Tout a été dit sur ce qu'Emmanuel Carrère qualifie de "roman familial", un livre qui a fait l'objet d'une telle campagne promotionnelle qu'elle aurait eu de quoi rebuter les lecteurs hostiles à la marchandisattion de la culture. "Kolkhoze" m'ayant été offert, j'ai laissé de côté mes réticences au matraquage publicitaire pour en entreprendre la lecture.
Bien m'en a pris tant le talent de conteur d'Emmanuel Carrère m' a entraîné dans un récit dont pas une ligne n'a suscité le moindre ennui, avec une habile mise en page en courts chapitres et sous-chapitres qui en facilite encore la lecture s'il en était besoin.
Même si sa mère, l'académicienne Hélène Carrère d'Encausse, est le personnage central de "Kolkhoze", l'intérêt du livre va bien au-delà de l'histoire personnelle d'une femme dont le portrait est loin d'être toujours flatteur, la narration foisonnante de l'histoire familiale à laquelle l'auteur associe ses souvenirs d'enfance (dont le "faire kolkhoze") m'ayant davantage séduit. Les renvois au contexte historique, de la Géorgie d'Hélène Zourabichvili à l'Ukraine de Zelensky, en passant par la Russie et l'URSS, étoffent encore un récit auquel Emmanuel Carrère apporte une bonne dose de légèreté en le parsemant d'anecdotes, de digressions et de considérations personnelles.
Un régal de lecture !