La plus belle pour aller danser

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Jeunesse , beauté, charme, Mathilde avait tout, mais tare absolument rédhibitoire en cette fin de XIXe siècle : elle était pauvre.
Pas de dot et donc peu d'espoir de faire "un grand mariage", de ceux qui la faisaient rêver, elle qui ne voyait que par le beau, le raffinement et la délicatesse des manières.
Et pourtant , il l'aimait sincèrement ce brave homme de mari qu'elle avait accepté faute de mieux, et qui la choyait à sa façon, consciencieux et dévoué à la tâche au Ministère de L'Instruction Publique.
Mais que peut donc l'amour d'un pauvre employé quand l'insatisfaction d'une jeune épouse va grandissante?

Elle n'avait pas de toilettes, pas de bijoux, rien. Et elle n'aimait
que cela ; elle se sentait faite pour cela. Elle eût tant désiré
plaire, être enviée, être séduisante et recherchée

.

Et donc quand la grande enveloppe au timbre du Ministère arriva, et que son époux, triomphant, brandit l'invitation tant désirée, la joie de la jeune femme fut de courte durée.

Au lieu d'être ravie, comme l'espérait son mari, elle jeta avec dépit l'invitation sur la table, murmurant:
- Que veux-tu que je fasse de cela ?
-Mais, ma chérie, je pensais que tu serais contente. Tu ne sors jamais, et c'est une occasion, cela, une belle ! J'ai eu une peine infinie à l'obtenir. Tout le monde en veut ; c'est très recherché et on n'en donne pas beaucoup aux employés. Tu verras là tout le monde officiel

Mais Mathilde, toute à son dénuement, pleurait de dépit et se lamentait, son mari, lui, ne désirant qu'une chose : voir enfin un sourire illuminer le visage adoré.

Alors quand la jeune femme, enfin vêtue de sa chère robe neuve que rehaussait l'éclat d'une parure de diamants prêtée par une riche amie, fit son entrée dans toute sa gloire et sa splendeur, l'époux ébloui et comblé oublia ses quatre cents francs et le sacrifice de ses parties de chasse, pour ne plus voir que la femme magnifique à son bras, la compagne que tous lui enviaient et qui réalisait enfin son rêve.

Car Mathilde le vivait intensément ce rêve : jalousée des femmes, désirée des hommes, elle se sentait invulnérable, tournoyant de bras en bras, grisée par le succès, elle était enfin la reine du bal.

Mais combien faut-il payer parfois ces instants de bonheur qui illuminent une vie ?
La roue tourne, et la malchance peut gripper la machine du plaisir, ravalant alors la déesse d'un jour à l'esclave de toute une vie.

L'ironie terrible de l'existence, Maupassant a su la rendre avec superbe, nous donnant à voir comme jamais le succès fugace, le calvaire d'une femme et sa déchéance programmée, dans un style fluide, limpide et tellement évocateur que cette Nouvelle, la plus cruelle que j'aie pu lire, m'a marquée de façon indélébile.

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