses références de science-fiction antérieures. Je n'en reviens toujours pas à quel point Rodriguez associe des moments très violents (impliquant souvent des machines, certes) et des envolées sentimentales avec de gros autocollants "séquence émotion" collés dessus. Je gardais aussi de très vagues souvenirs de Gunnm, mais ce n'est pas ce film qui ravivera quoi que ce soit. Ce genre de générosité naïve, très premier degré, ne m'a jamais touché et n'influencera probablement jamais mon appréciation, quand bien même je reconnaîtrais sa présence. Mais y'a clairement un truc dans l'ambiance robotique générale, ça démembre (et re-membre) sans cesse à la limite du macabre, en totale opposition avec la candeur de l'héroïne. J'ai trouvé ça presque fascinant en dépit de toutes ces fautes de goût et ces stupidités parsemées ici ou là.
  • 310
    Bande-annonce

    Dumb and Dumber De (2014)

    Dumb and Dumber To

    1 h 48 min. Sortie : . Comédie.

    Film de Peter Farrelly et Bobby Farrelly avec Jim Carrey, Jeff Daniels, Kathleen Turner

    La connerie n'a pas d'âge, c'est à peu près sûr, mais par contre les visages (un peu) marqués par l'âge avancé de Jim Carrey et Jeff Daniels renvoient quelque chose de triste, comme une couche superficielle de gêne par-dessus la tonne de gras débile. 20 ans plus tard donc, et toujours aussi idiots. On se contrefoutrait presque du scénario (rachitique, alors qu'il aurait pu aider à adhérer beaucoup plus) tant le film n'existe que par leur bêtise et leur humour dénué de sens. Dans cette logique (de non-logique), c'est quand même assez cohérent, au-delà de tous les signes de fatigue que l'on peut facilement constater. Il n'y a évidemment plus la fraîcheur (si j'ose dire) du premier Dumb & Dumber, la tentative d'insérer une troisième personne dans le duo par relation filiale est vraiment ratée : l'âge d'or des Farrelly, s'il a jamais existé, est définitivement enterré. Mais bon, dans le registre du comique bien gras et bien con, avec l'âge accentuant le degré d'horreur de certaines blagues et mimiques, ça reste plutôt honnête dans le paysage de la comédie contemporaine.
  • 311
    Bande-annonce

    Si Beale Street pouvait parler (2019)

    If Beale Street Could Talk

    1 h 59 min. Sortie : . Drame et romance.

    Film de Barry Jenkins avec Kiki Layne, Stephan James, Regina King

    Séances de cinéma (1 salle)
    La beauté des intentions n'a d'égal que la lourdeur pachydermique de la démonstration : en faisant cohabiter deux mouvements aussi forts et aussi fortement opposés, Barry Jenkins accouche d'un film profondément frustrant. D'autant plus frustrant qu'il ne s'agit pas d'un illustre inconnu mais du réalisateur du plutôt réussi "Moonlight", qui faisait une vraie proposition de cinéma, en observant la thématique de la ségrégation (en plus de celle de l'homosexualité) à travers un prisme vraiment original. Rien de tout cela ici : en voulant donner à la communauté noire un film (et des dispositions) qu'elle n'a jamais eu, ce que je veux bien croire, il enferme son propos dans un magnifique coquille vide, qui plus est farcie de manichéisme et de clichés honteux.

    Deux ou trois séquences sauvent le film du naufrage total — et encore, il faut savoir se montrer magnanime. C'est notamment le cas d'une scène-pivot où un ami du protagoniste Fonny vient boire un coup avec lui et Tish : si la mise en scène parait quelque peu boursoufflée et ulra-signifiante, il n'en reste pas moins que ce moment de basculement autour de la prison (l'un en sort quand l'autre s'apprête à y entrer) est capté dans un très bel élan mélodramatique. Mais c'est le problème de Jenkins ici, il veut en faire beaucoup trop dans ce registre et nous sert des tartines de mélodrame poussif jusqu'à l'écœurement, avec des hectolitres de sirop musical qui infiltrent la moindre parcelle de pellicule. C'est du systématisme qui vire à l'acharnement, car on le retrouve aussi dans l'écriture des personnages qui ne s'embarrasse d'aucune finesse. Le ton est d'ailleurs très vite donnée avec la partie féminine de la belle-famille, invitée pour lui annoncer la maternité de Tish : on a droit à un joli défilé de caricatures avec la mère et les deux filles toutes plus intolérantes et connes les unes que les autres. Viendra ensuite le personnage du flic blanc grand connard raciste bien entendu. Merci pour le wagon de lourdeur dans la gueule.

    Suite https://www.senscritique.com/liste/Top_films_2018/2018800
  • 312

    Le Gouffre aux chimères (1951)

    Ace in the Hole

    1 h 51 min. Sortie : . Drame et film noir.

