Le bouquin de Nersesian mérite le terme de « bouquin » car très peu prétentieux, contrairement à l’auteur de ces lignes. Fuck up, traduction de The fuck up, titre intraduisible en français tant sa simplicité transcende les frontières. Je ne me souviens même pas du nom de l’anti-héros de cette aventure new-yorkaise. Par contre Helmsley, personnage mémorable, à qui le narrateur doit beaucoup tant sur le plan amical qu’intellectuel, est mémorable.

Le narrateur, un peu écrivaillon, cherche à publier des poèmes, commence son récit en énumérant des trucs qu’il a lus, il a 22 ans au début, il est au tout début des emmerdes, il est orphelin, il cherche du taff et est en pleine rupture avec sa copine du moment. C’est véritablement un anti-héros puisqu’il n’a que sa caboche, son corps jeune de vingt ans et ses vagues connaissances pour se sortir du bordel où il est, le déterminisme de son arrivée au point où il est : absent du bouquin. Car sa génération est « la première depuis des années à ne pas avoir produit une sous-culture convaincante », lui dit son ami Helmsley, le petit/grand intellectuel de cette histoire, ce à quoi le narrateur rétorque : « Et les punks alors ?  - Peu convaincants. Regarde les hippies. Ils avaient un discours, une littérature, des figures tutélaires, des groupes dissidents : une vision. Ils étaient politisés et ils étaient même anti-mode. » Ce dialogue est à la source même de ce que le narrateur rencontre, une génération sans « figures tutélaires » dans les années 80 ; Qu’a donné le mouvement des sans-futur, no future ? Ben pas grand-chose, peut-être que Nersesian oublie que son livre même est un plaidoyer pro-punk : s’il n’y a rien à faire, s’il n’y a pas de boulot, si les propositions esthétiques sont bidons, autant tout nier en bloc, no future.

Plus tard, Nersisian écrit de son anti-héros : « Je me faisais défiler toutes les petites pensées réconfortantes qu’Helmsley m’avait transmises avec l’aide de Platon et des autres géants. « La beauté est le vrai », ce genre de conneries.

Mais Helmsley s’était suicidé, il avait donc dû se planter quelque part dans l’équation. »


ce qui enterinne le fond esthetique de la littérature pour Nersisian, un fond de punkitude, une approche organique de l’histoire du narrateur dans un new-york extrêment violent, dans le métro, à l’hopital, dans les apartements, tout est toujours le terreau de la violence physique et verbale. Le livre n’est cependant pas dénué de moments tendres, délicats, les pauses, les respirations essentielles pour que le livre soit digeste. (la famine, voir Moon Palace, Paul Auster).

Le bouquin se lit bien, il y a des scènes mémorables. Dans un autre genre, Vernon Subutex de Despentes fait le taff aussi. (écrit plus de 24 ans plus tard)

Bon petit trip sans gros enjeux formels, mais une véritable distraction et une réflexion sur les milieux marginaux des années 80, 90.


Sachadebonnaire
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le 3 févr. 2026

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