Mes Lectures 2026
Ma résolution pour 2026 : me remettre un peu plus à la grande littérature, moi qui l’ai presque abandonnée ces derniers temps, essentiellement parce que j'ai lu des trucs qu’on me prêtait et qui changeaient de mes habitudes. Je ne dis pas que je lirai plus de livres, mais j’essaierai au moins d’aller vers des grands auteurs.
Mes Lectures 2015 https://www.senscritique.com/liste/Mes_Lectures_2015/1058092
Mes Lectures 2016 https://www.senscritique.com/liste/Mes_Lectures_2016/1165375
Mes Lectures 2017 https://www.senscritique.com/liste/Mes_Lectures_2017/1573645
Mes Lectures 2018 https://www.senscritique.com/liste/Mes_Lectures_2018/1990038
Mes Lectures 2019 https://www.senscritique.com/liste/Mes_Lectures_2019/2315808
Mes Lectures 2020 https://www.senscritique.com/liste/Mes_Lectures_2020/2657897
Mes Lectures 2021 https://www.senscritique.com/liste/Mes_Lectures_2021/2943591
Mes Lectures 2022 https://www.senscritique.com/liste/mes_lectures_2022/3177865
Mes Lectures 2023 https://www.senscritique.com/liste/mes_lectures_2023/3396416
Mes Lectures 2024 https://www.senscritique.com/liste/mes_lectures_2024/3845539
Mes Lectures 2025 https://www.senscritique.com/liste/mes_lectures_2025/4008183
Héros et tombes (1961)
Sobre heroes y tumbas
Sortie : avril 2008 (France). Roman
livre de Ernesto Sábato
-Alive- a mis 9/10.
Annotation :
Après lecture d’une telle œuvre, j’imagine qu’on peut voir Ernesto Sabato autant comme un écrivain parfait pour entrer en littérature latine que comme son stricte opposé : son roman est si mouvant, si protéiforme qu’il apparait comme un texte indéchiffrable duquel le lecteur aura du mal à obtenir ce qu’il désire. C’est un peu comme commencer la littérature russe avec le plus mystique des Tolstoi. Tout y est, mais il y en a justement trop ! Moi c’est précisément ce qui me plait. Bordel, je dois avoir un radar pour ce type de livres, je suis attiré à eux comme un aimant. Ça commence par le récit du jeune Martin qui rencontre l’étrange Alejandra. Un jeune homme mal dans sa peau, une jeune fille excentrique et bizarre. Leur histoire d’amour tumultueuse, difficile et cruelle est en fait un prétexte – ma foi magnifique et fort bien écrit – pour raconter l’histoire de la famille Vidal Olmos. Une ancienne famille noble, déchue, appartenant au passé de l’Argentine. Une famille de fous, de héros, de psychotiques et pour Sabato encore un autre prétexte plus grand cette fois-ci pour parler de son pays. Héros et Tombes est un roman fleuve empli de mysticisme, de légendes sanguinaires, qui parle de tout. De tout ! Des héros de l’indépendance argentine, des mouvances communistes du siécle dernier, des délires d’un bandit persuadé que les aveugles dirigent le monde, d’anciennes batailles oubliées, d’un mystère impossible à résoudre qui lie amour et mort. Ne serait-on pas finalement en plein dans ce « réalisme magique » ? Magnifique texte en tout cas. Ça fait du bien de commencer l’année avec une telle œuvre.
Adrienne Mesurat (1927)
Sortie : 1927 (France). Roman
livre de Julien Green
-Alive- a mis 8/10.
