Ce livre constitue le complément de 777 du même Pierre Jovanovic, où ce dernier voyait la chute boursière de 2008 par le prisme de l'Apocalypse de Saint Jean. Bien que surprenant, ce regard était original, intéressant et pertinent malgré tout.
Avec 666, l'auteur continue son interprétation singulière de l'Apocalypse de Saint Jean en essayant de déterminer qui est "la bête à sept têtes" décrite par l’apôtre. Le journaliste rapporte les indices et étaye son propos en désignant la finance américaine siégeant à Wall Street.
Évidemment, le parallèle peu paraître osé et, dans quelques rares passages, on peut avoir l'impression que Pierre Jovanovic extrapole un peu pour valider son interprétation.
Néanmoins, sur un plan plus matériel, les éléments rapportés, comme les documents, échanges (tel celui de Kissinger et Enders) sont incontestables et constituent un travail journalistique impressionnant et sérieux. Les documents recueillis démontrent comment les États-Unis s'emploient pour faire main-basse sur les réserves d'or des autres pays, dont les stocks n'ont cessé de diminué alors que les leurs n'ont pas bougé. Par exemple, la vente de 600 tonnes d'or de la France - initiative de Nicolas Sarkozy à la demande des américains - à un moment où le cours était au plus bas est édifiant.
Ainsi, même si l'auteur part du spirituel, les faits qu'il rapporte méritent d’être étudiés. Il nous démontre que l'enjeu de la finance américaine (on pourrait dire mondialisée) reste la maîtrise du cours de l'or pour sauver le dollar, surtout depuis 1971 et la désindexation. On a donc l'impression que cette monnaie est en sursit, surtout avec l'impression monétaire de plus en plus débridée, qui ressemble à une fuite en avant. Et pour Jovanovic, ce qu'on appelle "la planche à billets", soit la création monétaire adossée à aucune valeur, c'est bien la "marque de la bête", et celle-ci ne pourra déboucher que sur un cataclysme. Le parallèle avec la crise de assignats de la Révolution est d'ailleurs intéressant et, comme pour Weimar, elles ont amené des régimes autoritaires au pouvoir.
Ce livre est sorti en 2014 et il était déjà d'actualité de façon brûlante ; en 2025, il l'est encore plus. En effet, la planche à billets a accéléré sa course toujours plus folle, générant une dette irremboursable à l'heure où la France pourrait passer du AA au A. Que le lecteur adhère ou non à la vision spirituelle de l'auteur, il ne pourra qu’être sensible aux éléments factuels qu'il rapporte ici.