Nouvelle découverte d'un monument de la S-F, et le moins qu'on puisse dire, c'est que j'ai eu à peu près ce à quoi je m'attendais. J'ai commencé mon intégrale Asimov par le premier livre chronologique des Robots, et j'ai retrouvé ici le concept des histoires courtes formant un tout cohérent narrant le déploiement d'une avancé majeure de la civilisation sur des décennies (ou des siècles). Un format à mi chemin du recueil de nouvelles et du roman.


Qu'il me soit permis d'avancer une rapide remise en contexte qui me semble importante. Contrairement à ce que laisse penser la date de publication originelle de ce livre (1951), quatre nouvelles sur cinq ont été écrites au début des années 40.


Les.

Années.

40.


Pendant la deuxième Guerre Mondiale, Asimov vous raconte donc des histoires de vaisseaux voyageant en hyper-espace et de ville-planète... J'ignore à quel moment ont surgi ces idées pseudo-scientifiques, mais il y a fort a parier qu'Asimov en soit l'un des (le ?) précurseur(s) dans la littérature de genre.


Et ce côté visionnaire n'a eu de cesse de m'impressionner tout au long de la lecture. Qu'importe donc si les personnages fument le cigare et lisent des journaux en papier. Le détail se noie dans l'ambition générale.


Quelle est-elle justement, cette ambition ? Eh bien, on a un personnage, Hari Seldon, échappé tout droit d'un manga du type Death Note. Le genre de type insupportable, vous savez, qui est capable de tout prévoir. Mais là où il surpasse n'importe quel Patrick Jane, c'est qu'il a la coquetterie de le faire sur des siècles. L'Histoire de l'humanité réduite a une vaste équation basée sur des connaissances approfondies de la psychologie des foules: la psychohistoire.


Hari va donc bâtir la Fondation, qui n'est rien de moins qu'un projet de stabilisation de la déchéance de la civilisation. Un bon prétexte narratif pour explorer des questions politiques que l'on devine nombreuses bien que, dans ce premier livre, on n'ait encore eu droit qu'à une théocratie scientifique (oxymore pour le moins original) et une ploutocratie marchande.


Voilà bien toute la force de ce livre ! Une plongée passionnante dans les infinies ramifications d'un pouvoir qui se lance pour défi de toujours rester pacifique ! Pas de scènes d'action ici, le but de l'auteur est justement de régler les états de crises par des solutions ingénieuses, purement cérébrales, calculées des siècles à l'avance par Hari Seldon.


Ces solutions ne sont toutefois pas communiquées aux dirigeants de Terminus, la planète abritant la Fondation, et c'est donc à eux de faire usage de leur matière grise pour trouver, à chaque fois, la solution idoine. On retrouve le concept d'"enquêtes" qui innervait déjà la saga des Robots.


Suivre cette logique implacable et se laisser envahir par les nombreuses questions éthiques, voire philosophiques, qui y germent naturellement est le plaisir principal de cette lecture. On peut toutefois relever un problème de cohérence qui m'a titillé tout au long de ce premier tome: si la psychohistoire se base uniquement sur le mouvement des foules, et pas sur celui des individus, considérés comme trop imprévisibles, comment se fait-il que chaque crise prévue par Hari Seldon soit résolue... par un unique individu qui se bat seul contre tous ? A chaque fois, sans l'existence de tel ou tel individu particulier (que nul ne pouvait prévoir, évidemment), les prévisions de Seldon seraient purement et simplement tombées à l'eau... Cette mécanique systématique va donc à l'encontre même du principe de la psychohistoire et je dois dire que cette incohérence apparente m'a pas mal frustré...


Quoi qu'il en soit, le tome suivant est dans mon collimateur, avec l'espoir d'un petit renouvellement de la mécanique narrative, certes puissamment évocatrice, mais qui commence déjà à tourner un peu en rond au terme de ce premier volume. Or, le style littéraire d'Asimov étant ce qu'il est (c'est à dire d'une neutralité et d'une sécheresse toutes désertiques), le lecteur ne peut trouver sa satisfaction que dans la pure efflorescence des idées, sans le support du style (pour ainsi dire inexistant) pour en exprimer toutes les nuances.


Qu'on ne s'y trompe pas: mon plaisir n'en a été que peu altéré et je ne peux que louer l'incomparable richesse d'un des plus vieux chefs d’œuvre de cette jeune branche qu'est la Science-Fiction.

Amrit
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le 13 juin 2025

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