Avis sur

1984 par NOW___LOVATIC

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Après avoir longtemps louché sur ce livre de George Orwell, je me suis décidée il y a peu à l'acheter. Ce n'est pas le premier ouvrage que je lis de cet auteur puisque j'avais déjà lu, au lycée, La Ferme des Animaux, que j'avais trouvé par ailleurs remarquable car c'était très certainement le premier livre abordant le totalitarisme et ses dérives que je lisais. Donc ça marque. La Ferme des Animaux avait fait grande impression sur moi. Oui, mais voilà : si je n'avais pas eu un professeur pour m'aider à comprendre ce que je lisais, ça aurait été une lecture difficile car, bien que George Orwell utilise des mots lambda, avec un style d'écriture agréable à lire, qui ne nous fait pas buter, ça évoquait des thèmes avec lesquels je n'étais pas à l'aise du fait que je n'avais pas encore eu les outils nécessaires pour avoir une réflexion dessus, sur les mécanismes décriés d'un système politique, par exemple. Or, je savais que 1984 est plus ou moins dans la même trempe, qu'il s'agit d'un roman d'anticipation qui critique et met en place une réflexion sur un système politique.

Toutefois, fin avril je m'y suis mise, j'ai lu 1984. l'actualité internationale a beaucoup influencé ce choix, bien qu'on ne va pas rentrer ici dans les détails. Je le précise à titre d'explication sommaire sur ce qui m'a incité à aborder un livre que j'avais presque peur de lire. Peur ? Peur de quoi ? Eh bien les romans d'anticipation ont cette tendance à nous faire réaliser des choses dont on a conscience ou même pas du tout. Ça pousse à la réflexion quand bien même on voudrait se terrer dans notre petit cocon. La fiction permet cependant de mettre une barrière qui amortie le choc.

Et ce choc, comment se manifeste-t-il ?
Je dois admettre que le prise de conscience, si on peut parler ainsi, de ce qui se déroule au cours des 391 pages se fait d'autant plus une fois qu'on a refermé le bouquin. En effet, on assiste impuissant à ce qu'on redoutait : on nous présente un personnage lambda, Winston Smith. On ne peut pas faire plus banal dans le nom. Ce Smith fait parti de ce qui est appelé le Parti Intérieur. En d'autres termes, on peut dire que Smith fait partie d'une classe moyenne. Au dessus, il y a le Parti Intérieur des privilégiés qui ont le droit au vin et qui sont moins nombreux que les membres du parti extérieur. En dessous de Smith, la classe la plus nombreuse : les prolétaires, ceux qui vivent dans la misère. Ces trois classes obéissent à une force politique plus grande que le parti intérieur et qui les gouverne tous : Big Brother. Lui, on le voit sur des affiches mais on ne le voit pas en vrai. C'est une sorte de figure mystique, un homme idolâtré comme un dieu a qui on obéit au doigt et à l'oeil dans un état de servitude qui laisse le lecteur pantois.
La servitude, c'est un premier point que ce roman dénonce et par ce filon, on assiste à l'endoctrinement de la population par des slogans, des manifestations régulières organisées et gérée par le Parti, par et pour Big Brother. La servitude est insidieuse et semble être acceptée par ceux qui la subisse.

De toute manière, comment faire autrement devant un gouvernement abusif ?
Abusif car la vie privée n'existe pas, ou du moins elle est régit par des règles strictes : on n'a pas vraiment d'amis, on n'a que des camarades. Le sexe est encouragé que s'il est froid, chaste et sans effusion. On ne peut se fier à personne, encore moins à ses enfants. Et n'oubliez pas, Big Brother vous regarde ! La servitude est en partie amenée par la société de surveillance qu'on sent normalisée dans le roman mais qui nous, lecteur, nous interloque. Sans compter qu'il y a la surveillance passive et active, qui va sans cesse toujours plus loin, à moins qu'elle n'ait toujours été là : vos pensées ne peuvent être tenues secrètes. Vos pensées ne sont pas vos pensées, on va vous apprendre à penser et vous penserez comme nous.

La pensée est contrôlés à la fois par les humains avec des gens qui ont l'air d'être des amis et qui ne le sont pas, vos propres enfants qui vous vendent, le Parti Intérieur qui vous lave littéralement le cerveau. Ce contrôle de la pensée est également permis par des machines : les télécrans. Ces outils technologiques entendent et voient tout ce que vous faîtes, n'espérez pas les berner. Ils sont partout, même derrière des objets, et vous ne pouvez guerre les éteindre.

Le fait est qu'on assiste à une société de mort-vivants privés de leur pensée et de leur libre arbitre. Il faut rentrer dans une case et surtout ne jamais en sortir. Tant que l'on suit ce principe, tout va bien. Dans le cas contraire vous êtes un ennemi du Parti. Et là, on commence à flipper : vous n'êtes qu'un pion facilement supprimable dans l'indifférence générale : manipulation des médias et donc de l'information, ignorance collective d'un peuple qui ferme les yeux ou qui ne peut simplement pas les ouvrir. Répartition hautement inégales des privilèges : la masse la plus grande, les prolétaires, est maintenue à distance et n'a aucun pouvoir. Les membres du Parti Intérieur sont en infériorité numérique mais disposent de tous les privilèges et s'assurent que les lois auxquelles ils obéissent soit respectées, que Big Brother garde son statut de demi-dieu. On a un parti qui brosse son peuple dans le sens du poils pour l'endormir sur ses agissement réel. Si un idolâteur de Big Brother peine à s'endormir, même dans un monde où il est impossible de rassembler des preuves, on le supprime, où est le problème ?