    Film de Billy Wilder avec Kirk Douglas, Jan Sterling, Robert Arthur

    Séances de cinéma (1 salle)
    Existe-t-il un autre réalisateur, toutes époques confondues, présentant des signes de bipolarité cinématographique aussi prononcés que ceux qui émanent de la filmographie de Billy Wilder ? D'un côté, les comédies sophistiquées : "Some Like It Hot", "The Major and the Minor" (Uniformes et Jupon court), "Kiss Me, Stupid", etc. De l'autre, les films noirs radicaux : "Sunset Boulevard", "Double Indemnity" (Assurance sur la mort), etc. La dichotomie ne s'étend pas de manière exhaustive à l'ensemble de ses films, mais ces deux composantes restent suffisamment proéminentes pour en faire une œuvre très atypique. "Ace in the Hole" (Le Gouffre aux chimères) appartient en tous cas très nettement à la seconde catégorie, et nous embarque dans un voyage au Nouveau-Mexique aux côtés de Charles Tatum, un journaliste plutôt étranger au concept de probité. Kirk Douglas, toujours aussi impressionnant de constance quel que soit le genre et l'époque, est au centre d'un portrait de la société du spectacle (longtemps avant que la dénomination ne soit formalisée) incroyablement visionnaire.

    La description du personnage de Tatum est ébauchée en seulement quelques traits, mais ils sont largement suffisants : on apprend qu'il a été licencié de plusieurs journaux américains renommés en dépit de son grand talent (c'est ainsi qu'il se voit en tous cas), suite à diverses histoires d'alcool, de femme, et d'éthique. Son sourire semi-carnassier parle de lui-même, c'est un homme sûr de lui qui ne prend que très peu de risques — comme son patron, il porte d'ailleurs ceinture ET bretelles. C'est ainsi qu'il débarque dans un trou paumé des États-Unis, non loin de la frontière mexicaine, un coin où la chasse au crotale constitue la principale activité des habitants et la principale matière première du journal local. Heureusement pour lui, Léo, un mineur indien, aura la bonne idée de se retrouver coincé au fond d'une galerie effondrée : une occasion en or, car comme il le répètera, "Bad news sells best". Difficile de le contredire. C'est le carré d'as au fond du trou à l'origine du titre original. De ce fait divers a priori anodin et inoffensif, Tatum bâtira un empire médiatique monumental sur lequel il règnera sans partage. Au "We're all in the same boat!" que lui lancera un ancien confrère, il lui répondra un cinglant "I'm in the boat. You're in the water. Now let's see how you can swim."

    Suite https://www.senscritique.com/liste/Top_films_1951/374197
  • 313

    Coup de foudre (1983)

    1 h 51 min. Sortie : . Comédie dramatique.

    Film de Diane Kurys avec Jean-Pierre Bacri, Robin Renucci, Patrick Bauchau

    Un petit coté téléfilm de luxe, dans la présentation des contextes, dans la reconstitution de la fin de la Seconde Guerre mondiale et les années qui ont suivi, et surtout dans les interactions entre les personnages. Pourtant ce n'est pas le beau monde qui manque : Isabelle Huppert, Miou-Miou, Guy Marchand, Jean-Pierre Bacri, et même dans des petits rôles François Cluzet, Dominique Lavanant et Denis Lavant. Mais bon, la sauce ne prend pas, ni dans l'atmosphère de fin de guerre dans une communauté de Juifs qui cherchent un coin de ciel bleu en évitant la déportation, ni dans la relation qui naît entre les deux femmes — rien du coup de foudre d'ailleurs, c'est un rapport qui se construit dans la durée. Quelque part, tout est écrit à partir du moment où le mariage entre Huppert et Marchand est arrrangé : avec de gros sabots, on nous dit que ça ne peut pas tourner rond éternellement. La façon de mettre en scène la jalousie maladive de l'un et l'indifférence de l'autre ne brille pas franchement e perspicacité, et la dimension "l'histoire de ma propre famille" ne se ressent jamais vraiment. Calme plat. Les souffrances entrecroisées que la réalisatrice cherche à dépeindre peinent à percer à travers le voile anesthésiant de sa réalisation. Rien de dramatiquement faux, mais rien d'intéressant dans les ambiguïtés qu'on essaie de nous mettre sous le nez.
  • 314
    Bande-annonce

    The Oath (2018)

    1 h 33 min. Sortie : . Comédie et thriller.

    Film de Ike Barinholtz avec Ike Barinholtz, Tiffany Haddish, John Cho

    Je ne sais pas ce qu'il y a de plus drôle entre le contenu de cette comédie dystopique, qui prend pour cadre un futur très proche dans lequel le président des État-Unis demanderait à tous les citoyens de signer une sorte de charte faisant office de serment de loyauté envers le gouvernement, ou le fait que la dimension dystopique de cette satire potache ne tient qu'à un fil. Évidemment, la signature de ce document n'est pas obligatoire. Évidemment, ceux qui ne la signeront pas s'exposeront à des risques variés et ne bénéficieront pas de certains avantages (fiscaux, sociaux, etc.). Évidemment, les débats autour auront tôt fait de tourner au cirque triste et au pugilat général proche de la guerre civile. Qui plus est lorsque la date butoir est fixée le jour du Black Friday.

    "The Oath" ne fait pas souvent dans la dentelle, entre ses accès satiriques pour railler tout le spectre des inepties politiques qui gangrènent l'espace, de la Maison Blanche à l'intérieur d'un foyer lambda, et ses saillies comiques qui n'en finissent pas de verser dans l'humour noir et la pratique des stéréotypes. On ne doute à aucun instant de la pensée de l'acteur-réalisateur-scénariste Ike Barinholtz, ses opinions sont relativement claires, mais ça ne l'empêche pas de manifester une forme de subtilité épisodique ou un goût pour certains détails pertinents au milieu du chaos.