Annotation :
Un peu l’inverse du roman que j’ai lu juste avant. Le roman de Greene est un récit sur l’étroitesse. Etroitesse de la province en premier lieu, mais aussi étroitesse de la condition d’une jeune femme qui s’y voit enfermée. Adrienne Mesurat recluse dans sa famille, entre sa sœur et son vieux père, dans sa villa sans joie, dans sa ville et sa petite province à l’esprit étriquée. Puis plus tard au fil des évènements : même libre, elle sera toutefois incapable de sortir de son monde, comme enfermée dans l’amour qu’elle porte à son voisin et cloisonnée dans ses habitudes qui se mueront en folie. Bref, c’est un roman de l’étouffement. J’ai rarement lu un texte aussi épuisant (dans le bon sens du terme), Greene cherche à nous rendre dingue, à nous écraser nous aussi dans la petitesse de l’esprit d’Adrienne qui ressasse les mêmes terreurs, emprunte toujours les mêmes voies sans issues, refait les mêmes déductions fausses à longueur de page. Le livre commence sur quelque chose d’assez large, la condition d’une jolie femme de 18 ans lassée dans l’ennuie de sa vie, puis malicieusement il nous fait comprendre qu’il n’y aura pas d’ailleurs, que cette déprime on va la vivre nous aussi quasiment heure par heure aux côtés d’Adrienne. Pourtant loin d’être un roman assommant c’est tout à fait l’inverse. L’écriture prend au corps, elle est ciselée et va au détail. Sorte de huit clos maladif et affolé qui fonce droit dans le mur et qu’on lit essoufflé – presque Dostoïevskien dans le souffle, mais avec une protagoniste bien différente quand même. Un beau tour de force en somme.
Comme une mule (2024)
Sortie : 2 octobre 2024. Essai
livre de François Bégaudeau
-Alive- a mis 8/10.
Annotation :
Parmi les derniers essais de Bégaudeau, c’est celui que je craignais le plus et qui tout à la fois m’intriguait. Je me demandais comment il allait transformer cet incident juridique et sexiste en réflexions, et j’avais peur qu’il cherche à expliquer son geste, à défendre sa cause. Ce qu’il fait en partie il est bien vrai. En partie seulement, car moins à se défendre, il cherche d’abord à expliquer le contexte de sa blague salace – sans forcément chercher l’excuse – mais comme d’hab avec lui c’est surtout là le point de départ d’un livre qui traite de beaucoup de choses. L’humour, le féminisme, l’écriture, l’art et de manière générale : la morale. On pourrait croire bêtement qu’après s’être attaqué à la droite bourgeoise et à l’extrême droite, il s’attaquerait à la gauche, mais ce serait mal connaitre Bégaudeau. Ce n’est pas la gauche qu’il a dans son viseur, mais plutôt tous ceux à gauche comme à droite qui brandissent la morale n’importe comment, pour tout et pour rien, et pour lui l’occasion de décrypter une fois de plus les réflexes et affects qui nous saisissent tous lorsqu’on mélange morale et art, ou bien morale et humour. La partie la plus intéressante du livre et à la fois la plus dense – peut-être un poil trop longue d’ailleurs – est celle sur la littérature et l’art. J’aime quand Bégaudeau dépasse le simple cadre politique pour aller vers une véritable philosophie – ici sur l’exercice de l’art. En somme, il nous livre ici une fois de plus un ancrage de concepts et de propositions intellectuelles passionnant. Il y a des choses là-dedans qu’il va falloir parfois dégrossir, détricoter soi-même après lecture. Un livre assez fat et nourrissant qui donne beaucoup de munitions, avec lesquelles on ne pourra toujours être d’accord. Ses pentes réflexives sur l’écriture réactionnaire – et ses tacles envers Houellebecq par exemple – je les comprends et les entends sans acquiescer à tout.
Le Guérisseur de cathédrales
Galactic Pot-Healer
Sortie : 1969 (France). Roman, Science-fiction
livre de Philip K. Dick
-Alive- a mis 7/10.
