Avant-propos
La Troisième vague est une expérience réelle, ayant conduit à une réappropriation culturelle non pas massive, mais importante. Deux films, un roman, une BD et quelques transpositions théâtrales, le tout dans une perspective relativement vulgarisante, ayant permis une relative prise de conscience de certains mécanismes du fascisme.
Même si une vision romancée d’un fait réel prend souvent certaines libertés avec la matière d’origine (au niveau littéraire, prenez par exemple Le Rouge et le Noir, Madame Bovary ou De sang-froid entre autres), le piège en revient souvent à un défaut de restitution de l’intensité de cette matière. Un fait que l’on constate assez facilement dans les différentes adaptations de la Troisième vague, à différents degrés, pour lesquelles on serait presque tenté de faire un recoupage pour restituer ce qui en fait tout le sel.
Partie 1 : Le livre
Ainsi, Todd Strasser, s’il revendique son livre comme étant basé sur des faits réels, reconnaît le caractère purement fictionnel de sa Vague, ce qui ne le prive pas d’un certain nombre de maladresses à plusieurs niveaux.
On pourrait pardonner ces écueils en arguant le fait que nous avons affaire à un roman jeunesse (qualification assez arbitraire de la part des libraires au demeurant) ; cependant cela justifie-t-il l’absence de réel implication diégétique quant au déroulement des événements ? Non seulement le découpage du déroulement de l’expérience est assez mal fait et les journées ont relativement du mal à se dessiner dans ce qu’elles apportent, mais un flagrant manque d’intensité narrative dans chaque élément de l’intrigue donne une franche impression de légèreté et d’artificiel. On peine à voir une réelle expérience dans tout cela, et on se rapproche bien plus d’un jeu, ce qui est de bon ton de constater dans un premier temps, mais ce qui enlève tout potentiel dramatique à la fin du roman.
Fin par ailleurs bien trop versatile pour se donner la moindre impression de vraisemblance. À moins ces jeunes à peine abasourdis ne soient déjà habitués à ce genre de chocs, dans ce cas ils sont bien à plaindre. Avant cela, au cours de l’« expérience » proprement dite, peu d’éléments tirés de l’expérience de Ron Jones manquent, il est vrai, ceci dit ce qui est retenu manque de profondeur et d’amplitude dans les faits ; seuls les moments de questionnements de l’enseignant rétablissent l’équilibre, mais le discernement reste faible.
Si enfin on doit retenir que l’amour est un élément particulièrement efficace contre un système fascisant… Ça donne une idée assez pauvre de la chose.
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