    On se doute que la présidence actuelle a beaucoup influencé l'écriture du scénario, et la foire d'empogne dans laquelle on se retrouve à plusieurs reprises ne paraît pas particulièrement improbable. Sa volonté de souligner les divisions profondes qui fracturent la société américaine est on ne peut plus évidente, et si elle n'a pas les faveurs d'une quelconque originalité, on peut tout de même apprécier le soin apporté à la description de la cacophonie omniprésente. Plus on avance et plus les argumentations perdent le peu de sens qu'elles pouvaient contenir à l'origine, enfermant les débats houleux dans de belles coquilles vides. De cette incompréhension totale entre les différentes parties, liée au refus de raisonner autant qu'au refus d'écouter les arguments antagoniques, naissent des tensions et des troubles cognitifs sidérants. Aussi amusant qu'effrayant, comme souvent.
  • 315
    Bande-annonce

    Cul-de-sac (1966)

    1 h 53 min. Sortie : . Comédie, drame et thriller.

    Film de Roman Polanski avec Donald Pleasence, Françoise Dorléac, Lionel Stander

    "Cul-de-sac" se rapproche assez naturellement d'un autre des premiers films de Polanski, "Le Couteau dans l'eau", de par la configuration de sa photographie (ce noir et blanc tellement 60s) et la thématique du couple fébrile qui voit son intimité perturbée par une tierce personne. Pourtant, là où le premier faisait l'effet d'un exercice de style un peu artificiel et vain, comme froid et inintelligible, celui-ci sait rester particulièrement ludique et agréable à suivre jusque dans les recoins de ses bizarreries pas toujours justifiées. Il y a bien sûr Françoise Dorléac, pas franchement dans le même ton que "Les Demoiselles de Rochefort", sautillant et tempêtant sans cesse. Il y a aussi Donald Pleasance, dans le rôle ingrat du mari pas très digne, un peu lâche, se retrouvant dans des situations pas possibles. Mais il y a surtout Lionel Stander, la brute épaisse à la stature immense et à la voix géniale, grasse, rauque, le genre qui impose le silence dans le reste de la pièce. Rien que pour sa présence, le film vaut le détour.

    Le lieu est vraiment étrange, ce château perché en haut d'une colline dont les eaux environnantes sont soumises aux lois de la marée. Forcément, les gangsters viennent s'y coincer, on ne sait trop comment. Polanski s'intéresse surtout aux ambiances plus qu'à l'histoire à proprement parler, qui compte une petite quantité de séquences sans grande cohérence, mais qu'importe. L'humour noir enrobe bien le tout et donne au huis clos des couleurs étrange, avec des tensions sexuelles, des accès de violence, et des élans tragicomiques entre les criminels paumés là et le châtelain qui ne sait pas bien comment réagir. Il flotte sur le film un climat doucement pervers très incertain, avec quelques mascarades vraiment cruelles ponctuées par-ci par-là de grotesque (les poules, surtout). Il y a un aspect théâtral qui rappelle la dernière partie de la filmographie de Polanski, avec des films comme "Carnage" ou "La Vénus à la fourrure" : un lien fort relie tout ça.

    Un sens de l'absurde discret et efficace, à la limite de l'abstraction surréaliste.
  • 316
    Bande-annonce

    Grâce à Dieu (2019)

    2 h 17 min. Sortie : . Drame.

    Film de François Ozon avec Melvil Poupaud, Denis Ménochet, Swann Arlaud

    On se sent un peu obligé de préciser quelques évidences, comme le fait qu'une somme d'informations intéressantes du côté de la réalité ne conserve pas nécessairement son intérêt du côté de la fiction, ou encore que de bons sentiments ne font pas obligatoirement (voire quasiment jamais) de bons films. À titre personnel, je décorrèle totalement la sortie du film avec les aléas de l'actualités, je ne vois aucun problème dans cette concomitance. Et, bien sûr, on n'a pas attendu Ozon pour être au courant et s'indigner des horreurs commises par l'une des nombreuses boutiques religieuses. Ceci étant dit, je pourrais formuler exactement le même reproche qu’à "Spotlight" : la volonté de restituer des faits prend le dessus sur celle de faire un film. Sauf qu’ici, les origines documentaires du projet (choix original d’Ozon) se sentent beaucoup, et il en résulte cette désagréable sensation d’entre-deux cinématographique, ni totalement fictionnelle, ni totalement documentaire. Pour une version précise des faits, je préfère m’en référer à des travaux en dehors d’un contexte cinématographique. Quant à l’empathie pour les victimes, elle a du mal à émaner d’une telle configuration en ce qui me concerne, c’est comme si on me demandait d’apprécier la saveur du papier glacé. Je n’y arrive pas.

    Je suis toujours très mal à l’aise avec ces films qui s’accrochent à la vérité / réalité sous forme d’une multitude de petits faits, en pensant que cela suffit à retranscrire le vrai et le réel. Même si je suppose que l’essentiel de ce qui est exposé ici est avéré, l’impression de réel qui en résulte est proche du néant. Dénoncer la pédophilie et toutes les formes de maltraitances, bien sûr que cela a du sens, mais on est aussi en droit de juger le film à l’aulne de ses qualités purement cinématographiques : en ce sens, Ozon fait preuve d’un académisme et d’un consensuel assez peu engageants. L’incessante lecture des lettres dans la première partie est un choix artistique effroyable, la typologie des trois protagonistes (Poupaud celui qui a réussi / Ménochet celui qui met les pieds dans le plat / Arlaud celui qui en souffre beaucoup) est affreusement compartimentée, et cela rejoint une critique plus générale : dans ce genre de films, chaque bout de scénario ou de personnage sert une cause bien précise et actionne son petit rouage bien comme il faut. Platement. …

    Suite https://www.senscritique.com/liste/Top_films_2019/2352052
  • 317
    Bande-annonce

    Le Rayon vert (1986)

    1 h 38 min. Sortie : . Drame et romance.