Annotation :
Je me demande bien à quand remonte la dernière fois que j’ai lu un K-Dick. J’ai l’impression d’avoir abandonné mon cher Philip si longtemps ! C’est toujours un plaisir d’y revenir. Comme à chaque fois avec lui, on part d’un pitch solidement accrocheur pour comprendre qu’en fait Dick ne fait rien comme il faudrait, et surtout rien comme aucun autre. Le guérisseur de cathédrale raconte l’histoire de Joe Farnwright, un type triste dont le talent pour réparer des céramiques n’intéresse plus personne, dans une société futuriste étrange où le travail est comme simulé, sans substance, sorte de bore-out permanent et fliqué par une police omniprésente. Une entité extraterrestre va alors contacter Joe pour l’inviter à un projet de grande ampleur : faire émerger une cathédrale enfouie dans un océan sur une planète éloignée. Vla le délire ! De ce pitch déjà complétement fou, Dick va pourtant réussir à tisser une histoire très dense, très bordélique et un brin décousue aussi, fort de son habitude, qui nuiera un peu à la force initiale de l’histoire. Mais c’est toujours ça Dick : un bordel thématique, pas toujours maîtrisé, mais si singulier dans son récit qu’on en tire malgré tout un plaisir unique. Là dedans s’entrechoquent les thématiques habituelles du bonhomme ; d’abord celle de la dépression d’un homme seul dans une société qui n’a pas besoin de lui, mais aussi l’entropie destructrice et les faux-semblants. Tout est là bien présent, imbriqué maladroitement dans un récit condensé en à peine quelques 200 pages.
La Maison Tellier (1881)
Sortie : 1881 (France). Recueil de nouvelles
livre de Guy de Maupassant
-Alive- a mis 9/10.
Annotation :
Pris presque au hasard ce Maupassant, j’ignorais même en le commençant que c’était un recueil de nouvelles et j’ignorais d’ailleurs que Guy en avait écrit autant. Et quelle bonne pioche ce fût ! Dans ces neuf récits aucun n’est à jeter. On pourrait dire que je reviens vers cet écrivain, moi qui ne l’ai lu qu’au collège (putain ça remonte) et qui en avais un vague souvenir, du genre barbant, qu’on a lorsqu’on ne s’intéresse pas à la littérature et qu’on met tous les écrivains dans le même panier. Aujourd’hui cette lecture m’a permis de redécouvrir cet auteur, et surtout de constater à quel point il peut se montrer tout à la fois tendre, drôle et cruel ; parfois dans un seul et même texte. Je le répète : toutes les nouvelles sont géniales, toutes se bâtissent sur quelque chose fort, que ce soit une idée générale, un retournement de situation final ou une ambiance presque picturale, mais si je devais en retenir deux je dirais que « En famille » et « Une partie de campagne » ont été mes préférées. Franchement je suis ravi de ma lecture et désormais très curieux d’aller lire d’autres de ses recueils.
Regain (1930)
Sortie : 1930 (France). Roman
livre de Jean Giono
-Alive- a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
Après avoir adoré « Que ma joie demeure » l’année dernière, j’opère un retour vers Giono et sa période panthéiste dans laquelle la nature, vivante, quasi divine, prend absolument toute la place. Regain est un roman très court et direct dans lequel son style résonne haut et fort. C’est l’histoire d’Aubignane, un village désormais abandonné dans lequel ne reste qu’un homme, Panturle, qui décide d’y rester quitte à vivre seul face à la nature. Forcément, avec un tel pitch Giono ne peut qu’aller au bout de son projet lyrique : un livre entièrement dédié à mère nature, où sa plume doit alors déployer mille et une manières de la raconter. J’ai rarement vu une oeuvre aussi totale, dans le sens où Giono est capable de passer des dizaines de pages à simplement nous décrire des arbres, des nuages, une rivière, une lumière. Sans déconner, cette écriture confine à la sorcellerie. Le gars peut te faire ressentir l’émotion d’un personnage, te plonger dans une forme d’intrigue, te construire du lyrisme, du suspens et un mysticisme singulier alors qu’il décrit simplement un vent qui se lève et un homme qui cherche à faire pousser du blé. C’est tout à la fois, chargé d’émotions, parfois même de tensions, et comme d’hab avec Giono le décor prend une place immense. Et quand je dis « décor » je n’entends pas seulement la nature, mais même le lieu en lui-même. Ce village à flanc de colline, situé à côté d’un plateau battu par les vents. C’est très cinématographique dans un sens. Bref c’est un régal à lire.