On le supprime ?
Arf, c'est pas si simple. On est dans un monde où le gouvernement présente un trouble psychologique pathologique : on peut commencer avec l'hyper-vigilance. En gros, le Parti peut être schématiser comme ça : Big Brother et son parti, c'est un mec et son squad qui vont aller fliquer sa femme parce qu'il a une peur maladive qu'elle le trompe. En résulte de l'abus à tous les niveaux. Si on pousse la comparaison plus loin, le mec en question, trop inquiet de se salir les mains, demande à ses sbires de réduire au silence la femme qu'il cherche à soumettre, qu'elle cherche à résister on non. Le silence c'est le lavage de cerveau, la manipulation mentale, etc, et si la paranoïa du mec n'est pas calmée, la violence du système dans lequel lui et la femme évolue passe au cran au dessus : la mort. Mais avant la mort, il y a la torture physique et psychologique. Quand tout est terminé, si vous aviez l'habitude de dire « non, non, non », vous dites désormais « oui, oui, oui » si votre insubordination a cédé à l'étape du lavage du cerveau. Autrement vous ne dîtes plus rien, on vous à réduit au silence, au lieu d'être un être humain mort-vivant sans libre-arbitre vous êtes un être humain mort tout court et toujours sans libre arbitre.

Pourquoi on ne récupère pas son libre arbitre ?
Parce que la société de Big Brother est perverse et ne supporte pas les hérétiques, qu'elle ne supporte pas même la plus infime perte de contrôle, qu'elle fixe un prix sur tout et que vous allez le payer. Les martyrs, c'est has-been, Big Brother n'en veut pas, c'est pas bon pour ses affaires. C'est plus vicieux que ça. Si tu dis noir et que Big Brother veut que tu dises blanc, ses hommes te convaincrons de dire blancs et d'y croire de tout ton cœur avant de te tuer. Il y a une volonté de conversion qui décrédibiliserait le statut de martyr si, dans les rangs du reste du peuple, les hérétiques qui se cachent encore savent qu'au dernier moment, la victime a cédé les restes de son libre-arbitre à la société qui a mis tant d'effort à l'endoctriner.

Cet endoctrinement, on remarque qu'il faiblit dans la classe moyenne. On est en mesure de se demander pourquoi, et de répondre ainsi : les membres du Parti Intérieur, si hérétiques il y a jamais eu, sont trop bien servis par leurs privilèges pour se retourner contre le système qui les dorlote. Quand aux prolétaires, ils sont bien trop pauvres, laissé en dehors de tout pour se soucier de ce qui se passe. On ne les sent pas plus perturbés que ça. Eux, ils vaquent à leur occupations. Ils ne semblent pas s'attarder sur un système qui les renie. En revanche, les membres du parti extérieur, que l'on imagine alors un minimum éduqués, ont un regard sur ceux qui sont en dessous et ceux qui sont au-dessus avec la possibilité de voir les différences de privilèges que le Parti cherche à couvrir en tailladant les relations sociales au sein des classes mais encore d'avantage entre classes.

A travers le personnage de Winston, on comprend que le danger pour le système (si danger il y a, tant le système tient le cou de ses sujets d'une main de fer), c'est le parti extérieur. Le plus effrayant, et qu'on réalise une fois qu'on a achevé le roman, c'est que les plus petits écarts de conduite peuvent engendrer des conséquences disproportionnées allant jusqu'à la mort. Jusqu'à la l'incarcération de Winston, les éléments perturbateurs du roman ne sont pas incroyables : des gestes qui ne sont plus permis, des pensées qui ne le sont pas non plus. Pourtant ça entraîne une réaction démesurée du Parti qui ne supporte pas que sa Vérité soit questionnée. Ça fait froid dans le dos.

Pour finir, la fin du roman vous laisse dans une impuissance presque totale : on sait que ça devait arriver, mais on espérait que Winston Smith, cet être banal, parviendrait à enrailler le système. Avant de lire le dernier chapitre, je me suis demandée ce que je voulais comme fin : un écaillement du système ou sa victoire ? Peut-être qu'une fin « positive » aurait procuré au lecteur un sentiment de soulagement. Toutefois, une fin « négative » met doublement l'accent sur les dérives d'un système déjà bien ancrée dans l'abus, et le fait qu'il est difficile (si pas impossible) de le renverser, que les privilégiés gagnent toujours que le système est et a le pouvoir, que vous, dans votre classe moyenne, vous n'êtes qu'un pion, sur une partie géante. Cette fin apporte une force au roman qu'il n'aurait pas eu si tout s'était bien terminé.

Je vais terminer en ajoutant que 1984 est un bon livre pour se lancer dans la lecture de roman d'anticipation. Il est écrit avec des mots et des structures de phrases simples et intelligibles, plutôt facile à comprendre, ce qui le rend facile à lire. De ce fait, je le recommanderais à tous le monde.

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