J'avais déjà parlé de la rage avec les romans le Chant des Survivants de Paul Tremblay (https://www.babelio.com/livres/Tremblay-Le-chant-des-survivants/1444353/critiques/3399603) et Peste de Chuck Palahniuk. C'est une zoonose dont on possède le vaccin depuis 140 ans et il suffit d'une mauvaise rencontre avec une chauve-souris, une mouffette ou un renard pour l'attraper. Et si ce pauvre Cujo se transforme en monstre, c'est uniquement par négligence (faites traiter vos animaux, sérieux).
Voilà, c'est l'histoire d'une femme et de son fils de 4 ans qui se retrouvent enfermés sous la canicule : voiture en panne, coin paumé et un gros Saint-Bernard qui n'a pas eu son vaccin antirabique. Et si les deux personnages voient en lui un monstre, alors qu'il n'est qu'un chien sérieusement dangereux, c'est parce que les monstres se manifestent beaucoup dans la tête de ces personnages bien avant les événements.
Tad a 4 ans et le monde des adultes est une chiure. Une mère qui peine à se construire une identité dans une société qui prône la vie maritale comme une condamnation, l'amenant à l'adultère avec un arrogant sociopathe ; un père souvent absent qui s'épanouit dans son emploi. Et Brett a 10 ans, dont le père violent entraîne la fuite de sa mère, qui s'est perdue d'elle-même dans son mariage. Voilà comment les monstres s'inventent dans la tête des mômes, comment la terreur se prépare bien avant le chien : les enfants absorbent l'instabilité du couple, le dysfonctionnement familial (il ne suffit pas d'être divorcé : l'absence du père qui travaille beaucoup, le père violent…) est un putain d'incubateur d'angoisse. Est-ce que Stephen King dit : « femmes, ne vous mariez pas ? Sinon l'enragé viendra vous trouver ? »
Et cette faille se voit également à travers l'enfant qui dit que les parents ne les croient jamais. L'enfant vu comme un menteur compulsif ou les parents qui sont dans le déni de l'angoisse ?
« - Allons ", commença-t-elle, car les parents, ça ne vous croit jamais, " fais-moi plaisir, tu veux ?" »
Je ne sais pas, c'est une interprétation personnelle.
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Cujo est également un huis clos particulier. le monde est ouvert mais il est hors d'atteinte. La route, la maison, l'extérieur existent, et pourtant personne ne peut y accéder. Et il fait une chaleur écrasante. La soif. La peur.
King alterne les attaques vues du côté des humains, qui perçoivent Cujo comme un monstre, et celles vues du côté du chien, qui ressent les humains comme responsables de sa douleur. Ce double point de vue est assez original, et permet de ne jamais voir Cujo comme responsable. Tout le monde souffre, ce huis-clos enferme tout le monde dans la même horreur.
Bref, un très bon King qui n'a pas pris une ride.