    Film de Eric Rohmer avec Marie Rivière, Rosette, Vincent Gauthier

    Éric Rohmer, toujours aussi sidérant d'inintelligibilité. L'effort que beaucoup de ses films me demandent pour parvenir à suivre le fond du discours sans me heurter violemment à une forme qui m'horripile n'est pas particulièrement récompensé. Le pire étant sans doute que sous l'épaisse couche de gras qui suscite un rejet instinctif, je sens bien qu'il y a des thématiques qui pourraient m'intéresser davantage, voire pourquoi pas me passionner. Mais non, pour aborder des thématiques connexes à l'errance amoureuse et à la solitude existentielle, Rohmer a encore une fois recours à sa configuration fétiche, un vague scénario comme pseudo canevas, et des acteurs et actrices lâchés là-dedans au gré de leurs talents en improvisation. C'est rarement concluant. J'avoue ne pas comprendre comment on peut trouver cela naturel, ou donnant une impression de réalité. Dans le réel véritable ou le réel déformé, je n'y vois rien d'appréciable.

    Le cœur du sujet, c'est la vision très romantique (au sens propre) de l'amour de la protagoniste Delphine. Elle n'a d'yeux que pour le vrai grand amour, et pas toutes ces sottises que racontent tous ses proches, qui décidément ne la comprennent à aucun moment (pas même quand elle parle de végétarisme). Son mal d'amour est toujours affreusement surjoué, son indécision artificielle, ses tribulations programmatiques. Sur sa route, un certain nombre de signes, parmi lesquels des cartes (pas fou comme signes annonciateurs) et le fameux rayon éponyme. La lourdeur de la conclusion m'épate encore, pour illustrer la citation préliminaire "Ah ! que le temps vienne / Où les cœurs s'éprennent". Ah, ça y est, je l'ai vu, j'y crois, je peux m'engager, enfin. Son récit initiatique ne me fait ni chaud ni froid, elle se morfond dans sa solitude sans susciter grand-chose.
  • 318
    Bande-annonce

    Hana-bi (1997)

    1 h 43 min. Sortie : . Policier, drame, romance et thriller.

    Film de Takeshi Kitano avec Takeshi Kitano, Kayoko Kishimoto, Ren Ôsugi

    Revoir "Hana-Bi" aujourd'hui n'est pas un exercice facile. C'est confronter l'une de mes plus grandes madeleines, celle qui un jour m'a fait prendre conscience qu'il existait un autre cinéma, à 15 années de dures pratiques cinéphiles. Ce n'est pas rien. Forcément, un lien imperceptible s'est tissé. À ma grande surprise, de nombreuses choses sont restées intactes. Et des nouvelles ont fleuri.

    Le mutisme absolu de Kitano s'était échappé dans un recoin inexploré de ma mémoire : dans sa pratique du comique semi-muet, c'est un peu comme si un Tati bourru s'était perdu au Japon. L'importance de la peinture, aussi, apparaît de manière très claire, à travers l'apparition régulière de toiles réalisées par Horibe dans le film (mais peintes par Kitano himself en réalité, peu après son accident de moto de 1994). Elles donnent un certain rythme au récit, tour à tour illustrent un état d'esprit ou annonce des événements à venir.

    La thématique de l'opposition est une pièce maîtresse de "Hana-Bi", qui pourrait se résumer à une série ininterrompue d'ambivalences. Il n'y a pas d'amour sans désespoir, il n'y a pas de calme sans fureur. La poésie et la contemplation s'accompagne forcément de tristesse et de mélancolie. L'optimisme du mari vis-à-vis des derniers jours de sa femme ne se considère pas sans le pessimisme de la trajectoire de son couple. L'art comme voie salvatrice, l'art comme dernier moment avant la mort. Entre deux moments calmes, un sursaut de violence. Entre deux effusions de sang, un interlude innocent et silencieux. Autour d'un suicide inéluctable, un bord de mer caressé par les vagues, des peintures, des fleurs, et un sourire incongru avant la mort.

    Suite https://www.senscritique.com/liste/Top_films_1997/354593
  • 319
    Bande-annonce

    The Beach Bum (2019)

    1 h 35 min. Sortie : . Comédie.

