J'adore les exercices méta, et dans Babel, je me suis dit que ça allait être marrant de voir comment la traduction allait jouer avec le thème.
Car la traduction, dans Babel, a une place centrale. Nous sommes dans une uchronie, où dans l'Angleterre des années 1820-1830, l'empire britannique a obtenu encore plus de pouvoir que dans notre ligne temporelle réelle. Cette hégémonie est rendu possible par le procédé de l'argentogravure. En gravant dans des barres d'argent des mots et leur traduction, on confère à la barre un pouvoir résidant dans la subtiles variations de sens qu'il existe entre les 2 mots similaires mais dans des langues différents, donc forcement différents. Cet art s'exerce surtout dans l'université d'Oxford, plus précisément dans l'institut royal de traduction, et sa tour surnommé Babel.
Là, de jeunes gens sont formés. Une nouvelle ère s'ouvre, où de jeunes étranger (chinois, indien, haïtien) sont invités à venir diversifier les langues utilisable pour cette magie, et renforcer le pouvoir de l'empire. Parmi eux, Robin Swift, jeune étudiant chinois arraché de son Canton natal et rebaptisé de ce nom européen va être notre narrateur et héros principal.
Mais quel est le contraire de la fidélité ? demanda le professeur Playfair. Il approchait de la fin de son raisonnement, il ne lui restait plus qu'à conclure sur un coup d'éclat. La trahison. Traduire, c'est faire violence à l'original, c'est le déformer pour des yeux étrangers ignorants de sa forme première. Alors, où cela nous mène-t-il ? Comment conclure si ce n'est en reconnaissant qu'une traduction est toujours une trahison ?
Bon, l'exercice méta a peut être fait rire le traducteur, mais il reste très discret (en dehors de quelques note de bas de page, noyé dans celles de l'autrice).
Pour le reste, je partage le ressenti de nombreuses critiques faites sur ce livre. Le concept est génial, mais totalement sous exploité. L'argentogravure n'est utilisé que de rares fois, et assez peu développé.
Le fait que les étudiant-e-s soient des étrangers, racisés pour la plupart de nos héros, est par contre très utilisé. Trop. Jusqu'à l'écœurement. Ca fini par devenir caricaturale, avec des grandes envolés anticolonialiste très a propos dans l'absolu, mais tombant souvent du côté de l'anachronisme ou de la leçon de morale, appuyé par de nombreuses notes de bas de page qui n'apporte pas grand chose en dehors de ce coup de stabylo bien trop flashy, me sortant du récit.
La dernière partie s'étire bien trop longtemps, encore une fois comme si l'autrice avait eu peur qu'on ne comprenne pas son message et le répétant encore et encore, sous différentes déclinaisons.
Il faut peut être le voir comme un roman de young adult fantasy ; et donc se dire qu'un public plus jeune, qui n'a pas encore réussi à mettre des mots sur ces pensées aimera mieux ce rabattage. Mais il me semble que la générations qui vient a déjà bien mieux formalisé que nous cela, et j'ai peur que même ainsi, le roman rate sa cible.
Il en reste un agréable récit anticolonialiste, avec quelques notion d'anticapitalisme et de convergences de lutte interessant. Mais je reste sur ma frustration double: de ne pas avoir eu une meilleur exploitation de cette idée lumineuse d'argentogravure, de puissance des mots et du rôle de la traduction dans l'application du pouvoir colonial ; et également cette sensation que l'autrice ne cherche pas à me faire réfléchir mais m'expose son point de vue sans me laisser de porte de sortie pour prendre un chemin de traverse.