    Film de Harmony Korine avec Matthew McConaughey, Isla Fisher, Snoop Dogg

    Harmony Korine a un style très tranché, on peut difficilement le contester, ce qui lui assure une forme d'originalité assez claire. Ce n'est pas une fin en soi, mais cela permet déjà de marquer un territoire cinématographique, ce qui n'est pas donné à tout le monde. Déjà dans "Gummo", le style était très particulier pour dépeindre ce microcosme de demi-freaks, et le malaise n'était jamais loin. "The Beach Bum", derrière son affiche de Brice de Nice pop sous exta, est beaucoup plus proche de "Spring Breakers" au sens où le fil déroule son fil narratif sans aucun temps mort, en 1h30 de délires sucrés. Il n'y a pas forcément de sous-texte intéressant d'un point de vue intellectuel, comme cela pouvait être le cas sur le fiml précédent (la forme résonnait étrangement bien avec le fond complètement idiot du Spring Break), et on peut trouver ça un peu gratuit, un peu dans la répétition stérile. Mais il suffit de deux personnages, Matthew McConaughey et Snoop Dogg, pour égayer tout ça. C'est sur de tels personnages que repose le film tout entier, en nous plongeant dans ces pulsions frénétiques et continues pour l'alcool, la drogue, et toutes les autres formes de plaisir. Moondog se revendique hédoniste jusqu'au bout des ongles, un nomade des temps modernes qui peut compter sur la fortune de sa femme (aussi jetée que lui, naturellement). La Floride cadre bien avec ce genre d'atmosphères étranges, très ensoleillées, qui colorent la misère ou le bonheur d'une drôle de couleur (j'ai "The Florida Project" en tête). Une trajectoire complètement destroy qui aboutit sur un feu d'artifice un peu poussif où il met le feu à tout le confort matériel qui aurait pu le détourner de sa "voie".
  • 320
    Bande-annonce

    Big Man Japan (2007)

    Dai-Nihonjin

    1 h 53 min. Sortie : . Science-fiction et comédie.

    Film de Hitoshi Matsumoto avec Daisuke Nagakura, Atsuko Nakamura, Shion Machida

    Dans le registre du grand n'importe quoi, Hitoshi Matsumoto sait y faire. En deux films (vus), celui-là et "Symbol", il affiche un style unique, dont l'unicité est difficilement discutable. Mais à quel prix... "Symbol" était tout entier tourné vers le mindfuck gratuit, et sous certains aspects, jouissif. "Big Man Japan", c'est très différent : le sous-texte politique est évident, et devient à ce titre un gros poids pour l'ensemble. On apprécie pendant les 5 premières minutes de la première bataille entre deux kaijus immondes la débilité de la chose, avec un effet de sidération garantie : que ce soit la mocheté des CGIs ou l'absolu n'importe quoi de leurs difformités, il y a un immense truc qui retient l'attention, de gré ou de force. Mais très vite, la lourdeur s'impose, non sans l'aide des pachydermes à l'écran. La laideur visuelle finit par ne plus faire rire, tout comme la dimension "faux documentaire" pour suivre le super-héro malgré lui interprété par l'acteur-réalisateur. Soit trop, soit trop peu, mais l'équilibre n'est pas trouvé à mes yeux et l'ennui s'en trouve précipité. La fausse non-chalance du protagoniste coincé dans sa routine n'a pas vraiment trouvé le potentiel qu'il détenait. Son agent qui lui colle des pubs partout, son grand-père sénile, sa difficulté à prendre des responsabilités, sa solitude pathétique, son côté héros déchu... Tout cela ne prend jamais forme : c'est un film parfaitement informe, et la parodie y trouve très vite ses limites. La séquence finale, pourtant censée être l'apogée absurde avec ce retour aux costumes et aux décors en carton, avec l'irruption de super-héros américains interventionnistes et sauveurs universels, au lieu d'offrir un contrepoint critique et subversif, est d'un terrible ennui.
  • 321
    Bande-annonce

    Le Mystère Henri Pick (2019)

    1 h 40 min. Sortie : . Comédie.

    Film de Rémi Bezançon avec Fabrice Luchini, Camille Cottin, Alice Isaaz

    Sous-exploiter un trublion comme Luchini de la sorte, c'est limite criminel. Coincé dans ses habits de critique littéraire parisien engagé dans une enquête soporifique sur la paternité d'une œuvre a priori orpheline, il ne semble avoir aucune marge de manœuvre dans cet univers aseptisé. Le petit village breton où le manuscrit a été trouvé sert de caution "dépaysement" au film, histoire de faire semblant de sortir des cercles habituels dans la capitale. On essaie de nous faire croire qu'un pizzaïolo qui n'a jamais rien lu serait l'auteur de ce bouquin citant Pouchkine avec aisance, mais dans l'histoire je ne sais pas qui est le plus pris pour un dindon : le spectateur, ou bien n'importe quelle personne qui n'appartiendrait pas au cercle privilégié de la haute société littéraire, puisque ce sera bien quelqu'un de ce milieu-là qui se révèlera être l'auteur du roman à succès. Tout ça au terme d'un jeu de piste sans fin, sans cesse relancé dans la plus grande artificialité, à chaque fois que le suc du lieu ou du personnage courant a été aspiré. C'est lourd, grossier dans le déroulement de l'enquête, joliment improbable sans que personne ne semble en être gêné, et avec un micro twist à la fin pour rassasier les intéressés avec du gras. Tellement superficiel et générique...
  • 322
    Bande-annonce

    Superman basmati (2008)

    Supermen of Malegaon

    1 h 06 min. Sortie : .

    Documentaire de Faiza Ahmad Khan avec Shakeel Bharati, Farogh Jafri, Akram Khan

    Plongée dans un quartier pauvre d'une ville périphérique située non loin de Mumbai, où le cinéma semble constituer le meilleur remède à la misère. Regarder des films pour s'échapper du monde, bien sûr, mais surtout en réaliser : c'est l'objet de ce documentaire assez foutraque qui suit des gens dans leur délire de produire un film sur le thème de Superman. Pendant une heure, on a ainsi droit à un making-off sans trop comprendre les tenants et aboutissants, avec surtout des fonds verts pour simuler le super-héros dans son vol. C'est du bricolage puissance dix-mille, le film en question est évidememnt de l'ordre de la série Z absolue, mais la joie qui se dégage du tournage (si on peut appeler ça comme ça) est communicative. Leur enthousiasme produit un contraste intense avec les conditions de vie dans les environs... Ironiquement, on peut lire que l'acteur jouant le protagoniste, Shafique, est mort d'un cancer de la gorge peu de temps avant la première, alors que son personnage combattait justement le tabac à mâcher. On se rappellera de son corps si frêle dans ce costume coloré.
  • 323
    Bande-annonce

    Les Sorcières d'Eastwick (1987)

    The Witches of Eastwick

    1 h 58 min. Sortie : . Comédie.

    Film de George Miller avec Jack Nicholson, Cher, Susan Sarandon

    Sacré George Miller. Je ne le connais que comme celui qui a posé les bases de l'univers post-apo au cinéma (alors que j'ai beaucoup plus apprécié le tout premier Mad Max) et comme réalisateur de film d'animation ou pour enfants à ses heures perdues, et le voilà qui débarque à la fin des années 80 pour lancer un gros pavé d'humour gras dans la marre du mauvais goût parfaitement assumé. Vu d'aujourd'hui, ça reste assez difficile à digérer, que ce soit dans le style un peu vieillot de la mise en scène ou dans la description de tout le microcosme puritain avec l'église, la bigote qui devient folle et tout le reste, mais quelques passages complètement barjots rythment tout de même l'ensemble.

    Nicholson en diable destroy n'a pas l'aura d'un De Niro dans son rôle glaçant (Angel Heart), mais disons que ce qui l'intéresse avant tout, c'est l'obscénité. Je peux apprécier le mauvais goût, mais ici c'est quand même pas très engageant. Le portrait de la gente féminine, à travers le trio de protagonistes qui se morfond dans cette ville aux mœurs très prudes, a pris un sacré coup de vieux. On le comprend, elles incarnent une forme de liberté contrariée et explosive. Les effets spéciaux disséminés un peu partout sont franchement grotesques, en enferment encore un peu plus le film dans la case de sa décennie. Ça reste relativement immoral encore aujourd'hui, mais on sent bien qu'une bonne partie de la dimension explosive est depuis partie en fumée.
  • 324
    Bande-annonce

    Shazam! (2019)

    2 h 12 min. Sortie : . Action, fantastique, science-fiction et comédie.

    Film de David F. Sandberg avec Zachary Levi, Mark Strong, Asher Angel

    L'univers DC suscite chez moi plus de la sidération que du dégoût, tant on sent quelque part une volonté de tester de nouvelles choses, sans aucune limite de mauvais goût. Le résultat s'éloigne de certains canons, c'est vrai, mais en prenant de tels risques inconsidérés, ça part forcément dans le champ du grand n'improte quoi et ce depuis 7 films. On finit par résoudre des combats de titans à l'aide du prénom de la maman. Au final, le premier degré de Marvel est plus facilement comestible, à défaut de pouvoir le digérer aisément. Ici, le but est très clair très rapidement : on saute à pieds joints dans le teen movie, et ce n'était pas tout à fait idiot comme détournement. On imagine très bien ce qu'aurait pu donner un super-héros dans la peau d'un ado (ou l'inverse), même s'il me semble avoir déjà vu des propositions semblables ailleurs. L'immaturité du personnage aurait pu constituer une source comique bien plus importante, en cassant le ton habituel de ce genre de film. Mais non, on tourne très vite autour du gentil contre le méchant pas vraiment méchant. Très peu de surprises dans ce film bariolé de sous-culture pop pourtant démesurément long.
  • 325
    Bande-annonce

    Monsieur N. (2003)

    2 h. Sortie : . Biopic et drame.

    Film de Antoine de Caunes avec Philippe Torreton, Richard E. Grant, Jay Rodan

    Sur le papier, le film d'Antoine de Caunes fait miroiter quelque chose d'intéressant : le cadre géographique et temporel très réduit, limité à l'exil de Napoléon sur l'île de Sainte-Hélène, laissait envisager une atmosphère très particulière. C'est ce que je m'imaginais en tous cas avant de comprendre ma douleur à mesure que le téléfilm déroulait son programme indigent. L'indigence est uniformément répartie de l'interprétation, d'une qualité déplorable, aux partis pris au sujet du portrait de Napoléon, avec une série d'interrogations autour de sa mort évoquées de manière aussi mystérieuse que ridicule. Les acteurs sont globalement mauvais, quelle que soit la langue, mais Philippe Torreton atteint des sommets dans le rôle de celui qui se veut cynique et manipulateur (et forcément plus intelligent que ses congénères). Ce n'est pas un argument problématique en soi, mais c'est amené de manière tellement abominable qu'il finit par ne plus être recevable. Une série de couches temporelles obscures vient couvrir le tout, avec des flashbacks / flashforwards en veux-tu en voilà, mais aussi bien sûr des citations pompeusement retranscrites du type "L'histoire est un mensonge que personne ne conteste" et une volonté d'entretenir le mystère au sujet de sa mort et de ses intentions particulièrement douteuse dans la dernière partie. En prime, une voix off insupportable confère aux deux heures une dimension assurément ennuyeuse.
  • 326

    Rendez-vous (1985)

    1 h 30 min. Sortie : . Drame.

    Film de André Téchiné avec Lambert Wilson, Juliette Binoche, Wadeck Stanczak

    Ce que je retiendrai au-delà de l'atmosphère glauque diffuse qui enfle au cours du film, c'est l'incroyable jeunesse des têtes connues qui arpentent ce bout de scénario. Binoche est méconnaissable, tant physiquement que dans sa voix, et Wilson combine des traits presque adolescents et ceux que l'on connaît aujourd'hui. C'est troublant.

    Je suppose que l'objet premier d'un tel film, c'est l'apprentissage du personnage de Nina, la jeune provinciale qui débarque à la capitale et qui en découvre les différents attraits. Paulot et Quentin sont de véritables caricatures de pôles opposés, le gentil timide qui n'ose pas et l'entreprenant très sûr de lui qui ose un peu tout. On ne peut pas dire que ce soit d'une interprétation mémorable, c'est plutôt de l'ordre de la gêne. Par contre, il y a quelques idées de mise en scène / d'écriture qui sont fécondes, à l'image du fantôme de Quentin qui revient littéralement hanter Nina. La description du microcosme artistique parisien ne m'a pas frappé par sa pertinence, c'est assez classique dans cette aspiration d'une petite actrice de théâtre de seconde zone pour des rôles plus importants.

    Une fois que la révélation est fait (à travers le personnage de Jean-Louis Trintignant), les sentiments deviennent un peu trop appuyés, les personnages trop écorchés, le drame trop lourd. C'est un peu la recherche de la stabilité dans un univers chaotique et violent, avec quelques grosses ficelles autour de Lambert Wilson (les personnages masculins qui tournent autour de Nina ne sont pas particulièrement intéressants). Rendez-vous de Nina avec le théâtre, avec des hommes très différents, et avec elle-même, en se découvrant. Peut-être que cette recherche aurait été plus éloquente si les personnages avaient été moins caricaturaux (rongé par le passé, timidité maladive, etc.), il y a une forme d'acharnement un peu déconcertante, qui me laisse très distant.
  • 327

    Au-delà des montagnes et des collines (2017)

    Me'Ever Laharim Vehagvaot

    1 h 32 min. Sortie : . Drame.

    Film de Eran Kolirin avec Alon Pdut, Mili Eshet, Shiree Nadav-Naor

    Si l'intention de critiquer l'hypocrisie de la société israélienne actuelle et les névroses qui la parcourent peut sembler intéressante dans un premier temps, la faiblesse du contenu a tôt fait de contaminer toutes ces belles promesses. À travers le portrait d'une famille-archétype d'Israël, le réalisateur entend dénoncer une série de dispositions plus ou moins graves : un homme qui retourne à la vie civile après plus de 20 ans dans l'armée et se trouve confronté à la dimension affreusement mercantile d'un boulot de cadre, sa femme se laisse aller à la tentation d'un de ses étudiants, et leur fille fricote avec des militants de la cause palestinienne. Ça fait une densité de potentiels dramatiques un peu trop forte pour être acceptable. La critique n'est pas des plus subtiles, et le pinceau est effroyablement lourd pour dépeindre le sentiment de culpabilité des uns et des autres, avec des histoires de meurtre, d'adultère, et de complicité douteuse. Les dysfonctionnements de la société israélienne, le malaise de la vie dans un tel pays, restent artificiels.

    Finis les téléfilms ou assimilés diffusés par Arte, quel qu'en soit la nationalité.
  • 328

    L'Affaire Al Capone (1967)

    The St. Valentine's Day Massacre

    1 h 40 min. Sortie : . Gangster, drame et historique.

    Film de Roger Corman avec Jason Robards, George Segal, Ralph Meeker

    La froideur de la narration et le ton artificiellement documentaire gâchent presque tout dans ce travail de reconstitution du Chicago des années 20, en pleine prohibition, avec pour point de mire le fameux massacre de la Saint Valentin (titre original). Le titre français est en ce sens très trompeur, tant Al Capone (Jason Robards un poil cabotinant) n'est pas l'objet central du film : c'est bien la description de l'univers mafieux qui est au centre du regard, certes irrigué par sa personne, mais rien de plus. Tout le film est ainsi tourné vers sa scène finale, qui verra une grande partie des rivaux de Capone assassinés alors que de faux policiers les avaient alignés contre un mur de brique. Non pas que les meurtres n'étaient pas présent en masse dans le reste du film : mais ce moment-là conserve une intensité largement supérieure, forcément.

    On sent bien que Corman provient de la série B, il y a un style certain qui donne quelques idées de ses origines. Mais au final ce n'est pas ce qui dérange ici : rien de comparable au ton qui se veut très factuel, avec une voix off racontant très régulièrement le contexte de tel ou tel personnage, et surtout dans la dernière partie avec la répétition du "person X, on the last morning of his life, at XX:XX am, was doing X". C'est un peu trop rigide, limite ampoulé. Un reproche qui s'étend aussi au microcosme de Chicago autour de la prohibition, pas toujours très souple pour retranscrire l'opposition entre Al Capone et Bob Moran, ni les tempéraments variés des brutes à leurs ordres. On est dans une forme d'académisme scolaire pas extrêmement enthousiasmante. Au détour de deux ou trois scènes, on croise Bruce Dern et Jack Nicholson. L'interprétation est souvent excessive, même si on peut le pardonner pour le rôle de Robards qui s'y prête évidemment beaucoup. Mais au-delà de l'aspect clinique de la narration, au-delà de la monotonie de l'ensemble, le converge plutôt agréablement vers sa scène finale en cultivant une tension parfois intéressante.
  • 329

    Music Box (1989)

    2 h 05 min. Sortie : . Drame.

    Film de Costa-Gavras avec Jessica Lange, Armin Mueller-Stahl, Frederic Forrest

    Sur le papier, "Music Box" a tout du film de prétoire assommant : une avocate, fille d'immigré hongrois, défend son père au cours d'un procès qui vise à démontrer ou infirmer son implication dans des crimes abominables en lien avec la fin de la Seconde Guerre mondiale en Hongrie. On image un film larmoyant, un pavé dans la marre déjà bien fournie du cinéma ayant pour thème l'holocauste, dans lequel père et fille se découvriraient, se déchireraient pour mieux se retrouver en pansant les blessures familiales. Mais pas du tout : par des chemins détournés, Costa-Gavras s'intéresse à une toute autre forme d'horreur, relativement insoupçonnée.

    C'est la progression du doute chez le personnage interprété par Jessica Lange qui constitue le principal fil conducteur des deux heures, parcourant d'un bout à l'autre le spectre de la culpabilité. Au début, il est simplement question d'un problème avec la demande de naturalisation que le père avait faite à la fin de la guerre, mâtiné de confusion et de probable erreur d'identification. Non, décidément, cet honnête père de famille qui a été un parfait citoyen américain pendant plus de quarante années, lui qui a fui le communisme pour trouver refuge aux États-Unis, ne peut pas être la même personne que ce tortionnaire nazi. Mais petit à petit, un faisceau d'indices vient nourrir une incertitude grandissante.

    Mais le plus terrifiant, le plus intéressant, ce n'est évidemment pas quelque révélation que ce soit, au terme d'un voyage en Hongrie un peu trop lourd de sens (même si l'image de la photo brisant tout espoir chez la fille est réussie), à la faveur de l'audition d'un témoin capital trop faible pour être interrogé aux États-Unis. C'est plutôt la façon dont se matérialise le déni du père qui est glaçante, comment ce renoncement de conscience et de mémoire a constitué les fondations de sa citoyenneté américaine, ou comment un criminel de guerre a pu se camoufler dans les habits d'un bon père de famille (sans pour autant insister lourdement sur la monstruosité qui se cacherait derrière l'ordinaire). Costa-Gavras a eu la bonne idée de ne pas trop jouer sur un suspense moral qui aurait été de très mauvais goût quant à la culpabilité du personnage : il y a bien des éléments de preuve, il y a bien une révélation fracassante, mais cela s'incorpore très clairement dans une toile de fond de plus grande ampleur. C'est un film qui laisse de nombreuses pistes en suspens, en prenant soin de ne pas apposer de jugement définitif ni d'
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    Le Mauvais Chemin (1961)

    La viaccia

    1 h 52 min. Sortie : . Drame.

    Film de Mauro Bolognini avec Jean-Paul Belmondo, Claudia Cardinale, Pietro Germi

    Séances de cinéma (2 salles)
    Je ne connais pas bien Mauro Bolognini mais cette plongée dans l'Italie de la fin du 19ème siècle donne sérieusement envie de découvrir un peu plus en détails sa filmographie. Même si le mélodrame n'est jamais très loin, c'est principalement le contexte social qui entoure la relation de Jean-Paul Belmondo et Claudia Cardinale qui vaut le détour, capté au creu d'une très belle photographie. Un jeu d'oppositions quasiment constant entre ville et campagne, riches bourgeois et pauvres paysans, l'amour et la famille, hommes et femmes, présent et passé : autant d'antagonismes qui auront raison de leurs sentiments — pourtant déjà compliqués à la base.

    Il y a d'un côté Belmondo le mutique, dont le mutisme est sans doute renforcé par la nature de la coproduction, lui le Français au milieu d'une troupe italienne. Son personnage est parfois un peu désagréable dans son retrait permanent, plus proche du non-jeu que de l'intériorisation volontaire : ses accès de colère et ses aléas sentimentaux n'en sont que plus incompréhensibles. Et puis il y a la très jeune Claudia Cardinale, d'une incroyable beauté, prostituée dans une maison close, pour qui Belmondo volera son propre oncle. Son charme rayonne très intensément, au point qu'on pardonne certaines lignes de dialogue complètement stupide (le "j'ai parfois besoin qu'on me montre quelle salope je suis" m'est resté en travers de la gorge).

    Les thématiques de l'amour et de la jalousie n'enferment pas le film dans la case exigüe du mélodrame romantique précisément parce que l'envers du décor est placé à une hauteur équivalente : le monde paysan en souffrance y est opposé à celui des notables citadins qui ont une emprise terrible sur le patrimoine et la destinée des plus pauvres à travers le fermage. L'Italie semble alors partagée en deux entités, avec la société passée ancrée dans le travail des champs à la campagne et la société urbaine nourrissant une avidité absolue (la prostitution n'est à ce titre jamais présentée comme source de vice ou d'abjection morale). Ces deux aspects, mélodrame et cadre social, s'enrichissent mutuellement et forment le portrait d'une déchéance double, celle d'un homme dont la famille finira atomisée et celle de la société au tournant du siècle dernier.